CHAPITRE VII. — RÉGNE DE CAMBYSE
au roi de cette dernière contrée la possession de Shaheh ou SaYs, ville qui n'est nullement située dans une province arabe, mais dans le delta du Nil.
Voilà tout ce que nous apprennent les fragments restés de Gtésias au sujet des opérations militaires de Gambyse dans r Occident. Hérodote nous en dit davantage. Il nous montre Gambyse, fils de Gyrus et de Gassandane, fille de Pbamaspes, partant avec l'armée nationale et des auxiliaires ioniens et éoliens qu'il regardait comme les esclaves de son père, et allant attaquer l'Egypte pour venger l'insulte qu'il avait reçue d'Amasis lorsque celui-ci lui avait envoyé pour femme la fille d'Apriès, son prédécesseur, au lieu de sa propre fille, ou bien encore pour accomplir une menace qu'il avait faite dans son enfance d'aller punir le mépris témoigné à sa mère Gassandane par Gytiis au profit de Nitétis , fille d'Apriès , car Hérodote ne tranche pas la question de savoir si c'était Gyrus ou Gambyse qui avait épousé l'Égyptienne.
A lui-même, cette double et douteuse explication ne parait pas suffisante pour expliquer la guerre contre l'Egypte. Il raconte encore que le condottiere Phanès d'Halicamasse, au service d'Amasis, avait cherché à attirer Gambyse dans le pays , induit à cette traliison par certains sujets de mécontentement. Gomme Phanès était homme d'expérience et de bravoure, il avait du crédit sur l'esprit des troupes, et Amasis ayant appris que son général s'était échappé du pays pour aller s'entretenir avec le Grand Roi, le fit poursuivre par une de ses trirèmes. On l'atteignit en Lycie, on le ramena; mais il trouva moyen d'enivrer ses gardes et de leur échapper. Arrivé à Suse, il donna à Gambyse les directions nécessaires pour assurer le succès d'une expédition.
Phanès joue donc ici le rôle que Gtésias prête à l'eunuque Gombaphée. Ge fîit lui qui eut l'idée de de-
mander au roi des Arabes de faire disposer dans toute la traversée du désert des stations de chameaux chargés d'outrés remplies d'eau. De cette manière, Tarmée iranienne ne courut pas le danger de périr de soif. J'ai montré déjà que la tradition iranienne n'a pas oublié cette circonstance. Seulement le Koush-nameh, qui la rapporte, la rattache à l'histoire de Cyrus.
Hérodote avait encore entendu une autre version. Gambyse n'aurait pas eu recours au moyen que je viens d'exposer; mais agissant plus en grand, il aurait obtenu du roi des Arabes qu'un fleuve nommé Corys, qui se jette dans la mer Rouge , fût détourné dans des tuyaux confectionnés avec des peaux de bœuf et étendus sur un espace de douze journées de marche, jusqu'au désert que l'armée perse avait à franchir. Arrivés là, des citernes disposées à l'avance recevaient les apports abondants qui coulaient des tqyaux, et il y eut trois de ces appareils qui fonctionnèrent sur trois points différents du trajet. Je ne me lasse pas d'admirer combien les récits des Grecs pour cette partie de l'histoire dépassent en romanesque tout ce que la tradition persane raconte, bien que des opinions préconçues, mais, on le voit, injustes, considèrent celle-ci comme particulièrement suspecte. Je ne m'étonne pas cependant de ce que je signale. Hérodote a puisé ses renseignements dans les dires populaires, et les Perses ont pris les leurs dans les débris de leurs annales.
Amasis était mort quand l'armée envahissante arriva. Psamménite, son fils, campé près de la branche pélusienne du Nil , comptait parmi ses troupes beaucoup de Grecs et de Gariens mercenaires.
Une bataille terrible fut livrée, et après une résistance énergique, les Égyptiens battus s'enfuirent, et s'enfer- • mèrent dans Memphis. Un héraut que leur envoya Gambyse, sur un vaisseau de Mitylène, fut égorgé par les