CHAPITRE VII. — RÈGNE DE ZOHAK
dit tout à l'heure comment et pourquoi il fonda Koushan , qu'il était sans cesse livré aux fureurs de ses amours. Il idolâtrait une maîtresse, et, pour un caprice, la massacrait dans son lit même. Aussitôt le désespoir le prenait, non moins désordonné que sa rage , non moins effréné que sa tendresse. De sa victime il faisait une déesse, et les villes, sous peine de carnage, se prosternaient tremblantes devant cette fantaisie inattendue. Puis la fille que le meurtrier avait eue de la malheureuse, et dont les traits lui rappelaient ce qu'il avait détruit, lui inspirait un beau soir un appétit furieux. A la résistance il répondait par un nouvel égorgement, suivi d'un nouveau désespoir, d'où naissait une nouvelle déesse, un nouveau besoin d'oublier, d'autres appels à d'autres troupeaux de femmes parmi lesquels le cœur exaspéré et toujours inassouvi du taureau royal pût trouver un moyen de s'apaiser. Recherche impossible. Chaque nuit nouvelle amante, nouvelle crise, accès de furie devant l'impossible , et un meurtre.
Quand il ne tue pas, le roi médo-sémite conçoit une autre idée. Il ne veut pas que telle fille devienne enceinte parce qu'elle est issue d'une race ennemie ou qui peut le devenir, et l'enfant, si c'était un fils, ne serait-il pas en-^ clin à venger les malheurs de sa mère et de sa nation? Les épouses royales restent tremblantes des conséquences possibles de l'amour du souverain. Si par malheur elles se croient en danger, elles cherchent à anéantir l'être qui n'existe pas encore. C'est là le harem, cette retraite sacrée où vit le monarque, ressemblance exacte , portraiture parfaite de son âme, la débauche sans Umites, des sens effrénés, la haine accouplée au plaisir, un cœur qui s'affole et ne s'apprivoise pas, des assassinats, des incestes, des infanticides, desavortements, et des multitudes ahuries que la loi prosterne devant des bronzes de trois pouces de haut, résultats derniers de toutes ces horreurs. Sans l'idée de
l'influence de la race qui les rendait possibles, de pareilles institutions sont absolument inexplicables.
Les annales persanes confirment ainsi ce que nos livres sacrés et même les écrivains grecs ont raconté des monstruosités de la société sémitique. Les grandes monarchies de la Mésopotamie, principalement, ne se contentèrent pas de les imaginer pour elles-mêmes. Elles les étendirent aux régions tombées dans l'orbite de leur influence, et surtout à l'ancien empire des Djemshydites.
Mais, précisément, lorsque ces vices répugnants firent invasion à Test et à l'ouest des pays assyriens , il n'est pas supposable qu'ils se soient présentés seuls aux populations, sans l'appui, sans la recommandation de quelques avantages assez sensibles, assez brillants pour en dissimuler l'infamie, du moins au début. , Les masses se trompent, sont trompées; nulle part elles ne sont scélérates, et elles ne s'aveuglent pas sciemment. Les grandes monarchies assyriennes , par cela même qu'elles divinisaient le pouvoir souverain, jouissaient de forces beaucoup plus concentrées que n'en purent jamais avoir les États féodaux, et se trouvaient ainsi en état de réaliser de beaucoup plus grandes choses. Elles se signalaient à l'admiration des peuples étrangers par deux grands feits dont le souvenir est resté très-présent : l'existence de grandes armées permanentes, n'obéissant qu'au maître, et lui obéissant ponctuellement et toujours, des armées de mercenaires dont la guerre était l'unique métier ; puis l'accomplissement sur la plus vaste échelle de ces immenses travaux publics , canaux, routes, forteresses, temples, palais, tombeaux qui ont fait l'admiration et l'étonneraent des siècles, et qui, avant de devenir des sujets de déclamation et d'études archéologiques, furent pendant de longues périodes les énergiques véhicules d'une richesse agricole, d'un commerce, d'une industrie, d'une prospérité matérielle telle