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CHAPITRE VIII. — MORT DE CAMBYSE

C'était de quoi irriter les vengeances et non pas éteindre les courages. Un des mages tomba percé de coOps; l'autre s'enfuit et voulut tirer la porte derrière lui , mais Darius et Gobryas l'en empêchèrent. Il courut, ses deux ennemis l'atteignirent dans un réduit obscur où on ne se distinguait plus l'un de l'autre. Cependant les deux seigneurs tenaient leur victime ; Gobryas surtout s'y cramponnait de tous ses doigts. « Pourquoi ne frappes-tu pas? dit-il à Darius. — Je n'y vois pas, et crains de te blesser, répondit l'autre. — Frappe néanmoins! » Le mage tomba, et expira.

Le sacrifice consommé , les seigneurs ayant tranché la tête des deux imposteurs , se jetèrent dans les rues et les parcoururent, brandissant leurs trophées sous les yeux des Perses, et les appelant aux armes. Toute la population de Suse voyant conmient les choses avaient tourné, s'unit sans hésiter à ses libérateurs, et rendant solidaires de ses griefs tous les mages qui se trouvaient dans la ville , fit main basse sur eux, et massacra ceux qu'elle put rencontrer. Ce fut pour l'avenir une date mémorable, une grande journée, une fête nationale; on l'appela « la magophonie », « le massacre des mages », et il était ordonné pendant la célébration de cette fête que les personnes de cette caste eussent à 'se renfermer chez elles.

Le premier acte de la révolution était accompli; il restait maintenant à savoir comment on voulait s'organiser. Le cinquième jour après l'événement, les sept conjurés, qui jusqu'alors avaient sans doute exercé une sorte d'autorité provisoire , mirent en délibération la forme du gouvernement futur.

' Otanès recommanda l'abolition de la royauté et l'établissement de l'isonomie. Mégabyze proposa une institution oligarchique. Mais Darius soutint que la monarchie était dans les traditions nationales; que le mieux qu'on

pouvait attendre de la démocratie était précisément d'y aboutir; que le pouvoir d'un chef était le g^ouvemement par excellence , le seul fort et capable de secret dans les résolutions et d'unité dans l'action , et qu'en conséquence c'était la monarchie qui convenait le mieux aux Perses. Tous les assistants se rangèrent à cet avis. La monarchie fut donc décrétée , seulement on décida qu'Otanès et ses descendants resteraient libres y et ne serviraient la couronne qu'autant qu'ils le voudraient , avec cette condition toutefois de ne pas transgresser les lois du pays. D'ailleurs Qtanès déclara renoncer à tous ses droits éventuels au trône, et comme dédommagement, il fut résolu que lui-même et après lui le chef de sa maison recevraient tous les ans un habit à la mode médique , et d'autres présents honorables. Il obtint ces distinctions non-seulement en échange de sa renonciation au pouvoir, mais aussi en mémoire de ce qu'il avait été le premier à se soulever contre les mages.

La situation d'Otanès ainsi fixée , les autres chefs décidèrent que chacun des sept aurait ses entrées libres au palais, et pourrait se présenter devant le roi sans se faire annoncer, en tout temps, en tout lieu, sauf le cas où le monarque serait avec sa femme. En outre, celui-ci n'épouserait jamais qu'une fille issue du sang d'un des six autres ; enfin le souverain allait être élu de la manière suivante : le lendemain matin, au soleil levant, les six qui n'avaient pas abjuré leurs droits à l'empire quitteraient ensemble la ville à cheval , et le premier dont le cheval hennirait serait inmiédiateipent reconnu et proclamé par les autres. ~ Les choses se passèrent comme on l'avait décidé. Les prétendants sortirent au petit jour. Le disque du soleil s'éleva sur l'horizon, et aussitôt le cheval de Darius se mit à hennir; à ce signe, ses cinq compagnons descendirent de leurs montures, se prosternèrent, et proclamè-

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