‹ Histoire des PersesChapitre 46 sur 192 · CHAPITRE VII. —BEGNE DE ZOHAK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. —BEGNE DE ZOHAK

que le monde d'alors ne pouvait voir ailleurs rien qui y pût être comparé, si ce n'est l'Egypte, régie, par suite de la nature de son sol et aussi par celle de sa race , d'après des principes au moins très-analogues à ceux de l'Assyrie. L'Iranien devait se laisser éblouir par des résultats si frappants, par un spectacle d'apparence si grandiose, et surtout, quand il n'avait pas encore éprouvé lui-même les conséquences journalières du système , il devait penser que l'organisation inventée par ses aYeux était bien loin de donner les beaux résultats dont il admirait les fruits chez ses voisins de l'Ouest. De loin, il n'apercevait pas l'impiété fondamentale, le pouvoir absolu de la force sans autre contre-poids que la force elle-même , l'absence de droits chez le gouverné, une discipline de fer et qui ne raisonnait ni ne laissait raisonner, et parce qu'il ne remarquait rien de tout cela , il ne réfléchissait pas à la noblesse des institutions qu'il allait perdre. Il ne se rappelait plus que, chez lui , le roi avait à respecter à la fois et les droits de ses dieux et ceux de son peuple; que la puissance souveraine contrôlée par les grands était partout limitée et par le pouvoir féodal et par les lois religieuses ; que le père de ftimille était un personnages! vénérable qu'il était lui-même son prêtre, et que dans cette société libre, la moralité était si haute, la notion de l'indépendance, du droit personnel si vaste, que rien ne pouvait les embrasser ni les contenir. Au contraire , elles contenaient tout. Mais c'était précisément là ce qu'on méconnaissait, parce que ces droits rigides ne donnaient ni l'opulence ni les ressources de la volupté , et que la société iranienne se sentait désormais assez entamée par les métis et les étrangers pour n'avoir plus le plein et libre usage de son sens propre et primitif. Elle était tombée dans la contradiction et le désordre, et s'était ouverte d'elle-même aux envahisseurs. Ainsi avait eu lieu la conquête , et on peut en rattacher l'idée à une

tradition arabe très-persistante qui se retrouve chez tous les auteurs orientaux. On dit que dans une des portes de la ville de Samarkand était anciennement encastrée une table de fer couverte d'une inscription portant que la ville était éloignée de mille parasanges de la capitale de son souverain, le Tobba, résidant à Sanaa, dans rYémen. Ici, les détails importent peu. Vers le temps de Mahomet, les Arabes ne croyaient pas qu'il eût jamais existé des souverains de leur race plus grands que les Tobbas de l'Arabie méridionale. Ces princes étaient leur point extrême de comparaison en fait d'omnipotence. L'empire de ces dynastes venait alors de s'écrouler, et les peuples de la Péninsule en avaient encore l'imagination remplie. S'il faut se garder d'attacher une importance quelconque à l'indication du monarque, ni au nom de sa prétendue capitale, ni même à celui de la ville qui était censée relever de lui , on n'en doit pas moins remarquer que le pouvoir de certains rois de race arabe avait été autrefois étendu jusqu'aux limites du nord de l'Iran primitif, et il n'est pas douteux que ce souvenir se rattache aux temps de Zohak , tout aussi bien que ce que les écrivains grecs ont pu savoir des conquêtes de Ninus et de Sémiramis.

L'établissement assyrien s'assit dans les contrées djemshydites et de façon à y étouffer toutes tentatives de résistance. Des colonies y furent conduites et installées, afin de mieux s'assurer des territoires de la Bonne Loi. On prétend retrouver dans l'ancienne Kandahar, sous le nom de Kophen , une de ces antiques fondations qui serait parvenue de très-bonne heure à une glorieuse prospérité.

Cependant, ainsi dominés, ainsi séduits, les Iraniens ne gardèrent pas longtemps leurs illusions. A la vérité, ils étaient trop bien garrottés avant d'en être revenus, pour pouvoir se dégager aisément des liens dont on venait de les charger. Pourtant toutes les annales sont unanimes sur ce

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