‹ Histoire des PersesChapitre 22 sur 192 · CHAPITRE m. — LA FAMILLE ARIANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LA FAMILLE ARIANE

C'est poiu* cela que cette àme , que cette force invisible, lis la supposaient partout, dans le soleil, dans le feu, dans l'eau, i>ien plus dans la prière, dans l'ensemble du sacrifice, dans chacun des rites religieux; ils la voyaient et la décrivaient, pleine de vie, de puissance, d'intelligence et de volonté, dans les nuages, dans la pluie bienfaisante, dans les variations de la lumière à chaque heure du jour ; malfaisante aussi , comme provenant de l'esprit mauvais , dans les éclats de la foudre et les coups frappés par la tempête. De là, les Yazatas, ces dieux inférieurs dont Ahoura-Mazda s'entourait, et qui, réunis à lui, conversaient famiUèrement avec les hommes de la race pure. Cette façon de comprendre la nature, qui se montre si bien chez les Grecs dans le mythe d'Ixion et des Centaures, dans celui des Dioscures et dans tant d'autres , qui n*est pas moins visible dans la théogonie Scandinave, n'aboutit jamais chez ces derniers peuples, ni chez les Iraniens non plus, à l'anthropomorphisme où des circonstances spéciales la firent tomber dans l'Hellade, ni tout à fait au symbolisme effrayant qu'elle finit par revêtir dans l'Inde. Les premiers Iraniens n'élevaient pas de temples. Ils ne connaissaient pas de représentations matérielles des objets de leur adoration. Les sacrifices, les hymnes, les prières, leur tenaient lieu de tout. La nature entière leur était , comme aux Scythes , un sujet illimité et illimitable de respect; et quant aux rapports qui unissaient les hommes purs à cet ensemble sacré , j'ai déjà montré à quel degré ils étaient étroits. L'univers pur était créé pour eux, pour les servir , pour les favoriser en toutes choses , pour recevoir leurs éloges et leur rendre des bienfaits; et j'ai déjà dit aussi que la mort portant les Arians dignes de ce nom au sein des formes de la toute-puissante existence, leur donnait part à la majesté et à l'activité propres à celle-ci. De là le culte des ancêtres.

42 LIVRE I«'. — PREiM. ET SEC. FORMATION DE L'IRAN.

Dans ces temps anciens y on ne croyait pas que Thomme fût parvenu de lui-même à la sublimité de telles connaissances. Dieu non plus ne lui avait pas révélé sa foi sans intermédiaire. Il y avait eu déjà deux initiations. L*une provenait de Toiseau Karshipta, et était la première , celle qui se perdait dans la profondeur des temps. L'autre avait eu pour propagateur un homme , et le nom de ce voyant était Ourvatat-Naro , au dire du Vendidad *.

Il est plus facile de faire ici des rapprochements que d'obtenir une solution raisonnable et surtout positive de l'énigme que présente l'apparition d'un oiseau dans le personnage de prophète. Quand on aura rappelé le rôle joué par la colombe de l'Arche au moment où. finit le déluge, et la place distinguée occupée par l'aigle aux pieds du Jupiter hellénique, on n'aura pas beaucoup avancé la question. Seulement, et sur le second point surtout , on aura relevé une coïncidence assez frappante dans les traditions de deux peuples parents , et par conséquent on aura pu étabUr au moins, surtout après avoir rappelé le souvenir du Garouda indien , bien identique avec le Karshipta, que la doctrine qui prétait à ce dernier un rôle si important dans l'action religieuse datait de ces années où les Arians étaient encore réunis dans la patrie primitive.

Il n'en est pas de même d'Ourvatat-Naro. Ce nom ne signifie autre chose que « l'homme d'Ourva » , et Ourva , a fécond en pâturages » , et que je crois pouvoir retrouver à l'est de Kaboul , ne fut que le septième pays colonisé par l'émigration iranienne. Il se produisit donc dans cette nouvelle contrée un homme inspiré du ciel , qui apporta des modifications importantes aux idées du culte. Cependant , comme rien dans ce qui a été dit plus haut n'est particulier aux habitants de l'empire iranien, et que les peuples de l'Occident et du Nord , leurs parents , possédaient

* Spibgel, Vendidad, t. I , p. 77.

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