‹ Histoire des PersesChapitre 49 sur 192 · CHAPITRE VIII. — ASPEC'r DE L'ELBOURZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — ASPEC'r DE L'ELBOURZ

sorte que rhorizon entoare quelque quinze ou vingt lieues d'une étendue claire, limpide, partout lumineuse.

Au pied de TEIbourz s'ouvrent des vallées constamment couvertes de verdure et parcourues par des ruisseaux débordant d'une eau ropide et fraîche. Au-dessus d'un hameau nommé Derbend, une cascade abondante se précipite avec fracas de rocher en rocher. Les villages de Boumehend , de Roudehend , d'Ahas, et surtout la ville de Demawend et les nombreux jardins qui parsèihent les pentes voisines, sont des lieux d'enchantement. Sans doute, à les comparer aux sites des Pyrénées ou même des Alpes, ce sont des enchantements médiocres, et l'enthousiasme peut sembler aux amants des forêts du Nord s'exercer là à bon marché. Mais rien ne vaut que par les oppositions.

Quand on a les yeux brûlés par la réverbération des déserts pierreux auxquels on vient d'échapper, que, de toutes parts la vue est encore poursuivie par une mer de collines stériles, gorgées de matières volcaniques et de minéraux , par des pentes sablonneuses , et qu'au pied de tous ces spectres trop réels de l'austérité méridionale l'œil se repose enfin sur des massifs verdoyants de platanes, de grenadiers , de mûriers, de noyers, se plonge dans de hautes herbes et des cultures ondoyantes , et voit sourdre et serpenter , au milieu de cette vie , des eaux abondantes dont les bruits ne charment pas moins l'oreille que le peut iaire le chant des oiseaux, c'est presque un devoir de gratitude que de s'abandonner à la joie et à l'admiration.

Pendant quelques heures, on chemine ainsi au milieu de vallons boisés. On aperçoit ça et là des villages dont les maisons d'argile, de forme cubique, à toits plats, disparaissent à demi sous les saules , l'arbre favori des Persans parce qu'il pousse vite , et s'élèvent par étages au revers des ravins. Bientôt cette Arcadie étroite est parcourue. On la dépasse en s'élevant toujours, et on n'a

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bientôt plus autour de soi que des rochers, de Teau, de la verdure, et pas un seul arbre, pas même un buisson. A travers une contrée où les ravages du feu semblent avoir cessé d'hier, on passe, foulant aux pieds des bancs de charbon à fleur de terre , observant avec étonnement un étalage inou'i de richesses, du fer, du soufre, des filons de cuivre natif qui sillonnent les flancs des montagnes où bouillonnent des sources chaudes.

La richesse métallique de ces contrées , ou , pour mieux dire, de tout l'Iran, est véritablement extraordinaire. Comme les montagnes du Kurdistan , comme celles de la contrée seystanie , comme celles du pays de Samarkand , l'Elbourz renferme dans ses flancs calcines des gites et des filons inépuisables auxquels aujourd'hui personne ne touche, mais qui, dans les temps antiques, étaient Tobjet d'une exploitation régulière. Les mines de fer de Demawend sont restées célèbres dans la tradition comme les mines de plomb du Kurdistan et les mines d'or de l'Helmend. En bien des endroits, d'anciens travaux abandonnés depuis des siècles montrent encore la trace des recherches et des travaux de l'homme. Désormais , les paysans se contentent de ramasser le minerai et de le fondre par des procédés traditionnels très-grossiers. Les ustensiles à leur usage sont fabriqués par eux-mêmes. Il y a de fortes raisons de croire que l'étaîn, qu'on disait, aux époques antiques, importé uniquement des îles Cassitérides par les Phéniciens, se rencontre également dans l'Elbourz. En parcourant cette contrée, on se trouve donc au sein d'un vaste ateUer qui appelle les Cyclopes; on s'étonne de cette opulence, et, en avançant toujours, en continuant à monter, on arrive inévitablement, quel que soit le chemin qu'on ait pris , à quelqu'un de ces passages que dans le Fars ou appelle des kotels, et que dans l'Aragh on nomme plus ordinairement , soit du nom persan « gher-

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