CHAPITRE I•^ — APERÇUS GÉOGRAPHIQUES
entière. Les chroniques miisulmanes elles-mêmes por*tent des traces de cette antique habitude, et il n*est pas rare de leur voir substituer le mot « Parsy » , ou , suivant la transcription arabe « Farsy », à la dénomination plus juste et plus ordinaire d' « Irany » .
Cependant, ainsi que je le disais tout à l'heure, c'est ce dernier mot qui est vrai et surtout usité. L'emploi en a précédé celui de l'autre et lui a survécu. Les sujets actuels de Nasr-Eddyn-Shali se l'appliquent comme faisaient leurs ancêtres émigrants du nord-est, de sorte qu'on peut affirmer, avec la plus rigoureuse exactitude, que la nation porte aujourd'hui le nom qu'elle se donnait longtemps avant que l'histoire eût commencé. Ce nom n'est autre que celui d' « Ayrian » ou « Arian ' » , appellation commune de toutes les nations blanches à leurs débuts et signifiant r « homme honorable, digne de considération et de respect » . Les Hindous s'en paraient aussi à l'origine. Ils ne l'ont abandonné qu'à la longue. Les Germains le prenaient également, mais ils ont fini par le laisser à la classe inférieure de leurs hommes libres , les Arimans , et il s'est perdu. Les Iraniens presque seuls l'ont conservé, ne le modifiant qu'à peine. Ils ont gardé avec une précision presque égale le souvenir de la patrie primitive. Dans les annales des autres peuples de la famille, cette notion,
' Je ne m'explique pas pourquoi quelques auteurs modernes transfurment ce nom en celui d*« Ariens » ou « Ai*yen8. » Oufre que le son de ce dernier est désagréable et donne lieu à un rapprochement involontaire d'idées qui n'a rien ù faire avec le sens réel du mot, il ne saurait exister le moindre doute sur la forme la plus véritable. On voit que Ayryana-Vaeja produit bien la transcription française, • terre des Arians m, et même la nécessite. On a aussi Dainhâvo airyâo, « les provinces arianes * , qui ne laisse pas plus d'ambiguïté. L'ensemble des provinces iraniennes de l'est se nommait ponr toute l'antiquité : « Ariana •. Le fleuve qui coule à Hérat, l'Héryroud, est appelé Arrianos par le Périégète; Hérat même est pour Pline
Alexandria Ariana. Ptolémée connaît Ariaka à l'embouchure de l'Oxus; il me semble donc tout à fait régulier et uniquement régulier d'appeler
M Arians k les |M*uples auxquels nous avons affaire ici.
quand elle ne s'est pas effacée tout à fait, s'est tellement entourée de poésie, de mystère et, pour bien dire, d'oubli , elle s'est reculée si loin de la réalité en montant jusqu'aux sphères de la fable, qu'il est souvent difficile de la reconnaître pour ce qu'elle vaut et de lui trouver une forme saisissable. Au contraire, la tradition iranienne la considère comme un fait positif et parle du séjour des aïeux comme d'un lieu dont la mytholog[ie n'a pas droit de s'emparer.
Elle dit donc qu'avant leur exode , les Iraniens ou Arians vivaient dans une contrée d'une beauté incomparable, appelée de leur nom « Ayryana-Vaëja » , terre des Arians. Le merveilleux climat de ce pays changea soudain, par un effet de la malice du mauvais esprit , et de doux qu'il était il devint tellement âpre et dur, que deux mois d'été y succédèrent désormais à dix mois d'hiver ^ Alors les Arians se mirent en voyage, et la première contrée où arrivèrent leurs têtes de colonnes, ce fut Gau , « la demeure de Çughdà » , autrement dit la Sogdiane. Il est impossible d'expliquer plus clairement que les établissements originels se trouvaient sur les plateaux de l'intérieur du continent, au nord de la Transoxiane.
On ne doit pas perdre de vue qu'à ce moment les nations qui descendaient ainsi vers le sud, en quittant le gros de leurs congénères , n'étaient pas plus iraniennes qu'hindoues ou scythiques. Elles étaient purement arianes, et les scissions qu'elles devaient Connaître restaient encore dans l'avenir. On aperçoit clairement leur séjour prolongé sur les plateaux duTashkend, du Khokend , et jusque dans les vallées du Ladakh. De là, grossies par leur propre fécondité, exigeant de plus vastes demeures, ou bien poussées par d'autres nations blanches accumulées derrière elles et impatientes de se déplacer, elles se dirigèrent
< Vendidadf 1 , 62. , 9 et paMiin.