CHAPITRE VII. — BËGN£ DE CAMBYSt:. S
soumis à l'actioD d'un climat qui les rend aussi froids l'hiver que chauds pendant l'été.
Quand le roi du Mazendéran, dans lequel il faudrait voir ici un des types des dieux-futurs du Nord, eut connaissance de ce qui venait de se passer, il demanda du secours à une autre nation scythique habitant le pays de Djerrem, que nous savons déjà être le Kharizm actuel, la Ghorasmia des Grecs, sur la rive gauche de Tlaxartes. Cette nation est représentée par Ferdousy comme gouvernée par un chef qu'il appelle le « Diable blanc « . Il ne lui attribue pas de ville, mais une sorte d'existence belliqueuse assez sauvage, et on peut comprendre que c'était une agglomération de tribus demeurées en deçà du fleuve ou y étant revenues malgré les victoires de Cyrus, qui, bien qu'ayant chassé de tous ces pays le gros des nations scythiques, n'avait pu empêcher des bandes aventureuses de franchir les frontières et d'errer sur les limites.
Le Diable blanc avec ses troupes s'empressa de prendre parti pour le roi du Mazendéran , et vint tourner autour du camp où les Iraniens s'étaient établis. Mais avant qu'il eût trouvé l'occasion de les attaquer, ceux-ci, par des circonstances que Ferdousy attribue aux arts magiques des gens du pays et surtout du Diable blanc, se trouvèrent tout à coup frappés de cécité et hors d'état d'attaquer leurs ennemis et même de se défendre. Kaous-Cambyse fut atteint par le fléau comme ses vassaux et leurs soldats. L'épouvante se mit dans l'armée ; un certain nombre d'hommes se laissèrent entraîner par la terreur, jusqu'au point d'abandonner les drapeaux et de s'enfuir vers l'Iran : ce qui semblerait prouver que la cécité n'était pas si complète qu'ils ne pussent discerner et suivre leur chemin. De son côté, Kaous, au désespoir, envoya un messager à Zal pour lui demander du secours. On entrevoit ici que la longueur des nuits d'hiver dans les pays du septentrion, com*
binëe avec la rigueur du fîroid et probablement avec les affections ophtbalmiques causées par le reflet éblouissant et dangereux de la neige , souffrance qui oblige les habitants de ces régions à se couvrir les yeux quand ils voyagent dans de telles circonstances, explique suffisamment le désarroi de Kaous et de son armée, sans qu*il soit besoin de recourir à la supposition de sorcellerie , à laquelle du reste Ferdousy n'attache pas beaucoup d'importance , puisqu'il montre lui-même que l'aveuglement dont les Iraniens étaient frappés n'empêchait nullement les lâches de retourner chez eux ni les messagers du roi de monter à cheval et de faire leur office. Il s'agit donc ici d'une de ces calamités naturelles qui assaillent les armées dans les régions septentrionales.
La conséquence en fut cette fois que Kaous, avec ses héros, ses hommes d'armes, tout son monde enfin, fut forcé de se rendre au Diable blanc, et l'Iran eut la fleur de sa population prisonnière des Scythes avec son souverain.
Ferdousy prête ici au vainqueur une parole trèsdigne d'observation. Dans la joie de son triomphe, le Diable blanc déclare qu'il aurait tué ses captifs jusqu'au dernier, s'il ne s'était jadis solennellement engagé vis-àvis de Kershasep, « le Briseur d'armées », à ne pas attaquer l'Iran. Il se contenta donc de charger de chaînes ceux qu'il avait pris, de les mettre sous la garde de douze mille guerriers d'éUte, et ayant donné avis au roi du Mazendéran, que l'on apprend ici s'être appelé Arjenk, du succès complet qu'il venait d'obtenir, il l'engagea à prendre les hommes et le butin , lui remit tout entre les mains, et s'en retourna dans son pays. Kaous, prisonnier d' Arjenk avec ses gens, n'eut plus rien à faire qu'à se dire, comme le remarque Ferdousy : « C'est ma faute ! »