‹ Histoire des PersesChapitre 48 sur 192 · ASPECT DE L*ELBOURZ · texte numérisé non relu

ASPECT DE L*ELBOURZ

L'étendue de ces territoires varie suivant les différentes époques ; je l'ai déjà laissé entrevoir. Il en est ainsi à peu près pour tous les pays anciennement historiques. Le centre de la région , son noyau , pour ainsi dire , fut toujours ce que les auteurs grecs et romains appellent les Montagnes Caspiennes, c'est-à-dire le pays qui va de Raghès à l'ancienne Hécatompylos , marqué aujourd'hui par la ville de Damghan, dans le Khoraçan. Quant à la largeur de la zone , elle est indiquée par l'épaisseur même de la masse montagneuse. Du côté du sud, elle s'arrête à peu près au pied des escarpements. Du côté du nord , les forêts marécageuses du Mazendéran la terminent. Cependant il est arrivé quelquefois qu'au nord-est le Kohistan s'est agrandi de façon à toucher les rivages de la mer.

Justin trace en quelques lignes d'une exacte sévérité la physionomie de cette terre :

« Le pays parthe, dit-il, est presque partout possédé » par des extrêmes de chaleur et de froid ; car , tandis » que la neige infeste les montagnes, une ardeur torride » dévore les plaines. »

Écrivant ces pages au cœur même de la contrée parthique, je souscris sans peine à l'exactitude de ce jugement.

Dans la partie qui s'étend vers le sud , aux pieds del'Elbourz, les ruines de Rey , et Téhéran, la nouvelle capitale, sont étouffées sous un soleil impitoyable. L'air brûle et miroite. Les nuits n'ont pas plus de fraîcheur que les journées. Une campagne déserte dont quelques jardins

épars entourés de murs élevés, et les monticules de terre qui marquent au loin la direction des canaux, ne troublent pas l'immensité, prolonge sous les pas et sous les yeux du voyageur ses interminables surfaces de cailloux, de sable et de courts buissons épineux. La verdure éphémère du printemps a disparu. Les moissons hâtives sont rentrées. Les chaumes desséchés sont devenus poussière. L'atmosphère est si brûlante que les muletiers eux-mêmes, bronzés par les intempéries de toutes sortes , ne cheminent plus dans le jour et ne font guère que des marches de nuit. Assis en rond au bord de quelque ruisseau d'eau bourbeuse , leurs ballots de marchandises épars sur le sol , ils attendent le lever de la première étoile pour se remettre en route , tandis que le vent soulève au loin des trombes de poussière qui circulant rapidement dans l'espace , droites, longues, menues, tournoyantes, brillent au soleil comme des colonnes de feu et disparaissent.

Mais, aussitôt que l'on a quitté les abords du désert de Véramyn, ou franchi les portes de Téhéran en se dirigeant vers la chaîne neigeuse des montagnes, cette chaleur accablante s'allège comme par enchantement. Aucun pays au monde ne saurait présenter un contraste si rapidement tranché. Une lieue est à peine faite, et déjà l'on respire , et du sommet de l'Elbourz, que l'on croirait pouvoir toucher de la main tant sa pente est rapide, descend une fraîcheur qu'entretiennent des neiges et des glaces persistant d'ordinaire jusqu'au mois de juillet.

A quatre heures de la ville, les roses ne fleurissent qu'à la fin de mai. On a d'autant plus de peine à comprendre cette différence de climat à des distances si courtes, que la pureté incomparable de l'air les rapproche encore davantage. De partout on voit non-seulement la capitale kadjare, mais encore ces montagnes qui, vers le sud, séparent les plaines téhëranies du désert de Rhawer, de

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