CHAPITRE III. — LA FAMILLE ARIA^E. hZ
ces mêmes idées, je crois que les doctrines du prophète d'Ourva devaient tendre plutôt au maintien qu'à Tamplification des notions du passé, et j'en reparlerai quand le moment de traiter ce sujet sera venu. Restons, pour le moment, dans la haute antiquité où les peuples n'avaient pas encore besoin de réformateurs.
On vient de voir tout à l'heure que si les Arians n'avaient pas de temples ni de représentations visibles de la Divinité, l'autel domestique et, probablement de même, l'autel élevé par. une communauté d'adorants plus vaste que le cercle restreint d'une famille , leur en tenait lieu sous les rapports principaux. Le sacrifice en devenait plus imposant, les rites suivis en étaient plus mystérieux et plus dignes de respect, puisqu'ils n'avaient pas à partager la vénération débordant de l'àme des fidèles avec des objets étrangers à eux. La partie la plus essentielle du culte, c'était certainement le sacrifice. Là se concentrait ce que l'homme pouvait faire de plus considérable pour les dieux , et ce que les dieux estimaient davantage dans les actions de l'humanité. Considéré sous cet aspect, le sacrifice a toujours constitué un acte si auguste , que les diverses religions ont tendu à en rendre l'objet le plus digne possible d'être offert à la Divinité. Dans le christianisme , les catholiques présentent à Dieu, Dieu lui-même. Les protestants, à défaut d'une telle victime que leurs dogmes ne mettent pas dans leurs mains , élèvent l'âme du suppliant à son créateur et la lui vouent. Pour les anciens peuples arians, on les a vus dans les stages les plus purs de leur existence , alors que leur conscience agissait libre de suggestions étrangères, immoler sur leurs autels des hommes vivants. Cette dévotion redoutable a été reconnue par l'universalité de la race comme étant la plus vénérable.
Les Scythes choisissaient du nombre de leurs prisonniers tous les centièmes, ils versaient du vin sur la tête du
captif, égorgeaient celui-ci au-dessus d'un vase où coulait le sang, qui ensuite était versé sur un bûcher au milieu duquel s'élevait Tépée, admise à représenter l'attribut divin auquel ils rendaient le plus d'hommage. II ne faut pas oublier qu'il s'agit ici d'une époque relativement basse , où les Arians-Scythes avaient déjà élaboré des notions religieuses particulières. On coupait ensuite et on jetait en l'air les bras droits des hommes sacrifiés après en avoir séparé les mains; où ces bras tombaient, ils restaient, et les cadavres étaient abandonnés sans sépulture '.
Il serait superflu d'insister sur la continuation de ce mode de sacrifice chez les peuples issus des Arians-Scythes répandus successivement dans le nord et l'occident de l'Europe. On sait assez quel sort attendait les prisonniers romains sous les ombres des forêts sacrées des Chérusques, et jusqu'au milieu des temps mérovingiens on voit les Franks offrir des hommes aux dieux du Nord , quelquefois même aux dieux topiques des contrées qu'ils traversaient. Cette notion, conservée très-tard par les populations germaniques, était si fort généraUsée dans l'ancien monde, que le christianisme a eu beaucoup de peine à la détruire, et jusque dans le dix-septième siècle, un chef cosaque, Stenko- Razin , croyait acquitter une dette de conscience en précipitant dans le Wolga, du haut de son navire, une fille persane enlevée dans une expédition heureuse.
Les Arians-Hindous ont pratiqué de même les sacrifices humains et les ont tenus pour particulièrement nécessaires dans cinq occasions capitales. La première, lorsqu'il s'agissait de la fondation d'un édifice. C'était afin d'assurer la durée du monument. Cette notion spéciale se rencontre dans les traditions romaines comme dans les souvenirs des Slaves et des Germains. La tête de la victime était séparée du tronc, qui était jeté dans l'eau destinée à la