‹ Histoire des PersesChapitre 59 sur 192 · CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE LELBOURZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE LELBOURZ

nion a été adoptée par beaucoup d'historiens. Cependant elle n'a pas été non plus sans contradicteurs. Myrkhond traite d'ignorants les savants du Fars qui l'ont accueillie, et ses raisons pour ne pas se rendre à leur avis sont, d'abord , que le règne de Djem-Shyd est séparé de celui de Salomon par un intervalle de deux mille ans ; ensuite , que Djem devint infidèle dans le cours de son règne, malheur qui n'est jamais arrivé à Salomon ; enfin , et cela est notoire, que jamais ennemi quelconque ne prévalut contre le souverain d'Israël, tandis que Zohak put vaincre et faire périr Djem-Shyd. Myrkhond se range donc à l'avis d'Abou-Hanyfeh Dynwéry, d'après lequel Djem- Shyd serait un petit-fils d'Arfakshad, fils de Sem , fils de Noé, nommé lùi-méme Arfakshad-lran.

Cette idée, malgré la grande autorité de Myrkhond, est tout aussi loin d'avoir acquis la faveur générale que toute autre combinaison de même espèce. Certains auteurs préfèrent l'opinion de Heseb , fils de Membeh , d'après lequel Djem-Shyd aurait vécu au temps où le prophète Houd s'efforça de ramener les Adites à des sentiments pieux.

Dans ce système , on cherche bien h établir un synchronisme entre le règne du monarque iranien et un fait biblique; mais on s'abstient de confondre l'histoire du Peuple pur avec celle du peuple de Dieu , et c'est là au fond le sentiment qui a prévalu , malgré les efforts du zèle musulman. L'instinct général en Perse s'est, somme toute, conservé libre des rêveries des Parsys et de celles des moullas. Il tient pour assuré qu'il possède une histoire particulière au pays , très-réelle , très-positive , trèsancienne. Il ne cherche pas à peser le degré de possibilité des faits, ni la rectitude de leur enchaînement. Il prend le tout comme il lui est parvenu. Un historien de profession me disait avec un soupir qui ne trahissait d'ailleurs

ni chagrin ni embarras : « Il y a beaucoup de mensonges dans tout cela. » Après cette réflexion , il n'en recueillait pas moins avec la plus complète sérénité les récits les plus exorbitants, et se contentait de les livrer comme il les avait reçus, les faisant suivre seulement, quand ils lui semblaient par trop extraordinaires, de cette réflexion consolante : « Dieu seul sait avec exactitude ce qui en est! » Ce en quoi il suivait encore l'exemple de ses prédécesseurs. Je fais comme lui, persuadé que cette manière de conserver les annales est préférable aux systèmes d'interprétation que je viens de faire connaître, et à beaucoup d'autres encore dont je parlerai plus à loisir. Pour le moment, je reviens aux deux fils de Djem-Shyd que j'ai laissés errant par le monde après le meurtre de leur père.

Ils se jetèrent à travers le désert du sud-ouest et s'avancèrent avec beaucoup de précaution dans la direction duMazendéran et de l'Elbourz. Pendant assez longtemps, ils se tinrent compagnie dans ces lieux sauvages, cachés à tous les yeux et soutenant leur existence à grand'peine. Un jour, le plus jeune, appelé Faregh, dit à l'autre : « C'est sans profit que nous partageons. les misères d'une » pareille vie. Notre père nous a prédit, tu le sais, que de » toi sortirait le vengeur de notre famille et le réparateur » du pouvoir des Iraniens. Quant à moi , en entendant ces » paroles infaillibles, j'ai déclaré que je renonçais au trôn^ » et prétendais embrasser la vie contemplative. Notre père » s'en est réjoui et m'a donné trois livres qui contien* » nent toutes les prescriptions de la sagesse. Va donc où la » volonté de Dieu t'appelle. Pour moi, je deviens ascète. »

Il serait inutile aujourd'hui de prétendre fixer la date de cette tradition. Ce qui est certain, c'est qu'elle provient d'un récit guèbre, et les trois livres doivent être le Vendidad, le Taçna et le Vispered. On est ainsi transporté à

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