CHAPITRE VII. — RÉGNE DE ZOHAK
la Mésopotamie, de la Médie, de la Perside, de la Susîane, composant le noyau de l'empire, et aux États iraniens conquis, la monarchie assyrienne ait réuni, comme le veut Diodore , la Cilicie, la Pamphylie, la Lycie, la Carie, la Phrygie, la Mysie et la Lydie ; la Troade jusqu'à l'Hellespont, la Propontide, la Bitliynie et la Cappadoce, il semble prudent d'en retrancher les territoires des Barbares situés vers Je Tanaïs, et surtout l'Egypte et la Pbénicie, la Libye, l'Ethiopie et l'Oracle d'Ammon. Rien n'empêche cependant que les gouverneurs assyriens de Bactrse ou Balkh aient pu diriger des expéditions contre l'Inde. Il semble, au contraire, que de telles collisions aient dû être dans la nature des ciioses. Le roi hindou Stabrobates, qui parait avoir été nommé réellement « Stbavira-Pati » ou « Sthavara- Pati » , A seigneur de la terre ferme » , fut battu dans une première rencontre et dut laisser le passage de l'indus Ubre aux agresseurs; mais il prit sa revanche dans une seconde affaire, et Sémiramis, rejetée au delà du fleuve et ayant perdu les deux tiers de sou armée, renonça à toute prétention sur un domaine si bien défendu '.
La grande Reine mourut à soixante ans, après un règne de quarante-deux ans, et les Assyriens prétendaient qu'elle avait été changée en colombe. Le nom et l'idée de cet oiseau domine toute la vie de cette femme. Elle est nourrie par des colombes , elle est belle comme une colombe , elle est lascive comme une colombe , et quand son destin est achevé, elle devient colombe. Athénée et d'autres historiens se sont refusés à voir en elle une fille de Derkéto, adoptée par un grand seigneur; suivant eux, ce n'était qu'une courtisane. J'ai fait remarquer que les noms des fils qu'elle avait eus de son premier mari étaient arians , peutêtre médiques, peut-être iraniens. Dans tous les cas, elle
1 DiOD. Sic, II, 16-19. — Lasses, ouvr. cité, t. I, p. 859.
indique bien un moment de contact étroit entre la race sémitique et les peuples blancs du Nord '. .
Après elle régna son fils Ninias , et ici Diodore, n'en racontant pas plus sur cette dynastie, se borne à établir que les descendants de Ninus se maintinrent sur le trône pendant trente générations jusqu'à Sardanapale. Hérodote introduit Nitocris dans la liste et place cette reine cinq générations après Sémiramis. En supposant à chaque génération trente-trois ans de durée , ce qui produit le chiffre assez normal de trois générations par siècle, on obtiendrait neuf cent quatre-vingt-dix ans et quelque chose pour la durée totale de la dynastie ninivite; ce calcul correspondrait assez bien aux assertions des Persans relativement à la durée du règne de Zohak, et achèverait de démontrer que ce qu'ils rapportent des actions , des conquêtes , de la puissance de ce prince s'applique à ce que les Grecs ont appris à Suse des monarques ninivites. Nous avons donc la même tradition reproduite par des esprits de nature différente.
Les habitudes, les mœurs, non-seulement des rois de Ninive, mais surtout de leurs feudataires de Médie, dont les Iraniens dépendaient plus directement et dont ils sentaient davantage l'action , contrastaient si fort avec les
^ Les Orientaui ont gardé un souvenir très-obscur de Sémiramis ; cependant ce souvenir etiste. Hamza-Isfahany place au nombre des rois hymya- ' rites Shamyr-Yourysb , fils d* Aboo-Karyb , fils d'Ifiryk, fils d*Abrah, fils d'Al-Raysh. Suivant lui, les historiens de TYémen le confondent, bien quh, tort, avec Alexandre le Grand, auquel il ressemble par les exploits et les conquêtes. C'est à lui et non au conquérant grec qu'appartient réellement le titre de « Dzou-lkarneyn n , ou « Maître des deux cornes » . Il avait conquis le Khoraçan et renversé les murailles de Sogd, qui fut ensuite nommée, d'après lui, « Sbamyrkhand « ou Samarkand, c'est-à-dire « la ville de Shamyr » . Quelques-uns pensent que Shamyr vivait au temps de Rishtasp; d'autres assurent qu'il était antérieur et qu*il fut tué par Roustem, fils de Destan. D'après ce récit, Sémiramis change de sexe et devient un homme. On trouvera dans l'histoire des Achéménides un reflet de Sémiramis sur la reine Homay.