CHAPITRE VIII. — MORT DE GAMBYSE
si grand et si haut, que de la tête il touchait la voûte /lu ciel.
Cette vision menaçante fîit tenue pour un avertissement. Un sei{;neur du nom de Prexaspes partit pour Suse , afin de mettre ordre à ce qui s'y passait. Il assassina Smerdis/ lès uns disent à la chasse . les autres en l'attirant sur les bords de la mer Persique, où il le noya.
Gtésias raconte différemment les choses. Suivant lui , le « Roi des provinces » ayant trouve en faute un mage appelé Sphendadates , le condamna à recevoir un certain nombre de coups de fouet. Cet homme, plein de rancune, alla persuader à Gambyse que son frère conspirait contre lui , et pour lui donner une preuve évidente de son assertion , il ajouta que si le roi ordonnait au prince de se rendre à la cour, il n'obéirait pas.
' Gambyse manda immédiatement Gométès-Gobad, qui, ne soupçonnant pas la gravité que devait avoir sa négligence, resta à ses affaires, et ne se pressa nullement d'arriver. Un second messager ne le décida pas davantage. Ge ne fiit qu'au troisième avis qu'il se mit en route. Gambyse irrité couvait une résolution violente, quand sa mère Âmytis, s'apercevant de ses dispositions d'esprit et se doutant des intrigues du prêtre , engagea le roi à s'en défier, et celui-ci , sans renoncer le moins du monde à son projet, eut. peur de sa mère, et ajourna son crime. Il cherchait un moyen de le commettre sans se heurter contre une opposition aussi directe.
Sphendadates vint à son aide. Il se trouva qu'il ressemblait d'une manière extraordinaire au « Roi des provinces » . Il engagea Gambyse à feindre d'avoir découvert sa culpabilité dans les afbires du prince et à le condamner à perdre la tête par le glaive. Cependant on ferait périr Gométès-Gobad ou Smerdis en secret, et lui, Sphendadates, serait montré publiquement revêtu des habits
et des ornements de la Tictime, afin de tromper ceux qui le verraient.
Les choses se passèrent d'abord comme le prêtre l'avait conseillé. Le Roi des provinces fut saisi et jeté en prison 'sans qu'Amytis en sût rien, et on lui fit boire du sang de taureau, dont il mourut. Sphendadates , paré comme un frère de Gambyse devait l'être, fîit montré en public. Chacun se trompa à la ressemblance; nul ne soupçonna la fraude. Cependant trois des confidents intimes du roi avaient connaissance de ce qui se passait : c'étaient Artasyras ou Ashkesh le Parthe, Bagapates ou Toous, roi de r Arie , et Ixabates ou le roi des Uxiens.
Quelque temps après, Cambyse, curieux d'éprouver la force de l'illusion derrière laquelle il dissimulait son fratricide, fit venir Labyze, chef des eunuques du prince assassiné, avec les autres serviteurs, et leur demanda si Icv personnage en présence duquel il les amenait n'était pas véritablement son frère.
Ils se montrèrent fort étonnés de cette question , et ils affirmèrent qu'ils étaient bien convaincus que le Roi des provinces était là réellement en personne, tellement, ajoute Ctésias, la ressemblance était saisissante et complète. Gambyse désormais rassuré renvoya Sphendadates dans la Bactriane, et mit tout ce pays sous ses ordres, qui se crut gouverné par son prince légitime.
L'erreur se prolongea pendant cinq années; mais un eunuque nonmié Tibéthée, ayant été cruellement battu par l'ordre du prêtre, s'enfuit, et alla tout révéler à Amytis. Celle-ci exigea de Gambyse que Sphendadates lui fût remis ; n'ayant pu l'obtenir, elle s'emporta contre le roi à des imprécations solennelles, et ayant pris du poison , elle mourut.
Le roi fut extrêmement frappé de la mieJédiction de sa mère. Il fit tout au monde pour en détourner les effets. Il
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