CHAPITRE VIII. — MORT DE CAMBYSE
n'est qu'une indication assez vague et la seule possible en pareille matière.
Il ne reste plus qu'un seul point à examiner pour en avoir fini tant bien que mal avec Tëpoque de Cambyse et du mage. Hérodote doutait que beaucoup de Grecs pussent croire que les Perses aient discuté, après la mort de l'usurpateur, sur la forme de gouvernement la plus convenable. Je ne partage pas cette incrédulité, et je suis persuadé que, sinon dans la forme , au moins dans le fond , sinon quant aux personnages mis en scène, au moins quant à la totalité des seigneurs iraniens, la discussion survenue entre les chefs doit être absolument vraie.
L'État était bien changé de ce qu'il avait été autrefois. Ce n'était plus , comme au temps des Djems , une monarchie composée de populations régnantes toutes homogènes ; ce n'était pas non plus, comme après la délivrance par Férydoun , une confédération de grands fiefs luttant contre les envahissements des Scythes, contre les attaques des Indiens, surveillant la frontière occidentale, et réunis plutôt que dominés et régis sous un pouvoir central le plus souvent très-faible. On y voyait désormais une immense agglomération des territoires les plus divers, où tout ce qui avait pu autrefois s'appeler équilibre était sinon déjà détruit, au moins fort ébranlé. Le roi, nous l'avons dit, était devenu tout-puissant; il avait acquis les moyens de l'être : de là, menace permanente pour les indépendances anciennes; plus de la moitié de l'empire, et la plus intelligente , la plus riche , la plus apparente , non pas la plus morale, à coup sûr, ni la plus brave, ne comprenait rien à l'organisation féodale et n'admettait que le pouvoir absolu. Au dehors, terreur universelle devant le colosse qui avait réussi à saisir dans ses vastes bras les forces rassemblées du monde d'alors , partant sécurité profonde visà-vis de l'étranger, repos dans les esprits, loisir^ besoin
d'activité, recherche de quelque chose à faire, appétition de nouveautés; c'est dans de pareils moments que les peuples, que les sociétés se jettent dans des voies inconnues. Devenues grandes, elles veulent briser leur berceau et repousser dédaigneusement comme des jouets de leur enfance ce qui les a faites ce qu'elles sont. C'est ce qui allait arriver dans l'Iran. Nous allons voir les institutions anciennes s'altérer, la religion changer, le vieux sang arian avoir peine à maintenir ses droits, et n'y parvenir qu'à l'aide et aux dépens des concessions les plus fâcheuses; il est donc naturel qu'en un pareil moment les théories politiques les plus diverses aient été débattues entre les hommes d'État.
Tout cela serait feux si l'on voulait s'obstiner à considérer l'empire perse comme un simple produit de la violence heureuse et comme un monument de la force aveugle et irraisonnée. Je suppose que les lecteurs de ce livre n'accepteront plus une façon si superficielle d'apprécier les faits. Nous avons vu comment l'Iran s'était fondé par la colonisation agricole, et sous l'action d'un régime politique très-libre et très-moral; comment, après un temps d'éclipsé, sa nationalité vivace avait reparu plus forte que jamais; comment elle avait résisté à la pression des Scythes, à l'énervement qui lui venait de l'ouest; comment enfin Cyrus, l'étabhssant définitivement dans sa gloire, avait mis Gambyse en état de faire flotter en même temps les étendards du soleil et sur les confins du Thibet, et sur les dernières plages caspiennes, et aux extrêmes limites de l'Egypte , et sur les murs des cités grecques de la Propontide. Un État barbare ne possédant qu'une force brutale peut, à la rigueur, accomplir de pareilles conquêtes; mais les tenir fermes et honorées pendant de longs siècles, c'est ce qui lui est impossible, et pourtant c'est ce que fit la Perse.