CHAPITRE V. — LES DJEMSHYDITES DE L'IRAN
et les Arians n'auraient à en recueillir que les avantages.
On commença à tailler les pierres et à élever des palais , des maisons, des villes, des forteresses sur des plans plus somptueux que par le passé. On fouilla les entrailles de la terre, et on s'adonna plus largement à l'exploitation des mines. Ce travail n'avait rien de difficile, car il n'existe probablement pas dans le monde un pays dont la richesse métallurgique puisse l'emporter sur celle de l'Iran. Le sage vézyr Shehrest lui-même conseilla au Djem d'abandonner les anciennes armes de bois et de pierre, et on les remplaça par des armes de fer. On fabriqua des casques, des cuirasses , des épées , des lances , des flèches à tète de bronze. Pour orner ces nouvelles inventions, et les trônes et les chars, et les couronnes et les bracelets, on découvrit le mérite des pierres fines et précieuses , et l'on rechercha , dit Mirkhond , les diamants, lesémeraudes , les rubis, les turquoises, les cornalines et les opales.
Ces richesses auraient mal figuré sur les simples vêtements dont on s'était contenté jusqu'alors. On s'appliqua à tisser la soie et le fil. Il est curieux de remarquer qu'il n'est pas dit un mot du coton. Ces matières textiles, plus souples, plus riches, plus délicates, mêlées à la laine que l'on apprit à mieux travailler, furent teintes de différentes ' couleurs et brodées de mille façons. On apprit à les disposer et à les coudre de manière à satisfaire un goût exigeant. On connut aussi le charme des parfums, et l'on mit en usage le musc , l'ambre , l'encens et l'aloès ; ce furent principalement les bois de senteur, comme le sandal, qui d'abord se virent recherchés. Bientôt aussi une population forte et passionnée , de tout temps portée aux excès matériels, connut le vin, et voici comment la légende raconte la découverte de cette liqueur.
Le roi Djem était un jour assis dans un pavillon , assistant aux exercices de ses archers, quand apparut dans le
ciel un grand oiseau qui fuyait à tire-d'ailes sans pouvoir se débarrasser de l'étreinte d'un serpent enroulé autour de son cou. C'était un spectacle insupportable pour l'œil d'un Arian , car les oiseaux appartiennent à la Bonne Création^ tandis que les reptiles sont le pire produit de la mauvaise. Djem ordonna à un de ses guerriers de viser le serpent et de l'atteindre, en se gardant de toucher l'oiseau. Immédiatement le serpent, percé d'un coup mortel, lâcha sa proie, s'étendit et vint se briser sur le sol, tandis que le captif délivré disparaissait à l'horizon.
Peu d'instants s'étaient écoulés qu'il revint, s'abattit devant Djem , et , comme s'il voulait lui témoigner sa reconnaissance , il laissa tomber de son bec quelques graines inconnues.
On les recueillit, on les sema, et au bout de peu de temps il germa une plante qui , grandissant sous l'influence des saisons , se couvrit de feuilles et bientôt de fruits admirables à voir et réunis par grappes énormes. C'était la vigne.
Le roi observa que sous une pellicule très - mince ce fruit superbe avait une chair fluide facile à séparer du pépin ; il fit donc accomplir cette opération par ses serviteurs, et quand elle fut terminée, on enferma dans une jarre la liqueur ainsi obtenue. Après quelques jours, le" roi voulut la goûter, supposant sans doute qu'il trouverait quelque chose d'analogue à l'hydromel ou h d'autres préparations de ce genre ; mais il fut rebuté par une amertume si forte et un goût si étrange , qu'il en conclut que ce devait être du poison , et il mit la liqueur mystérieuse a part, prévoyant, dit avec abandon le narrateur oriental, que ce poison pourrait être de quelque utilité dans les affaires du gouvernement.
Cependant Djem avait une esclave fort belle et très- 'aimée. Un jour qu'il était à la chasse, la favorite fut