CHAPITRE VIII. — MORT DE CAMBYSE
rent roi des Perses l'Achëménide Darius. Cependant un éclair brilla et un coup de tonnerre retentit dans Tair serein : c'était la consécration des dieux.
Hérodote ne trouve pas que l'autorité céleste ait suffi pour amener un pareil résultat. Il ajoute qu'il y avait bien aussi une part d'intrigue et de ruse dans cette affiaire. L'écuyer de Darius , appelé OEbaras, avait eu soin y de façon ou d'autre, car l'historien présente deux versions , de mettre le cheval de son maître en excitation pour la cavale favorite du haras , et g^rftce à la fourberie de ce serviteur, Darius l'emporta sur ses rivaux trompés.
Voilà comment Hérodote rapporte les événements relatifs à la mort de Smerdis, fils de Gyrus, la fin de Gambyse, l'usurpation des mages, et finalement le renversement de ceux-ci et t' avènement de la nouvelle dynastie.
Voyons maintenant comment Gtésias explique la partie de ces événements sur laquelle nous ne l'avons pas encore interrogé. Sa façon de concevoir les choses est plus simple que celle de son glorieux devancier.
Suivant lui , le chef des Bagous et l'Ârsacide Artasyras avaient résolu avant la mort de Gambyse de placer sur le trône le faux satrape déjà maître de la Bactriane, à la feveur de sa ressemblance avec le second fils de Gyrus. Leurs menées eurent un plein succès. Mais quand Ixabates ou Oushya-pati, le roi des Uxiens, arriva de Babylone, ramenant avec lui en Perse le corps de Gambyse , et qu'il trouva à la tête de la nation l'aventurier dont il savait toute l'histoire, il s'empressa de faire connaître la vérité à l'armée, et se réfugia aussitôt après dans un temple. Les partisans du mage l'y poursuivirent , et il eut la tête tranchée. Ici c'est le roi des Uxiens qui rempUt à peu près le rôle qu'Hérodote attribue à Prexaspes.
Cette mort ne sauva pas les mages. Sept chefs particulièrement puissants., Onuphas, Idernès, Norondabates,
572 LIVRE IH. — QUATRIÈME FORMATION DE L'IRAN. Mardonius , Barissès^ Artapfaernes et Darius , fils d'Hystaspes, se mirent à la létedes mécontents. Ils se rattachèrent Bagapates, chef des Bagous, et Artasyras,* qui, probablement émus par l'indignation générale, n'osèrent pas soutenir plus longtemps leur créature. Ils faisaient partie de la maison du souverain qu'ils avaient créé. Bagar pâtes tenait même les clefs du palais. Il ouvrit les portes. Sphendadates , surpris tandis qu'il était couché avec une courtisane de Babylone et se voyant sans armes , se défendit avec un siège d'or; mais pressé par les sept, il ne prolongea pas sa résistance , et tomba criblé de blessures. Il avait régné sept mois.
La fête de la magophonie est celle du jour où le mage fut tué.
Darius monta sur le trône parce que son cheval avait henni le premier parmi ceux^ de ses rivaux au lever du soleil. Il avait trouvé pour obtenir cet avantage un moyen sur lequel Gtésias ne s'explique pas.
Maintenant, on doit comparer les textes respectifs des deux historiens grecs. Nulle part, dans tout son ouvrage, Hérodote ne montre plus clairement les mérites et les défauts de sa manière. Rien n'est vivant, intéressant comme ^on récit. Rien aussi n'est plus systématique : pour ne pas s'écarter d'une ligne des opinions de ceux qui, à Babylone , lui ont raconté les faits , et qui assurément n'étaient pas des Perses, mais des Âraméens ou des Grecs domiciliés, il embrouille tout, et ne se met en peine d'aucune contradiction avec ce qu'il a dit lui-même des mœurs, des croyances et des idées des Perses. Ce n'est pas assez que son Gambyse ait été fou à lier, ce qui d'ailleurs est incontestable , il l'entoure de rêves , de visions , de prédictions, d'oracles, et ce même personnage qui, au rebours du tolérant Gy rus, parait avoir éprouvé le dégoût le moins dissimulé pour les dieux étrangers, cet homme, ce