CHAPITRE V. — LES DJEMSHYDITES DE LIRAN
nouvelle province ariane, il l'avait^ rendue participante aux mérites de la race victorieuse. Vehrkana se parait d'un nom moins bénin , puisqu'il se vantait de tenir du loup ; Douyak, comme lui , s'appelait * le dur» . On peut s'imaginer que les chefs arians n'étaient pas plus disposés à la mièvrerie que ne le furent plus tard leurs arrière-neveux , Geoffroy Grise - Gonelle , comte d'Anjou, et Hugues Pille- Avoine, seigneur de Chaumont en Vexin. Ils avaient assurément l'idéal guerrier et chevaleresque , mais non pas ])liilanthropique. Nous rencontrerons surtout, en leur temps, les plus fameux aïeux des grandes familles iraniennes dans les montagnes de Rey , lorsque l'histoire s'occupera plus particulièrement de ces derniers fiefs de l'Empire. En ce moment, il suffit de constater que l'éclat du trône souverain n'éteignait nullement celui de beaucoup de trônes secondaires. Le Djem était déjà le « roi des rois » , comme le furent plus tard les Acliéménides , et la monarchie ariane se présentait toute construite de droits auxquels le souverain ne pouvait pas toucher, toute libre, moins les vaincus et les étrangers.
Ceux-ci introduisaient donc, par le fait seul de leur présence, un élément hétérogène dans l'État, et c'était y apporter une cause prochaine ou lointaine, et, dans tons les cas, assurée, de perturbations considérables. Les mœurs des conquérants commencèrent bientôt à s'en ressentir. Entourés d'esclaves, il parut inutile aux maîtres de s'occuper davantage d'une quantité de soins matériels qui jadis n'avaient pas été au-dessous de leur dignité. Si la philologie a raison de nous apprendre, et elle l'a sans nul doute, que la fille de la maison était exclusivement chargée de traire les vaches et que les fils étaient les seuls domestiques que Ton ait connus d'abord, il vint un jour où la jeune héritière iranienne se fit gloire de laisser des soins fatigants, communs ou vulgaires, au travail des filles dyws ,
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tandis que ses frères ^prirent k%e contenter de surveiller les serviteurs esclaves de la maison , sans prendre désormais une part aussi directe à leur ouvrage. En outre , ayant à disposer de beaucoup plus de bras , on cultiva plus de terres , on obtint plus de produits ; de la richesse on passa à Topulence, et on employa ces ressources à augmenter le nombre des dépendants, afin d'accroître l'ancien pouvoir et les respects qui s'y attachaient. L'Arian étant devenu de la sorte un directeur et un surveillant peu occupé des labeurs auxquels s'était bornée l'activité de ses pères , il lui resta des loisirs qu'il appliqua à d'autres soins, et de là naquit une vie sociale assez développée. Il en résulta des tendances -vers des notions et des faits jusqu'alors inconnus.
La religion pourtant était un grand obstacle. Purement ariane et probablement rendue moins commode par la réforme de l'homme d'Ourva , elle s'opposait au progrès industriel. Dans son respect pour la nature, elle craignait de souiller les pierres en les travaillant, le feu en l'employant à certains usages , l'eau en y mêlant des substances hétérogènes autres que celles dont la vie matérielle indiquait rigoureusement le besoin. Pour venir à bout d'une difficulté que la direction donnée aux esprits rendait désormais intolérable , on imagina un expédient qui conciliait à la fois les exigences du dogme et les désirs de plus en plus sentis d'élargir le cercle des jouissances.
Si l'Arian ne devait pas et ne pouvait pas consentir à se souiller, il importait peu que ses esclaves dyws subissent des pollutions morales qui n'ajoutaient rien à la dégradation irrémédiable dont ils étaient frappés , de sorte que tout ce qu'on pouvait ambitionner devint subitement possible. Les dyws, servant d'instruments à la civilisation naissante , resteraient seuls chargés des fautes et des déshonneurs qu'elle pourrait traîner après elle.