CHAPITRE VIÏ. — REGNE DE ZOHAK
point. Les protestations commencèrent presque avec Tintronisation de l'autorité étrangère. Probablement étouffées sans beaucoup de peine dans le pays plat, dans les villes riches et populeuses qui les premières avaient trahi la cause nationale, elles persistèrent davantage au sein des contrées montagneuses, principalement sur les frontières du nord où les populations étaient restées plus arianes et touchaient aux Scythes ; et ce fiit à ce double titre que ce qu'on peut appeler déjà la résistance, naquit, pour ne plus mourir, sur un point de l'ancien État qui n'avait pas eu beaucoup de réputation dans les jours de prospérité, parce qu'il était le dernier pays colonisé et très-probablement le plus pauvre de tous. A dater de ce moment cette terre devint une province particuhèrement illustre dans l'Iran*.
Le Djebel ou « la Montagne » , la contrée qui s'étend entre les conBns de la province de Hérat, Haroyou, l'Arie des Grecs et la limite extrême du pays de Rhagès, allait jouer désormais un grand rôle. C'est à proprement parler, avec quelques modifications de frontières, la Parthyène; la région de l'Elbourz, nommée par les livres zends Hareberezeyty ; une terre qui , disent les légendes , s'est nommée primitivement le Hebyreh ' , forme moderne du nom antique ; enfin , c'est ce qu'on appelait au moyen âge et qu'on nomme encore quelquefois le Kohistan ou le Djebel de Rey , la contrée montagneuse au pied de laquelle est Rhagès. Les principales villes de ce pays étaient, aux temps primitifs, Rhaga aux trois châteaux, Chakhra la forte, et Varena la carrée.
Zohak installa des garnisons sur plusieurs points de la Montagne; le fait est attesté pour Demawend. Il ne parait pas que les Assyriens se soient occupés de fonder des établissements dans une région rude et sauvage où
^ Rousk-nameli : « Iran nVtait pas alors le nom de la terre d*Iran ; c*eiC a Uebyreh » que Tappelait rhoninie de la Loi pure. »
des laboureurs et surtout des bergers fort agrestes ne méritaient pas d'être surveillés de bien près. Ce fiit là pourtant que l'esprit de haine contre l'étranger se développa tout d'abord et se maintint sans jamais faiblir. Longtemps on put le méconnaître ou le mépriser, car il n'avait pas de moyens de se faire jour. Cependant, dans un demi-secret , la religion des ancêtres se conservait au fond des châteaux et des villages. Avec la religion survivaient l'amour des anciennes coutumes et le regret des anciens rois. Toute domination est nécessairement plus adroite, plus ferme, plus sage, plus précautionneuse à ses débuts que quand elle a déjà vieilli et se croit bien assise. Il arriva qu'avec le temps l'oppression assyrienne, déjà odieuse à ces descendants plus purs des anciens Arians, devint plus odieuse encore. On oublia les torts des derniers Djemshydites pour ne plus se souvenir que de leur noble et grande origine; on oublia qu'une partie des Iraniens avaient eux-mêmes voulu devenir les sujets de Zohak. On se rappela les lois, les mœurs du passé, et on les jugea excellentes parce qu'on ne les avait plus, ou du moins parce qu'elles ne dominaient plus. Les populations de la Montagne passèrent graduellement de l'opposition sourde à l'opposition déclarée , et il se prépara peu à peu un jout où, les circonstances s'y prêtant, l'insurrection allait devenir patente. Avant de raconter les événements auxquels cette tendance des esprits donna lieu , il importe de connaître avec quelque précision et la nature physique de la contrée qui va en être le théâtre, et bien des faits de détail appartenant aux derniers moments de l'empire djemshydite et aux premiers jours de la domination de Zohak, que je n'ai pas encore eu l'occasion de rapporter. Je commencerai par la description géographique.