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CHAPITRE VII. — REGNE DE CAMBYSE

l-'Iran une notion telle quelle des royaumes arians. C'était ces États, fort oubliés aujourd'hui , que Kaous ou Gambyse se proposait d'atteindre , et il estimait peu les innombrables obstacles que l'accumulation des tribus touranys mettait à l'accomplissement de ses désirs, sans parler du climat, des difficultés de la route et de la distance.

Mais les grands feudataires, premiers confidents de ces projets irréfléchis, furent frappés tout d'abord de ce que le roi ne voyait pas. Les Gawides, les seigneurs de Rey, la maison de Toous, c'est-à-dire tous ceux sur lesquels le poids de la guerre menaçait surtout de tomber , parce que leurs possessions étaient les plus rapprochées de la frontière septentrionale, se communiquèrent leurs craintes, et s'étant réunis dans l'entente d'une opposition commune , prirent le parti de fortifier leur alliance en amenant les Çamides à leur avis. Ils avertirent donc Zal, le chef de la famille seystany, de ce qui se passait, et lui demandèrent son opinion. Zal déclara que les projets de Kaoùs- Gambyse étaient absolument insensés, et partant de son pays en toute hâte, il vint se joindre aux chefs qui avaient solUcité son intervention , et se rendit avec eux auprès du roi pour le faire changer de sentiment.

Il lui remontra qu'aucun de ses prédécesseurs, pour grands qu'ils aient été , n'avait jamais conçu d'idées aussi présomptueuses ; qu'il n'y avait pas d'apparence de succès à aller attaquer des territoires défendus par des forces invincibles, et surtout par des enchantements et des ressources surnaturelles contre lesquels le courage ne pouvait rien ; que c'était vouloir dissiper inutilçment et l'énergie des héros et toutes les richesses de l'empire. Qu'à la vérité le roi était le chef de l'Iran, mais qu'il ne devait pas oublier que ses sujets étaient comme lui les serviteurs de Dieu ; qu'il ne lui convenait pas de les contraindre ; qu'enfin il eût à prendre garde de ne pas se charger du sang de tant

de braves gens , et de ne pstô s'exposer à un poids de mal^ dictions publiques dont ses prédécesseurs avaient toujours pris grand soin d'éloigner le fardeau.

KAOus-Gambyse répondit à ces discours qu'il n'y avait aucune proportion entre les ressources de ses prédécesseurs et les siennes; qu'il était infiniment plus riche et plus puissant qu'eux tous , et que ce qu'ils n'auraient pu tenter en effet avec la moindre diance de réussite lui étant devenu possible, il répondait du succès; que les forces célestes se rangeaient à son parti, il le savait, et les têtes des ennemis lui étaient données à Favance. D'ailleurs il se chargeait de cette. grande affaire, et Zal avec son fils Roustem n'étaient pas appelés à faire partie de l'expédition. Ils devaient rester l'un et l'autre occupés de l'administration de l'empire pendant l'absence du roi.

En voyant une résolution si nette et si bien prise, les seigneurs n'eurent qu''à baisser la tète. Zal eut beau faire entendre encore de tristes avertissements , Kaous-Gambyse trouva réponse à tout , et bien que les assistants fussent profondément soucieux et irrités, Zal réussit à leur imposer la prudence, la modération et l'obéissance dans une occasion que lui-même reconnaissait désastreuse.

L'expédition fut donc résolue, l'armée réunie; Gouderz le Gawide , et Toous , le chef khoraçany , la commandèrent sous les ordres du roi. Nous allons maintenant voir la preuve directe qu'il ne s'agit nullement de la province Caspienne du Mazendéran , mais d'un pays beaucoup plus reculé dans le nord-est.

Après de longues marches , Kaous et ses troupes arrivèrent dans la contrée montagneuse appelée Asperouz, « là, dit Ferdousy, où le soleil se cache, et où régnent le repos et le sommeil. »

Ce sont les « Aspisii montes » de Ptolémée , embranchements de l'Oural qui descendent au sud*est, en se diri-

CUAPCntS VIL RSGNE DR GAMBYSE. 5â7

geftot vers cette partie de rancien ImaUs appelée aujourd*hui le Bolourtagh et le Mouzta^h.

Daos cette contrée était la ville de Khym y demeure de Bebym ou Rhym , un démon de l'espèce la plus arro{;ante et la plus dangereuse. -C'est ici le moment de se souvenir d'une façon toute particulière de l'avertissement donné par le Tjéhar-è-Tjémen que le* mot « dyw » ou « démon » employé dans les traditions n'indique nullement un être d'une espèce surnaturelle , mais seulement un ennemi que sa force ou son audace rend redoutable. En effet, le dé* mon Bbym, qui n'est que cité par Ferdousy, et que ce po^te ne fait pas même figurer activement dans les événements qui suivirent, n'est pas un guerrier fameux, c'est un peuple. C'est la représentation des Rbymmi que le géograpbe grec cité tout à l'beure plaçait entre le Wolga et le fleuve appelé le Rbymnuis ou Rbymnus, aujourd'bui le Gjasouri, qui, sortant du groupe ouralien nommé autrefois « Rbymmici montes • , vient se jeter dans la Caspienne par le 91' degré de longitude et le 48' degré 15, de latitude est du Wolga.

Nous nous trouvons donc amenés à peu de cbose près dans cet4e région où l'bistoire d'Abtyn nous avait montra la grande vUle scytbique de Bésila ou daas des pays asse^ voisins ; et ainsi que l'autorité des géograpbes grecs avait appuyé alors les indications de la légende persane, leur donnant une valeur inattendue, ainsi encore cette fois le même accord , la même identité daos les allégations nous rendent de plus en plus attentife à ce fait si considérable que les royaumes scytbiques du. nord étaient des États véritables et jouissant , sous une règle sociale qui se peut appeler civilisation, d'une prospérité et d'une puissance très-réelles.

La situation assignée au royaume du Mazendéran par les renseignements qui viennent d'être analysés est propre

à donner Tidëe qu'il s*ag^t ici de l'empire des Ases scandinaveSy dont nous avons déjà , je pense, entrevu les frontières. La grande terreur qui s'étendait autour de cette région y l'idée immense que les Iraniens se faisaient de la bravoure et des ressources des guerriers qu'ils venaient combattre, la situation géographique, la date approximative, tout parait favoriser cette identification, et bien qu'il soit difficile de la démontrer d'une manière assurée , si l'on trouve cependant à propos d'adopter comme suffisamment probable cette image séduisante qui nous ferait apercevoir nos ancêtres germains en contact direct avec les Perses de Cambyse, leurs parents, il faudrait conclure aussi que Khym, la ville de Rhym ou Rehym, n'est autre que la puissante Asgard , la « ville des dieux » ; car Ferdousy la nomme « Shehr-è-Mazendéran », la « métropple du Mazendéran » . Je remarquerai encore ici , comme je l'ai déjà fait à propos de Shehr-è-Iran , « la métropole de l'Iran » , qui était Suse, suivant toute probabilité, tandis que Persépolis, la « métropole des Perses » , devait être la capitale particulière de la Perside, que cet usage de désigner d'une manière si vague la ville principale d'une nation , et sans lui donner un nom réellement particulier, existait aussi chez les Ases, car leur ville d' Asgard n'a pas d'autre dénomination que les villes persanes : c'est « l'enceinte des Ases » .

Kaous-Gambyse étant arrivé dans les environs de Khym s'arrêta, et ^chargea Gyw le Gawide d'aller surprendre la place avec deux mille hommes choisis.

Gyw en pénétrant dans la cité y trouva de grandes richesses dignes d'un pays dont le poète raconte que « les flancs des montagnes semblaient revêtus d'un tissu d'or * , ce qui indique la beauté des moissons , tandis que « l'air était plein d'une odeur de vin parfumé n . Tous ces territoires sont en effet d'une fertilité extraordinaire , bien que

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