CHAPITRE YIII. — MORT DE GAMBTSE
offrit des sacrifices dans lesquels furent présentées de nombreuses victimes ; mais le sang ne coula pas sous les couteaux sacrés. La terreur de Gambyse s'en accrut.
Quelque temps après, la reine Roxane accoucha d'un enfant sans tête. Gambyse consulta les devins sur ce prodige, et il en apprit qu'il ne laisserait pas de fils pour lui succéder. Alors le spectre de sa mère lui apparut, et lui annonça que le châtiment de son crime était proche.
Le roi était alors à Babylone, et un jour jqu'il s'amusait par désœuvrement à couper un morceau de bois avec un couteau, il se blessa à la cuisse et se coupa le muscle^ il mourut après onze jours de souffrance.
Ainsi , pour Gtésias, il existe une connexité étroite d'une part entre la mort du Roi des provinces et le remplacement de ce fils de Gyrus sur le trône de la Bactriane par un mage , et de l'autre la mort de Gambyse lui-même ; tandis qu'au point de vue où se place Hérodote, le mage ne joue absolument aucun rôle dans le meurtre de Smerdis, uniquement amené par la jalousie du Grand Roi et exécuté par un des personnages les plus affidés de la cour. Par suite , la fin de Gambyse n'a aucun rapport avec celle du Roi des provinces.
Un mage nommé Patizithès avait été laissé en Perse par Gambyse pour y exercer la régence pendant l'expédition d'Egypte. Ge Patizithès, dont le nom signifie « fils de roi », et qui d'après cela pourrait bien avoir été quelque agnat d'une grande famille attaché à la fortune de Gambyse , avait un firère qui ressemblait parfaitement à Smerdis et que pour cette cause il mit sur le trône. En même temps il envoya des messagers dans toutes les parties de l'empire, et notamment en Egypte, afin de détourner les peuples et les armées du service de Gambyse , et de les appeler à l'obéissance du nouveau souverain.
Cette révolution s'autorisait de la conviction générale de la folie de Cambyse. On était las de ses violences.
Quand le héraut député par Patizithès arriva'à l'am^ d'Egypte, celle-ci avait déjà quitté cette contrée, et dans sa marche de retour vers la Perse avait atteint Âgbatane de Syrie. Le héraut de Patizithès remplit sa charge intrépidement, et proclama la déchéance de Cambyse à haute voix au milieu des troupes.
Cambyse , plus étonné qu'effrayé , et soupçonnant Prexaspes-Pouroushaspa de n'avoir pas rempli ses intentions et d'avoir laissé vivre son frère, l'interrogea sévèrement à cet égard. Prexaspes soutint qu'il avait tué Smerdis, suivant l'ordre q^'il en avait reçu; Cambyse fit comparaître le héraut, et il résulta des déclarations de cet officier qu'il n'avait pas vu le nouveau souverain au nom duquel il parlait , mais que les instructidbs dont il était porteur lui avaient été transmises par le mage Patizithès, demeuré régent de l'empire en l'absence dé Cambyse.
Ce point éclairci, et Cambyse cherchant avec anxiété à comprendre ce que cette affaire pouvait signifier et sur quoi elle reposait, Prexaspes-Pouroushaspa s'écria que tout était clair, et qu'il s'agissait d'une conjuration ourdie par Patizithès et son frère Smerdis.
A ce nom, Cambyse fut pénétré d'une lumière soudaine. Il se rappela le songe qu'il avait eu et qui lui avait montré ce Smerdis assis sur son trône. Il s'était trompé à la ressemblance. Rempli de douleur d'avoir fait périr son frère innocent, brûlant de le venger, tourmenté des périls qui le menaçaient , emporté par la fougue de son imagination malade, il courut à son cheval, dans la volonté de marcher vers Suse à l'instant même ; mais dans sa précipitation et avec ses mouvements violents, son glaive sauta hors (lu fourreau et s'enfonça dans sa cuisse, à la place