‹ Histoire des PersesChapitre 21 sur 192 · CHAPITRE III. — LA FAMILLE ARIANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA FAMILLE ARIANE

haine pour tout ce qui n'était pas eux dans l'humanité, ou pour les formes de la création qu'ils reconnaissaient comme impures et haïssables.

Cette doctrine par laquelle l'univers et son contenu sont séparés en deux parties antagonistiques odieuses l'une à l'autre, est le point le plus capital, le plus saillant, le plus vital de la religion primitive des peuples blancs. Aimer ce qui est pur, détester ce qui ne l'est pas, voilà le premier principe, je dis le plus ancien, voilà la base sur laquelle s'est développée toute la morale humaine.

La nuit, fovorable aux surprises, grosse de terreurs, inquiétante aux yeux , était impure par le mal qu'elle facilitait, et les ténèbres, en conséquence, étaient la source même et l'image et le symbole constant de ce qu'il y avait de pis, car elles faisaient tout soupçonner. L'esprit de populations jeunes encore, n'ayant pas de longs siècles d'expérience, jugeait en bloc et distinguait peu. Les animaux féroces ou traîtres, la classe cauteleuse des reptiles, étaient impurs en tant que redoutables, et l'extermination était l'unique moyen que l'on comprit de se garder contre des adversaires de telle espèce'. Les êtres humains non Arians étaient impurs, car, attaqués ou attaquants, ils nuisaient, et parlant un langage incompréhensible, on les jugeait stupides, peut-être l 'étaient-ils. Enfin, comme tout ce qui produisait le mal était impur, il arrivait qu'un Arian lui-même , qu'un objet de nature ordinairement inoffensive se pouvait classer par sa faute (on n'admettait pas d'action purement involontaire) parmi les choses impures, et ce fut en conséquence d'un premier emploi de la réflexion qu'on admit pour cette cause la possibilité des réconciliations , et le pardon motivé et l'effacement des offenses; de là les purifications plus ou moins laborieuses, plus ou moins difficiles, les expiations dont la forme, le caractère, la

> HÉRODOTE, I, 140. — SpiEr.EL, Vendidad , t. I , p. 83.

40 LIVRE 1er.— PREM. ET SEC. FORMATION DE L'IRAN.

portée ont change avec la nature des doctrines, mais qui, en fait, ont existé chez tous les peuples blancs de Tantiquité, pour les hommes, pour les animaux, pour les armes, pour les pierres, pour tout au monde.

Il est bien constant que, dès l'époque première, et quand les Arians habitaient encore rAyryana-Vaëja , cette conception s'était formée, que la cause de toute impureté, de toute obscurité, de tout mal, gisait dans l'essence d'un esprit pervers qu'il fallait combattre et repousser à tout prix. Rien n'indique que cet esprit pervers fut alors considéré comme l'égal en puissance de l'Éternité lumineuse à laquelle se vouaient les adorations. Les Arians n'ont pas professé le dualisme. On ne trouve rien de ce dogme dans les Gatbas, ces plus anciennes parties de l'Avesta; les Védas n'en indiquent rien; les Grecs primitifs ne le connaissent pas non plus ; quoi que ce soit de semblable n'a été aperçu chez les Scythes, ni plus tard chez les Scandinaves. Le mal existe, sans aucun doute, à l'état de protestation et de révolte incessante contre la Divinité suprême; pourtant, celle-ci plane seule, assurée de la victoire finale et maîtresse de toutes choses dans l'immensité de ses créations.

Cette divinité primordiale , Ahoura-Mazda , Varounas , Ouranos, est incontestablement l'impression produite par la vue du ciel étendu, enveloppant et lumineux. On ne peut pas dire, en lisant les Gathas ou les Védas, que les Arians aient eu précisément l'esprit métaphysique; c'étaient beaucoup plutôt des hommes doués pour l'action et préférant les surfaces aux profondeurs ; mais, comme ils avaient l'âme poétique , comme leur pensée généralisait facilement , il n'est pas non plus admissible de leur prêter pour le ciel, matériellement pris, une adoration qui n'eût pas cherché une âme dans ce ciel même et une force invisible agissant au sein de son infini.

Page 1