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CHAPITRE VII. — RÉGNE DE GAMBYSE

assiégés ; ce crime contre le droit des gens ne leur porta pas bonheur. Ils furent serrés de si près que bientôt il fallut se rendre.

A la vue de ce qui se passait en Egypte , les Libyens et leurs voisins, les gens de Barcé et de Gyrène se rendirent sans conditions, et offrirent des tributs et des présents qui furent diversement accueillis , car Gambyse reçut gracieusement ceux des Libyens et des Barcéens , mais trouva insuffisants et mesquins ceux de Gyrène. Ils n'étaient pas en effet d'une grande valeur, ne dépassant pas cinq cents mines d'argent, et le conquérant, avec mépris, distribua à ses soldats cet indigne cadeau.

Gependant Psamménite avait été pris dans Memphis. Gambyse voulant éprouver la force du caractère de ce roi, affecta d'abord de le traiter avec la plus extrême rigueur. On lui fit voir sa fille habillée en esclave, suivie des filles des grands du royaume dans le même abaissement, et contraintes d'aller puiser de l'eau aux fontaines. Gette misère et les cris de douleur et d'épouvante que poussaient tous ces enfants n'arracha à Psamménite aucune plainte, aucune marque de faiblesse; seulement il baissa les yeux.

Aussitôt après, on fit défiler devant lui deux mille jeunes gens égyptiens , tous de race noble , la corde au cou et un mors dans la bouche. Son propre fils marchait en tête du cortège. On menait toute cette jeunesse à la mort comme châtiment du meurtre du héraut et des Mityléniens. Telle avait été la sentence de ceux qu'Hérodote appelle les « juges royaux » , et qui étaient probablement les chefs de l'armée réunis en conseil de guerre. Ils avaient ordonilé que pour chacune des victimes de la perfidie égyptienne dix enfants des premières familles du pays fussent sacrifiés.

Psamménite, à ce spectacle plus cruel encore que le précédent, ne changea pas de contenance, et ne faiblit pas. Mais tout à coup ses regards tombèrent sur un vieil-

lard 9 pauvre homme sans ressources, brisé par l'âge, qui, dépouillé par la.conquéte et ne pouvant plus comme autrefois s'asseoir à la table de Psamménite , s'en allait maintenant tendant la main aux soldats, aux seigneurs égyptiens, à Psamménite lui-même. Ce spectacle, auquel il n'était pas préparé, et la comparaison qu'il lui fit faire de l'état passé avec l'état présent, ébranlèrent les nerfs du roi captif, et fondant en larmes et se frappant la tète , il plaignit le vieillard à haute voix.

Gambyse lui fit demander pourquoi les malheurs d'un étranger semblaient lui causer tant de peine , quand on lui avait vu supporter si patiemment ceux de sa propre maison, a Mes chagrins sont tels, fils de Gyrus, répondit Psamménite, que les pleurs n'y peuvent correspondre. Mais quand j'ai vu mon vieil ami, mendiant, sans ressources, humilié , je n'ai pu retenir mes larmes. »

Gambyse fut attendri par cette réponse, ainsi que Grésus, qui se trouvait encore là, et tous les chefs perses. L'ordre fut donné d'aller en toute hâte délivrer le fils de Psamménite; mais il était trop tard, on l'avait mis à mort le premier. Pour compenser ce malheur autant qu'il était en lui, Gambyse décida que Psamménite passerait le reste de ses jours dans son intimité, et reprendrait les honneurs auxquels son rang lui donnait droit. On lui eût même rendu le trône à titre d'hommage, si l'on n'avait eu des soupçons sur sa fidélité, qui bientôt se changèrent en certitude, de sorte que l'ayant surpris intriguant contre l'État et fomentant des troubles, on le jugea, et après l'avoir convaincu, on lui fit boire du sang de taureau, dont il mourut.

Hérodote rend ici hommage à l'extrême modération de la politique perse, qui, en règle * générale , répugnait à enlever le trône aux princes vaincus , et qui du moins se plaisait toujours à le rendre aux fils de ceux-ci. Il en cite

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