CHAPITRE VII. — REGNE DE ZOHAK
pourrait reconnattre sans trop d'efForts dans la lég[ende que je rapporte , l'histoire de l'origine de la ville actuelle de Kashan , qui aurait ainsi commencé par occuper une position insulaire dans la mer de Khawer, ce que l'état actuel des lieux ne rend pas invraisemblable.
Gomme c'était pour s'honorer lui-même que Koush- Pyldendan avait fondé la nouvelle cité, il ordonna qu'au commencement de chaque année les habitans de Koushan se réuniraient devant la muraille, en face de la plaque de marbre ornée de sa gigantesque ressemblance , et que là ils accompliraient avec respect les rites de l'adoration due à la Divinité.
Bien que ce récit, tel qu'on peut le lire aujourd'hui , ne date que des temps musulmans, il provient évidemment d'une époque bien antérieure , et eùt-on le bonheur de posséder la relation contemporaine de la fondation d'une ville par un prince médo-assyrien , les couleurs du récit , les détails, ne pourraient guère être plus caractéristiques.
Cette idolâtrie du maître et de sa personne, et par suite de ses affections, voire de ses caprices, comportait uneextension illimitée de l'apothéose. Outre le culte officiel, qui s'étendait, se modifiait, se transformait à chaque nouveau règne , les sujets avaient encore liberté plénière de se fabriquer tous les dieux dont ils se sentaient l'envie, et le Livre de Koush remarque qu'on possédait des idoles de la grandeur de la main , auxquelles chacun rendait hommage à sa fantaisie. Sous ce rapport , point d'empêchement , nulle défense. Les dogmes acceptés reconnaissaient que des forcés divines pouvaient se concentrer et opérer dans n'importe quelle manifestation de la forme ' . Mais s'il était permis de tout adorer, de tout transformer en talismans, de se faire, sous l'empire de quelque fantaisie que ce fût, une amulette quelconque, il était strictement
' Traité des écritures cunéiformes^ t. II, p. 217 et paas.
i4t LIVRE I•^ — PREM. ET SEC. FORMATION DE L'IRAN.
interdit de nier cette ubiquité de l'unité divine , et, k plus forte raison , de particulariser eu une seule et restrictive conception du Souverain des étresl et de ses principaux esprits y une doctrine religieuse qui, laissant le prince au sein de l'humanité , arrivait par là au crime de haute trahison. La mort et les tortures menaçaient, comme je l'ai dit tout à l'heure , les hommes assez malavisés pour repousser le naturaUsme sémitique. La Bible montre bien, en ce qui concerne les Juiis, combien l'État assyrien était inquiet sur ce point, et tout ce qu'on risquait à ne pas pousser jusqu'au bout avec lui ce qu'il devait considérer, en effet , comme le plus important de ses principes constitutionnels.
Les peuples étaient ainsi démoralisés par le fond, et il le fallait pour que le système entier devint applicable. Quand l'État est tout, il doit, un jour ou l'autre, avoir tout, et ce qu'on lui retient, on le lui vole. C'était l'avis de l'empereur romain, comme celui du souverain ninivite. L'un et l'autre prétendaient trôner divinement dans la conscience des sujets, et, afin de se rendre plus vénérables, l'un et l'autre avaient également compris la nécessité de se soustraire autant que possible à la vue des adorants. Si le prince assyrien apparaissait , quelquefois et de loin , aux regards des sujets, c'était à travers une multitude d'eunuques, d'esclaves , de gardes , de grands. Il vivait derrière cent portes fermées et cent rideaux tirés au fond de pavillons cachés dans des jardins silencieux, entouré de femmes rassemblées de toutes parts et qui devenaient des offrandes consacrées. Ces femmes, placées sans cesse entre la passion du souverain et son dégoût subit, passaient leur vie inconnues au monde ou du moins oubliées de lui, et livrées à toutes les chances de l'existence la plus variable.
On raconte du même Koush-Pyldendan , dont il a été