‹ Histoire des PersesChapitre 20 sur 192 · CHAPITRE III. — LA FAMILLE ARIANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA FAMILLE ARIANE

nières de désigner raliment divin , de même les Arians- Hellènes appellent aussi « nectar » ce qu'ils nomment ambroisie et qui est à la fois aliment et breuvage, jouissant d'un caractère d'incorruptibilité tel que les corps qui en sont frottés , comme celui de Patrocle, par exemple, ne peuvent plus se détruire. C'est une forme particulière de l'idée d'immortalité que les Hindous et les Grecs euxmêmes nous ont déjà montrée être inhérente à l'aliment divin. Pour les Arians-Iraniens, s'ils ne connaissent que le mot « homa » pour indiquer la liqueur céleste , c'est que l'autre expression s'est attachée de bonne heure à des emplois tellement et si constamment vulgarisés que la sphère mythique n'a pu les saisir. Ainsi l'ameretiit, cité par le Yaçna (III , 61 et ailleurs), et que le passage quahfie de « vache bien créée » , n'est autre chose que du lait fermenté , et le rapport direct du mot zend « ameretat » avec le sanscrit a amrita » et le grec « ambroisie » ne saurait être méconnu. Quoi qu'il en soit, le homa est en grand honneur dans l'Avesta, qui ne le cède en rien aux hymnes hindous pour la magnificence des prérogatives qu'il lui accorde. Le homa donne la santé, la nourriture, la beauté, la force , des enfants , une longue vie , la victoire sur les mauvais esprits, une demeure parmi les saints, et enfin l'immortalité. Deux passages du Yaçna, traitant de la très-ancienne communication du homa aux hommes, assurent que le père de Zoroastre était, dans Tordre des temps, le quatrième adorateur de ce présent céleste; quant au premier, c'est le père même du Roi, ou, pour mieux dire, des hommes, ce qui signifie assez clairement que les mérites du homa et la façon de les produire sont considérés par le Yaçna comme des découvertes absolument primordiales.

Chez les Scandinaves, le souvenir des mets favoris des premiers ancêtres n'est pas 09oin3 restjé très -apprécié,

très-connu. Odin le belliqueux ne vit éternellement que du vin qu'il se verse, assure le Grimnismal. Ici le Fait s'est conservé sans le nom; le breuvage est immortel, incorruptible, il communique ses qualités à ceux qui en usent, mais il s'appelle tantôt vin, tantôt bière, tantôt hydromel. En réalité, chez les Hindous, les Iraniens, les Scandinaves, il s'agit d'une boisson enivrante, excitante, fortifiante, qui, en causant l'exaltation de l'esprit, paraissait donner de grands biens, et dont la composition a d'autant plus varié que ce qu'on remarquait en elle c'était bien moins sa substance que ses effets.

Religieux, les Iraniens l'étaient à un degré suprême. C'était l'âme de leur société et le pivot de toutes leurs actions que de se tenir dans une communion incessante avec ce qui nous semblerait être le monde surnaturel et qui n'était pour eux que le monde même dans lequel ils croyaient vivre. Kien n'était ni plus mystérieux ni moins expliqué à leur esprit que leur existence propre, et ils ne trouvaient pas plus difficile d'admettre la présence invisible et l'action incessante des dieux sur ce qui les touchait, que de concevoir comment et pourquoi ils se trouvaient eux-mêmes sur la terre. S'estimant comme des créatures d'un ordre décidément supérieur, il ne leur coûtait pas d'avouer qu'au-dessus il existait encore d'autres forces, et d'autant moins que s'imaginant leurs ancêtres au milieu de celles-ci, ils ne doutaient pas de pouvoir s'élever à leur tour à une semblable égalité , et dès lors ils considéraient avec respect sans doute , mais non pas avec crainte , non pas avec servilité , ces dieux , leurs futurs compagnons. S'ils les rabaissaient par de telles opinions, c'était en cela seulement qu'ils s'exaltaient euxmêmes sans mesure. Ils se rangeaient sans scrupule dans les limites du monde supérieur. La foi qu'ils portaient à ce monde était aussi le résultat de leur mépris et de leur

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