CHAPITRE y. — GÉNÉALOGIE DES FEUDATA1RE
roltre Bijen victorieux, et la jalousie croissant encore, il se résolut à le faire périr dans quelque piège.
Après ravoir félicité de sa victoire, il hii raconta cautebusement que la grande connaissance qu'il avait ao-t quise de tout ce pays dans les différentes occasions où il était venu y guerroyer, tantôt avec Ronstem, Gyw et Kousie* hem, tantôt avec Koujdehem et Toous, lui avait appris que le chemin pour aller de là dans le Touran n'était pas long, et d'ailleurs si beau, si agréable, si parsemé de belles prairies en fleur, d'arbres feuillus et odorants, que c'était merveille de faire cette route. Tout le temps le chant des rossignols et d'autres oiseaux charmait les oreilles, non moins que le paysage enchantait les yeux. Si nous poussons, ajouta-t-il, de ce côté et que nous marchions seulement pendant une journée, nous tomberons au milieu des Touranys, et nous enlèverons de belles captives que nous ramènerons au roi et qui nous feront honneur.
Bijen ne manqua pas de donner dans le piège, et en^ tfaousiasmé de la perspective que faisait miroiter à ses yeux son perfide compagnon , il le suivit au delà des frontières de l'Arménie et pénétra avec lui sur les terres des Scytheè. D'après la description qui est faite , d'après la position des . lieux, d'après la longueur du chonin, qui fîit beaucoup plus grande que Gourghyn ne l'avait dit, il parait que les deux jeunes gens traversèrent le Ghylan, les forêts mazenderanys, et entrèrent sur le territoire hyrcanien , là où Gtésias dit qu'Astiygas avait été relégué.
Gourghyn savait bien où il menait sa victime. C'était dans ce canton retiré qu'habitait avec ses femmes et ses serviteurs la fille chérie d'Afrasyab, le roi du Touran. Bijen aperçut cette jeune merveille, entourée des plus belles fiUes de la Scythie , au moment où il entrait dans une grande prairie. A cette vue , il s'enflamma d'un amour qui tout d'abord ne connut pas de bornes. Il s'avança len-
*Sa LIVRE III. — QUATRIÈME FORMATION DE L*IRAN.
tement sous le couvert des branches, s'ëtudiaut à faireassourdir par l'faerbe épaisse les pas de son cheval ; quand il se trouva assez près des jeunes filles, il mit pied à terre sous Tombre d'un saule et s'approcha doucement de l'endroit où était assise Menijeh. Là , il se cacha et resta long^ temps livré au bonheur de la contempler*
Mais tout à coup il fut aperçu, et la fille du Touran, effrayée, et honteuse, s'empressa de se couvrir de son voile. Cependant elle avait eu le temps de regarder ce jeune homme richement vêtu, noblement armé, et qui, à la forme de son casque, était certainement Iranien. Elle avait, comme Bijen, ressenti une atteinte qui l'empêchait de fuir; elle hésitait, elle s'arrêta, et commença à l'interroger sur ce qu'il était.
Je m'attarde un peu dans ces détails , parce qua je les prends directement et avec un grand scrupule dans le poème, qu'ils n'ont rien d'asiatique à la façon dont nous entendons ce mot, et qu'ils sont au plus haut degré pareils à ceux que l'on est habitué à trouver dans la chevalerie occidentale, ce qui me garantit l'antiquité des documents dans lesquels Ferdousy les a puisés. Mais je n'oublie pas qu'au fond je ne veux que retrouver l'anecdote racontée p«r Gtésias sur Astiygas et l'eunuque Pétisacas.
Menijeh , éprise de Bijen , lui laissa voir tout son amour. Elle lui permit d'entrer dans le palais qu'elle habitait, et là les deux amants furent surpris par Afrasyab. Dans le premier moment de fureur, le roi scythe voulait tuer le cavalier de l'Iran; mais son sage ministre, Pyran, intervint, et à force de remontrances et de supplications, il obtint que Bijen aurait la vie sauve. On l'enchatna étroitament , et les serviteurs d' Afrasyab l'entrainant dans un lieu désert, le précipitant au fond d'une citerne vide dont ils s'empressèrent de fermer l'ouverture avec des pierres et de la terre. Le cavalier était ainsi condamné à