CHAPITRE VII. — RÉGNE DE GABiBTSE
9 de moins de mille farsakhs » , et ceci correspond à seize ou dix-sept cents lieues, ce qui indique suffisamment quç Ferdousy n'entendait pas parler du petit lac Zareh tel que ses contemporains pouvaient le connaître» et dont rétendue, peut-être plus grande au onzi^e siècle qu'elle ne l'est aujourd'hui, était cependant alors fort médiocre.
Insistant sur le détail , Ferdousy dit encore : « Le roi et 9 son armée naviguèrent ainsi pendant trois mois , ayant à 9 main gauche le pays d'Egypte et à droite celui des V Berbers. »
En effet, en naviguant pour atteindre les rivages du nord-ouest, Kaous-Gambyse avait sur sa gauche l'Arabie insurgée, qu'il allait soumettre, placée entre lui et l'Egypte, où Ferdousy va le mener tout à l'heure; et sur sa droite, la terre des Berbers, qu'il avait parcourue et soumise peu auparavant.
« Et il faisait route directement entre les deux côtés v , ce qui indique qu'il allait chercher pour lieu de débarquement la côte médique et quelque point comme les environs de Sawa.
La nouvelle de la prochaine arrivée du roi de l'Iran et de son armée se répandit bientôt dans le pays du Hamaweran , « belliqueux parmi toutes les contrées du monde « ;
Alors le roi et les habitants se préparèrent à résister aux Iraniens, et appelèrent à leur aide les Berbers ou Barbares. Gomme le poète ne fait aucune remarque sur la réapparition si subite de ces Berbers sur le champ da bataille où Kaous vient de les exterminer, il est évident qu'il ne s'agit nullement ici des Barbares du Mekran, mais d'autres Barbares qui venaient porter secours aux Arabes» c'^-à-dire de ces tribus éthiopiennes alors en contact étroit avec les populations de la péninsule.
Quant au pays du Hamaveeran , nous sommes prévalus
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expressément par lepoëte qu'il s'ag^it d'une province arabe placée sur la route de l'Egypte et située entre ce dernier pays et les possessions iraniennes. Je ne fais pas difficulté en conséquence d'y reconnaître le Havran d'Ézéchiel, le Hauran moderne. Il est à remarquer que le prophète hébreu ne comprend sous ce nom qu'un district assez peu étendu situé sur la rive orientale du Jourdain , tandis que les Arabes d'aujourd'hui s'accordent à reconnaître à la contrée du Hauran une importance très-supérieure. Il est possible qu'au temps de Gambyse , ce pays du Hamaweran ou du Havran ait formé à lui seul un de ces États arabes qui , dans tous les temps » se sont assez facilement coirstitués, péniblement soutenus, et ont disparu sans laisser beaucoup de traces dans l'histoire.
Hérodote vient confirmer cette supposition. Il dit que lorsque Gambyse voulut passer en Egypte pour en faire 1^ conquête , un certain condottiere appelé Phanès , Grec, natif d'Halicamasse, et qui était à la solde d'Âmasis, se dégoûta du service de ce prince, et noua des relations secrètes avec les Perses. Il persuada au Grand Roi que le seul moyen d'atteindre les territoires dont il voulait s'emparer était d'obtenir des Arabes l'autorisation de passer sur leurs terres; car, ajoute l'historien^ depuis Gadytis jusqu'à lenysus, la côte méditerranéenne et les villes qu'elle possède sont aux Arabes. De lenysus au lac Serbonis, on trouve les Syriens -Palestiniens et la frontière égyptienne. Mais l'espace compris entre lenysus, le mont Gasius, qui s'étend jusqu'à la mer, et le lac Serbonis, forme un désert de trois jours de marche, absolument dénué d'eau, et qu'on ne saurait traverser sans l'assenti** ment et le secours des Arabes. Phanès donc, en homme d'expérience, conseilla à Gambyse, avant *de songer à envahir l'Egypte, de faire une alliance étroite avec ces peuples, et c'est ce qui eut lieu.
CUAPITRE TH. -. REGNE DE GAMBYSE. 589
Il faut avoner que la tradition persane, en racontant qne Kaons-Cambyse trouva les hommes du Hamaweran on du Hauran plus disposés à le traiter en ennemi qu'à lui accorder le passage , expose un fait très-conforme au tempérament habituel non-seulement des Arabes, mais des peuples libres de tous les temps* On se soucie peu d'introduire chez soi un conquérant dont les succès doivent inquiéter. Tout en remarquant donc qu'Hérodote et Ferdousy rapportent un fait à peu près identique quant au fond, j'incline à penser que les renseignements du second sont les meilleurs, et qu'il parut à l'impétueux et orgueilleux Gambyse plus digne de lui et plus simple d'imposer ses volontés anx Arabes que de nouer avec eux des négociations dont le résultat eût été douteux.
Ceux-ci, pour continuer te récit persan, Uvrèrent aux Iranmis , avec l'aide de leurs alliés barbares , une bataille qui fiit longtemps disputée; mais enfin les Iraniens Kemportèreot, et s-'avançant vers la capitale de la contrée, la ville de Hamaweran, ils s'en emparèrent. La résistance avait été vive, et Gambyse victorieux voulut ménager les vaincus. Il traita avec leur roi, ce qui rentre dans le récit d'Hérodote; il en reçut un tribut considérable et des dons magnifiques , et ce fiit à Hamaweran que les souverains des Barbares, ceux d'Egypte et de Syrie, envoyèrent au prince iranien des ambassades apportant des paroles d'amitié et des prc^positions d'alliance.
Ici nous avons clairement les souverains dont Ferdousy entend parler. Soit qu'il anticipe sur les événe* mentS) soit au contraire qu'Hérodote les retarde, il est évident que le roi des Barbares, c'est celui des Libyens, qui s'imposa à lui-même un tribut et envoya des présents à Gambyse aussitôt que celui-ci , étant entré en Egypte, eut pris Memphis; et pour les rois des
Syriens, ce sont les chefs de Barcë et de Cyrène, imitateurs de la conduite politique des voisins méridionaux de rÉçypte.
Cependant, tandis que Kaous^ambyse était occupé à traiter et s'arrêtait dans le pays du Hamaweran, on lui rapporta que le souverain de la contrée ayait une fille unique d'une beauté merveilleuse et qu'il aimait avec une passion peu commune. Elle lui tenait lieu des fils que le Ciel ne lui avait pas aecordés. On dit à Cambyseque, par ses perfections , cette jeune princesse était digne de s'asseoir sur le trône de l'Iran , et que le Grand Roi seul de- Vait posséder un pareil trésor.
Gambyse fut séduit par ce tableau, et, sans tard^, il fit faire des propositions de mariage. Le roi du Hamaweran les reçut avec la plus vive douleur. Il lui paraissait extrêmement dur de perdre sa fille unique et de la livrer à un vainqueur. Il la fit venir, lui annonça le malheur qui les frappait, et tous les deux, après s'être longuement lamentés, tombèrent d'accord que le mal était sans remède, qu'aucun Inoyen n'existait de résister à la volonté du plus fort, et bref, se résignant bien à contre-coeur, Soudabeh, c'était le nom de la fiancée royale, fut envoyée à Kaous avec une suite et des atours dignes de son rang.
Aussitôt mariée, la jeune femme changea d'opinion, et s'attacha à Kaous, tandis que le père, malheureux et humilié, cherchait au contraire un moyen de se venger de la contrainte qu'il avait subie. Dans cette idée de rancune, il invita Kaous-Gambyse à une grande £ète.
Soudabeh engagea son m^ri à refuser; mais Kaous ne suivit pas ses conseils, et toujours emporté et irréflédii dans ses actions, il se rendit au lieu qui lui avait été assigné dans une ville appartenant au roi du Hauran^ et appelée Shaheb.