‹ Histoire des PersesChapitre 172 sur 192 · CHAPITRE VJI. — REGNE DE CAMBYSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJI. — REGNE DE CAMBYSE

quels il devait toute sa gloirp , mais encore avec cent mille cavaliers barbares, arabes et égyptiens, parfaitement équi* pés , ce qui portait son armée à plus de trois cent mille hommes, et les rois, ses serviteurs, marchant devant lui.

Tout fut ordonné ainsi qu'il Favait souhaité; mais cela ne lui sufHt pas encore. Il voulut avoir des auxiliaires grecs , et bien que Ferdousy parle ici du César de Rome et que Ton puisse aisément comprendre que les documents dont il se servait, rédigés dans leur dernière forme au temps des Sassanides, aient considéré comme exact de supposer dans le passé lointain du roi Kaous que le pays du Boum, c'est-à-dire l'Asie Mineure et la Grèce, avait, toujours été organisé tel qu'on l'avait vu sous les empereurs byzantins; comme nous savons que les Grecs fournissaient déjà des troupes mercenaires à tous les États à l'époque de Gyrus et même auparavant , et que les Perses en eurent alors à leur solde, rien ne s'oppose à ce que nous entendions d'une manière rationnelle le passage dont il est ici question , et que nous placions les compagnons du condottiere Phanès, d'Halicarnasse , dans leur vrai jour. Ce qui est certain , c'est que les Grecs accordèrent sans difficulté les auxiliaires qui leur étaient demandés, et Kaous en grossit l'armée, avec laquelle il se mit en route pour l'Iran. Il voulait, après avoir triomphé aux yeux de ses peuples, aller attaquer les Touranys, et forcer ces pillards à sortir de l'empire.

Cette campagne fîit heureuse. Les Touranys battus s'enfuirent. Le repos fut rendu au monde; mais une calamité d'une autre sorte s'abattit sur l'Iran. Le roi, qui avait montré suffisamment jusqu'alors combien il était présomptueux et emporté , imprudent et irréfléchi , eut la tête absolument tournée par ses prospérités; il s'abandonna sans réserve aux plus folles imaginations. Il se fit construire au fond des montagnes désolées

de l'Ëlbourz deux cellules en» pierre extrêmement dure ; elles furent garnies au dedans de plaques d'acier et de clous ; on y attacha des chevaux de guerre et des mulets. Il fit faire deux autres maisons de la même grandeur ^ mais cette fois tout en glaces ; il voulut avoir un kiosque pour les repas, et une coupole pour les prières; ensuite ce furent deux salles pour garder les armes, et il ordonna qu'elles fussent construites tout en argent, et au-dessus il fit mettre un pavillon d'or massif. Les ornements de toute sorte, les incrustations de pierreries ne furent pas épargnés.

Ce n'était pas sans intention qu'il avait installé toutes ces magnificences , d'ailleurs mal conçues , dans des lieux absolument déserts où personne ne pénétrait. Il ne s'occupait plus en aucune façon des affaires de l'empire, et se livrant là jour et nuit à la joie , il s'abandonnait aux fantaisies d'une imagination malade et aux suggestions du démon. Ses grands succès, bien qu'ils ne fussent pas dus assurément à sa sagesse et à son courage, lui parurent, comme jadis à Djem-Shyd, des preuves manifestes qu'il avait en lui quelque chose de divin. Il se crut au-dessus de tout, et pensa que tout lui était permis. Bref, le Créateur de l'univers lui sembla peu de chose en comparaison de ce qu'il se croyait lui-même ; il finit par se prendre pour ce Créateur, et il donna des marques d'un dérèglement d'esprit qui, croissant chaque jour, arriva à la folie la plus complète. C'est ainsi qu'il demanda aux savants à quelle distance de la terre était la sphère de la lune ; quand il eut obtenu une réponse, il commanda qu'on dénichât une grande quantité de jeunes aiglons, qu'il nourrit avec soin , et lorsqu'ils eurent acquis toute leur vigueur, il fit construire une sorte de trône en bois de l'Inde, de cette espèce qu'on nomme « gemary i» , y fit atteler quatre aigles des plus forts à des cordages éprouvés.

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