CHAPITRE VIII. — MORT DE GAMBYSE
Phédime obéit à son père, et trouva en effet que rhomme endormi à ses côtés n'avait plus d'oreilles.
Otanès fut averti dès l'aube du jour. Il s'ouvrit de sa découverte à deux autres chefs, Âspathinès et Gobryas. Ils s'adjoignirent Intaphernes, Mégabyze et Hydarnes; et sur ces entrefieiites , Darius, fils d'Hystaspes, étant arrivé à Suse du pays de Perside, dont son père était satrape, les conjurés se l'associèrent également, ce qui porta leur nombre à sept.
Darius les engagea à agir immédiatement. Il leur remontra, contre l'avis d'Otanès, que des entreprises telles que celle qu'ils méditaient se perdaient par la temporisation; il parla si bien qu'il les entraîna, et ils marchèrent tous ensemble vers le palais dans la ferme résolution d'y pénétrer de gré ou de force et de mettre à mort l'usurpateur.
Dans ce même moment, les mages inquiets avaient fait venir Prexaspes-Pouroushaspa , et sachant qu'il était le seul homme véritablement instruit de la mort de Smerdis, fils de Gyrus, ils cherchèrent à le gagner à leur cause, et à obtenir de lui la déclaration publique que le sou» verain régnant était en réalité celui qu'il avait mis à mort, c'est-à-dire Smerdis lui-^néme. Ils le menèrent au sommet d'une tour, et lui dirent de parler au peuple; mais Prexaspes saisi d'une généreuse résolution, proclama la vérité, célébra les louanges des Achéménides, de Gyrus, de toute leur race, et maudit les Perses dans le cas où iU laisseraient régner les mages. Gela fait, il se précipita du haut de la tour. « Ainsi, ajoute Hérodote, mou* rut Prexaspes, qui avait toute sa vie été réputé homme de bien. ». *
Je relève avec soin toutes les mentions qui sont fiiites de ce Prexaspes et le ton qu'emploie Hérodote pour en parler. Ce n'est pas sans un motif puissant, et on aura lieu
plus tard d'apprécier Timportance de ce personnag[e ; mais pour le mdment je continue l'analyse, qu'il faut mener à 6n.
Tandis que se passait la scène qui vient d'être rapportée, les sept conjurés marchaient vers le palais. En chemin , l'émotion de la foule et les propos de ceux qui couraient çà ^ et là leur ayant appris l'événement, Otanès, malgré Darius, reconunença à insister sur la nécessité d'être prudent; il arrêta ses amis, et leur conseilla avec force de laisser les événements amener une solution; mais tout a coup, au milieu du débat, sept couples d'éperviers apparurent dans le ciel. Us poursuivaient deux couples de vautours. Ils les atteignirent, et de leurs becs et de leurs serres ils lès déchirèrent en pièces.
Ce spectacle était facile à comprendre et à interpréter. Les sept chefs, pleins d'espérance et soutenus par les dieux f reprirent leur marche vers le palais , passèrent devant les gardes qui parurent à peine les apercevoir, rencontrèrent des eunuques chambellans, et comme ceuxci, étonnés de l'audace des conjurés, s'écrièrent, et voulurent leur barrer le passage et les arrêter, ils mirent l'épée à la main , et tombant sur ces honunes mal inspirés, ils les massacrèrent; puis foulant aux pieds leurs cadavres, ils pénétrèrent jusqu'auprès des deux frères mages, qui, dans ce moment même, délibéraient sur l'embarras où l'action de Prexaspes venait de les plonger.
Le bruit du combat, les cris des mourants, le tumulte des agresseurs les avaient tirés de leur entretien. En voyant apparaître les conjurés , ils comprirent de suite ce dont il s'agissait; l'uA sauta sur un arc, l'autre sur une lance, les premières armes qui se trouvèrent sous leurs mains. Mais Tare ne pouvait être d'aucun usage, on était corps à corps; avec la lance, il y avait plus de ressource. Aspathinès fut blessé à la cuisse, Intaphernes à l'œil.