‹ Histoire des PersesChapitre 58 sur 192 · CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE L'ELBOURZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE L'ELBOURZ

de conception idéale très-étrangère à l'univers positif, et qui n'a pas même assez de densité pour servir de demeure aux âmes du paradis iFutur. Le lac Voourou- Kasha> le lac Pouytika , sont de même devenus des espèces de métaphores. Toute l'histoire a été dépouillée de sa réalité et transportée dans le domaine des songes. Les livres postérieurs des Parsys ont adopté à l'envi l'un de l'autre cette sorte de scepticisme singulier. On y voit sans doute des vestiges incohérents , des contradictions , des tiraillements qui protestent contre les violences d'une telle méthode; mais, en somme, cette méthode convient si bien à la nature des Orientaux , elle choque si médiocrement l'instinct très-faible qu'ils peuvent avoir de la nécessité de distinguer entre ce qui est dans le temps et l'espace, de ce qui est en dehors de ces conditions actuelles, qu'elle a survécu jusqu'à nos jours et se maintient. Elle (ait plus ; elle a séduit des savants européens, qui , la trouvant ingénieuse et bizarre , pour cela même l'ont adoptée. Pourtant elle est, comme je viens de le dire tout à l'heure, trop en désaccord avec elle-même , et ensuite trop contredite par les textes les plus anciens et par la tradition positive restée entre les mains des musulmans et conservée par eux, pour qu'il soit possible de se confier à elle et de ne voir avec elle que des fictions pieuses et des êtres de raison dans ce que les annales ont conservé des temps primitifs de l'Iran.

Il a existé également parmi les Juifs et les chrétiens des sectes mystiques qui n'ont aperçu dans la Genèse que des expositions fantastiques de faits dont l'accomplissement ne s'était jamais passé sur la terre. D'autres encore, prenant au sens symbolique des récits qui s'appliquent à des réalités, n'ont pas moins prétendu à dépouiller aussi le Livre saint de toute portée historique. C'est parce que les Juifs et les chrétiens ont eu cette tendance , inspirée aux

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uns et aux autres par les théories chaldéennes, que les Parsys ont cru faire merveille en essayant à leur tour ce qui vient d'être exposé. Mais la Bible, comme le Vendidad, est restée éternellement en dehors de cette tentative, et ne s'y prête pas. Laissons donc de côté le travail critique des théologiens parsys et les conséquences négatives qui en résultent, ou du moins n'en tenons compte que comme d'un fait intellectuel qui , lui aussi , est historique, La preuve la pbis manifeste que l'on puisse donner du succès très-borné obtenu par ces combinaisons sur la masse des esprits, c'est que l'Islam, dès son premier établissement dans les contrées iraniennes, ne crut pas pouvoir se refuser à accepter comme des vérités positives l'existence des premiers rois, et en particulier ce qui se rapportait à Djem-Shyd. Ne trouvant rien ni d'eux ni de 'lui dans les traditions juives ou chrétiennes non plus que dans le Koran, il jugea indispensable, suivant la tendance commune à toutes les sciences , de faire rentrer, bon gré mal gré, ce qu'il ignorait dans le cercle de ce qui lui était déjà connu. De là un autre mode de critique bien particulier. On doit sans doute à ce système la généalogie arabe de Zohak que j'ai citée plus haut. On lut doit de même l'insertion du nom de Dieu, Allah, dans un certain nombre d'inscriptions antiques de la Perse et de l'Asie Mineure; on lui doit Tassimilation de Keyoumers^ avec Adam ou au moins Caïnan , de Housheng avec Malaléel et d'autres encore. Pour Djem-Shyd , il avait été le plus grand et le plus sage des hommes. C'était assez dire qu'il fallait l'identifier avec Salomon , fils de David , le seul des mortels qui ait eu droit à ce double titre. Cette opi-

' L*ai]tear du Rouzet-Essefa, plus pénétré qu'aucun autre de la légitimilé de cette interprétation , assure que les anciens rois de Tlran et leurs peuples parlaient le souryany, c'est-à-dire la langue syrienne, et que dans cet idiome « Keyoumers » signifie « le Vivant.*

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