CHAPITRE VII. — RÈGNE DE ZOHAR
usages des pays de ia Loi pure , qu'une assimilation coni* plète était plus que difficile à amener entre les deux populations. Le souvenir de cet antagonisme moral s'est conservé avec une vivacité qui étonne. Originairement , sans doute, les Mèdes, en tant qu'Arians-Scythes, sentaient dans leurs veines le même sang que les hommes de la Bonne Loi. Mais un grand nombre d'entre eux s'étant alliés aux Sémites, avaient pris la direction et la couleur des idées de ceux-ci. Toutefois le fait n'était pas absolu, la confusion n'était pas entière, et la facilité avec laquelle la Médie se rallia quelques siècles plus tard aux pays iraniens porterait à croire que les populations scytho-médiques s'étaient recrutées d'apports d'essence ariane par l'invasion de nouvelles tribus du Nord , ce qui leur avait permis de lutter sans désavantage contre l'immixtion également croissante des éléments sémitiques. Ceci parait admissible pour les sujets ; quant à la maison régnante, elle était absolument pervertie.
Les princes de cette famille faisaient fabriquer des figures à la ressemblance des personnes qui leur étaient chères, raconte le Koush-nameh, de leurs femmes, de leurs mattresses , de leurs filles , et les mettant à côté de leurs propres images, commandaient aux grands et au peuple de les adorer. La résistance à de tels ordres était punie de mort , et c'est de la menace perpétuelle des supplices que nous entretient la Bible aussi bien que les poëmes persans ; il en faut déduire le peu de goût des populations médoscythiques pour de pareils cultes. On ne saurait mieux exposer le caractère de cette idolâtrie personnelle et sanguinaire qu'en laissant le Koush-nameh raconter une des actions de son héros , dans un passage dont la physionomie vraiment antique s'est admirablement conservée sous le vernis plus moderne donné par le narrateur.
Koush, surnommé Pyldendan, « l'homme aux dents
d'élëphant », fils de Koush - Héféran , roi des Mèdes, quitta un jour sa capitale, Ecbatane ou Hamadan, située sur les bords de la mer de Khawer, pour conduire son armée dans le Mekran. C'était là , comme on Ta vu plus haut, une des deux routes de terre qui conduisaient dans l'ancien Iran.
Au milieu de la mer de Khawer s'élevait une île bien boisée, où un habitant du pays mena le roi. Celui-ci admira la beauté du lieu et voulut y laisser un souvenir éternel de son passage. Par ses ordres, ses soldats se mirent à tailler des pierres immenses. Ce travail' dura quatre mois , au bout desquels s'éleva une muraille d'une grandeur, d'une hauteur, d'une force extraordinaires. Quand elle fut terminée, les ouvriers y encastrèrent une vaste table de marbre sur laquelle fut sculptée l'image de Koush-Pyldendan lui-même. Il était représenté la main ouverte, et au bas se lisait une inscription dont le sens était : « Cette figure est celle du magnanime Koush , sem- >* blable au feu dans les combats, portant la couronne des » rois avec majesté , maître du Khawer en toute splendeur » et magnificence. » Puis suivait le récit des grandes actions du monarque et la liste des villes et des régions qu'il avait conquises.
Ne voulant pas que ce monument élevé à sa gloire restât dans la solitude , ignoré du monde , Koush-Pyldendan fonda tout auprès une ville où il colonisa trente mille personnes, hommes et femmes, laboureurs, marchands et artisans, amenés des pays d'alentour. Il commença par leur distribuer en abondance ce qui pouvait être nécessaire à leur complet établissement, des vivres, des bœufs, des ânes, des moutons, des instruments de travail. Il leur partagea des terres fertiles à l'entour de la ville et fonda un bazar. Conune il voulait que la cité créée par lui devint illustre, il la nomma Koushan, de son propre nom. On