CHAPITRE VIL — REGNE DE GAMBYSE
au conquérant. Nous avons déjà vu , nous verrons toujours les Iraniens extrêmement préoccupés de Tidée de transmission perpétuelle de la couronne dans une seule et même lignée. Ils veulent que les dynasties sortent les unes des autres , et ils répugnent extrêmement à admettre que Qes familles nouvelles aient jamais pu s'élever jusqu'à les commander. On trouve la même tendance chez les Normands d'Angleterre, et auparavant chez les Franks à l'égard des Garlovingiens , puis plus tard des descendants de Hugues Gapet.
Mais en acceptant que Gassandane ait été Achéménide , il parait néanmoins, d'après l'historien d'Halicarnasse, qu'on ne convenait pas unanimement qu'elle eût été la mère de Gambyse. Les Égyptiens, ditil , soutenaient que ce roi devait le jour à la £lle d'un de leurs souverains, Apriès, accordée par Amasis, successeur de ce monarque, à Gyrus, qui lui avait demandé sa propre fille non pas avec le dessein de l'épouser, mais pour la mettre dans son harem. Amasis n'osant résister ouvertement, avait donné Nitétis, fille d 'Apriès, pour la sienne. Hérodote rejette ce récit comme entaché de laux, et trouve étrange que les Égyptiens aient même essayé de le faire admettre , attendu qu'étant de tous les peuples les mieux instmits des usages et des lois des Perses , ils ne pouvaient ignorer que chez ceux-ci les fils naturels ne succèdent pas à l'empire quand il y a un fils légitime, et il leur suppose l'intention d'avoir voulu par une fable rattacher Gambyse à leur nationalité et s'en faire honneur.
Mais ce calcul n'est guère probable. Outre que Gambyse n a rien fait qui pût porter les Égyptiens à le désirer pour compatriote, il est tout aussi flatteur ou tout aussi honteux pour eux qu'une fille de leur maison royale ait été l'esclave de Gyrus, et je trouve un point à relever dans l'aaecdote concernant la fille d' Apriès, dont il est ici question ,
5n LIVRE III. — QUATRIÈME FORMATION DE L*IRAN.
qui pourrait bien donner raison au récit des Égyptiens contre celui d'Hérodote.
Cyrus, en présence de la triple alliance des Lydiens, des Babyloniens et du roi d'Egypte, avait attaqué victorieusement deux des membres de la ligue; mais nous n'avons pas trouvé trace d'une relation de sa part avec le troisième. Il ne se peut pas cependant qu'il n'ait eu , sous une forme ou sous une autre , un contact quelconque avec Amasis. Or celui-ci ne secourut pas ses alliés ; on peut en induire qu'il traita particulièrement avec Cyrus, et obtenant la paix, la scella par un mariage, ce qui est tout à fait dans les usages de la diplomatie asiatique. Que Nitétis ait été sa fille ou celle de son prédécesseur, et même qu'elle soit entrée dans les palais impériaux comme reine ou comme concubine, 'c'est une question qui restera toujours insoluble.
L'observation d'Hérodote contient cependant une partie vraie, c'est ce qui est affirmé au sujet de la légitimité de naissance nécessaire aux princes iraniens pour pouvoir succéder au trône. Cette remarque implique que la polygamie n'était pas autorisée par la loi religieuse, ce que nous savons du reste d'une manière très-certaine, sans quoi il n'y aurait pas eu , à proprement parler, de bâtards, non plus que dans les sociétés musulmanes d'aujourd'hui. Cette condition n'appartient guère qu'aux enfants adultérins ou incestueux, ou dont le père est inconnu. Mais, autrement, tous ceux qui sont nés d'une servante sont réputés légitimes, bien que moins honorés, en principe du moins, que ceux qui appartiennent aux épouses légales. Malgré la réprobation dont se trouvait ainsi frappée la polygamie, il est certain néanmoins qu'au temps de Cambyse, à celui de Cyrus, et probablement depuis Férydoun-Phraortes, cet usage, sinon de droit, du moins de fait, était pratiqué par les grandes familles de l'Iran,