CHAPITRE VIII. — MORT DE GAMBTSE
même où il avait frappé le dieu Apis. Il pensa de suite que la blessure était mortelle , et demanda le nom de la ville préside laquelle il se trouvait. On lui dit qu'elle s*ap« pelait Agbatane. A ce mot , il ne douta plus de sa 6n , car l'oracle de Buto lui avait prédit jadis qu'il mourrait à Agbatane ; il avait cru que c'était Ecbatane de Médie. Pour la seconde fois , les avertissements divins se jouaient de lui.
Il languit pendant vingt jours. Au bout de ce temps, il assembla autour de son lit tous les seigneurs et les chefs de l'armée , leur avoua le meurtre de Smerdis en le déplorant, mais aussi en cherchant à l'excuser par la vision qu'il avait eue, et qui s'appliquait, sans qu'il put le deviner, à l'autre Smerdis, frère de Patizithès, en ce moment usurpateur de la couronne ou du moins cherchant à le devenir. Il supplia les Perses , et principalement ceux qui appartenaient à la tribu kchéménide, de ne pas tolérer que des mages, c'est-à-dire des Mèdes, s'emparassent de l'empire. Il les conjura de ne pas souffrir une telle ignominie, et les combla de bénédictions dans le cas où ils uniraient leurs efforts pour empêcher un si grand mal. Il les maudit, au contraire, et appela sur eux une fin pareille à la sienne s'ils manquaient à donner satisfaction à ses derniers désirs.
A ces paroles du Grand Roi , les assistants éprouvèrent la plus violente émotion, et pleurèrent sur leur malheureux prince en proie à d'atroces douleurs; peu de temps après, Gambyse expira. Il ne laissait aucun enfant, et ses dernières paroles étaient faites pour jeter le trouble et la méfiance dans tous les esprits.
Mais personne ne crut que Smerdis eût péri. Prexaspes- Pouroushaspa voyant le roi mort, soutint hardiment qu'il n'avait pas exécuté les ordres sanguinaires de son maître. Il craignait d'avouer qu'il eût trempé ses mains dans le
sang d'un fils de Gyrus. Chacun se rappela que Gambyse était fou. On soupçonna quelque fantaisie de haine postiiume, et en conséquence toute la nation perse reconnut le mage Smerdis pour son souverain , et le règne de cet imposteur commença sans difficulté.
Il régna sept mois , et montra une douceur et une partialité extrêmes à tous les Occidentaux sujets de l'empire. Il les avait exemptés pour trois ans de tout subside et du service militaire. Mais comme il ne sortait jamais de la citadelle de Suse et ne laissait surtout venir jusqu'à lui aucun des seigneurs perses , un d'entre eux, Otanès, fils de PhamaspeSi conçut des soupçons. Probablement les dernières adjurations de Gambyse n'avaient pas tout à fait disparu de sa mémoire ; il voulut s'éclaircir de ce qui lui semblait suspect, et il en trouva aisément le moyen.
Une de ses filles , appelée Phédime , avait été épousée jadis parClambyse, et désormais, avec les autres femmes de ce prince, elle appartenait à Smerdis. Son père lui fit demander si son mari était bien réellement le fils de Gyrus. Phédime s'excusa sur ce qu'elle n'avait aucun moyen de le savoir, n'ayant pas vu son nouvel époux avant la mort de Gambyse. Otanès l'engagea à consulter sur ce point sa compagne Atossa, fille de Gyrus, qui certainement connaissait son propre frère. Mais parler à Âtossa ne se pouvait faire , car les épouses royales étaient rigoureusement séparées l'une de l'autre, et ne communiquaient point ensemble.
Gette précaution inusitée augmenta les soupçons d'Otanès , qui rappela alors à sa fille qu'elle était de noble naissance, et lui ordonna de risquer sa vie s'il le fallait, mais de profiter de la première fois que le souverain viendrait partager sa couche pour s'assurer s'il avait ou non les oreilles coupées. Otanès savait que le mage, frère de Patizithès, avait subi autrefois ce supplice par ordre de Gambyse.