CHAPITRE VIII. — MOWT DE GAMBYSE
que le véritable eût dû remplir. Ce qui est certain , c'est qu'il s'occupa tout d'abord de satisfaire aux deux rëclamatioDS les plus vives des nations conquises : il supprima pour trois ans et les impositions et la milice. C'était annoncer, par le dernier point surtout, que le régime iranien , essentiellement militaire, avait pris fin.
Quand la fraude fut découverte, quand les deux mages, c'est-à-dire les deux prêtres chaldéens, eurent été mis à mort par des seigneurs appartenant aux familles de la Loi pure , la vengeance des Perses s'exerça à loisir sur les gens de leur espèce, nous dirions de leur robe, qui furent massacrés partout où on les trouva. C'est la magophonie. Il parait que l'erreur qui confondait les Chaldéens avec les mages mazdéens avait déjà cours du temps de Ctésias , car celui-ci limite ce châtiment au seul auteur de l'usurpation, et il ne dit rien d'une défense générale faite aux prêtres mazdéens de se montrer dans les rues lors de la célébration de la fête annuelle consacrée à la commémoration de l'événement. Cette défense en efTet est inadmissible, en ce sens qu'elle se serait appliquée à un sacerdoce respecté et puissant. Mais il est croyable que les devins assyriens et les prêtres des idoles , en tout temps peu estimés des Iraniens, aient été soumis à quelque humiliation de ce genre. Je considère donc et le massacre des mages chaldéens comme possible et la fête de la magophonie comme probable. Maintenant il se présente une difficulté qui n'a pas été examinée suffisamment.
Hérodote et Ctésias assignent l'un et l'autre sept mois de règne au mage imposteur, et tout de suite après ces sept mois commence le règne de Darius. Mais Eschyle n'est nullement de cet avis. Après Merdis, qu'il appelle l'opprobre de la Perse et du trône, sans s'expliquer autrement sur la façon dont ce personnage était parvenu à la couronne, il place Artaphrenès, qui pour lui est le véri-
table libérateur^ celui qui tua le tyran avec Taide de ses amis. Cependant il ne prit pas d'abord la couronne; ce fut Maraphis qui régna , et quand il quitta le pouvoir, d'une façon que le poète n'explique pas non plus, Artaphrenès commanda à son tour, et après ces deux seulement, Maraphis et Artaphrenès, s'éleva Darius.
Plusieurs critiques ont conseillé de considérer comme interpolé levers de la tragédie des Perses dont il s'agit ici. D'autres s'y sont opposés, et je pense qu'ils ont raison. Rien n'indique la nécessité d'un retranchement que le désir de se conformer aux opinions répandues par Hérodote. Je suppose que la méthode tout anecdotique de ce grand homme n'exige aucun sacrifice de ce genre quand on voit quelques-unes de ses assertions formellement contredites. Cela mènerait trop loin. La tragédie des Perses fut représentée à Athènes, sur le théâtre de Bacchus, l'an 473 avant Jésus-Christ, à ce qu'on assure, et l'on fait mourir Cambyse en 522. Eschyle n'était donc séparé que par quarante-neuf ans tout au plus des faits qu'il reproduit dans sa pièce, tandis qu'Hérodote, qui écrivit son histoire avant 444, environ soixante-dix ou soixante-dix-huit ans plus tard, comme j'ai eu l'occasion de le dire, d'une façon peu favorable à la parfaite exactitude et au complet et irréprochable enchaînement des faits, avait déjà eu tout le temps de laisser les convenances légendaires s'interposer entre lui et la vérité.
Hérodote ne nomme pas du tout Artaphrenès , qu'Eschyle honore d'une épithète si noble , et qu'il iait roi plus tard, après l'avoir présenté dès l'abord comme le chef unique de la conjuration. Peut-être pourrait-on retrouver ce personnage dans l'Intaphernes qu'Otanès enrôla ; mais Intaphemes ne figure pas autrement dans le récit que pour avoir été blessé par l'un des deux mages et avoir eu l'œil crevé d'un coup de lance. Ctésias est plus