CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE L'ELBOURZ. ITt
l'époque des Sassanides, où les mages enflés de leur puissance politique aussi bien que religieuse, à peu près égale à celle des rois , peuvent avoir eu la pensée de rattacher leur institution à un fils de Djeoi-Shyd.
Quand Faregh eut parlé ainsi qu'on vient de le voir, Nounek> le frère royal, accablé de chagrin , éprouva un surcroît de douleur en comprenant qu'il allait se trouver seul. N'ayant cependant rien à opposer aux paroles de l'ascète, il accepta ses adieux et poursuivit son voyage. A travers mille dangers, il réussit à atteindre l'Elbourz, qu'occupaient ou du moins sillonnaient les bandes assyriennes, et il s'établit du côté du couchant, c'est-à-dire dans les vallées hautes à l'ouest de Ragha.
Zohak fit chercher partout les deux frères. On ne put les découvrir, et comme ni l'un ni l'autre n'essaya de sortir de l'obscurité dans laquelle ils s'étaient ensevelis , les inquiétudes du vainqueur finirent par s'éteindre, et on oublia que Djem-Shyd n'était pas mort tout entier.
Pourtant ce ne fiit pas Nounek qui le ressuscita. Un tel honneur ne lui était pas dévolu. Il ne le fut pas non plus à son fils Méharew, qui mourut avant lui. Mais son petit-fils, Âbtyn, connu duVendidad sous le nom d'Âtwya et que la légende nomme aussi Angyvan , Yteghyar et Âthfyan , probablement par suite de mauvaises transcriptions , s'il ne fut pas lui-même le soleil du grand jour de la délivrance y en fut du moins l'étincelante aurore.
En ne séparant Âbtyn de Djem-Shyd que par deux générations, j'ai suivi le texte du Roush-nameh. La Chronique du Fars, plus fidèle au sentiment de la longue durée qui s'écoula entre la chute du premier empire et la fondation du second , multiplie bien davantage les degrés de cette généalogie, quoique d'une manière très-insuffisante encore. Ce livre raconte d'abord comment, après le meurtre du grand roi, ses fils, cachés dans la montagne,*
y menèrent le même genre de vie que les Iraniens, anciens habitants de la contrée « Ils se firent agriculteurs comme eux. Comme eux, ils possédèrent des troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres, et ne s'occupèrent qu'à cultiver leurs champs. L'auteur expose la généalogie suivante, qui, par les qualifications dont les noms sont accompagnés, révèle une origine très-ancienne :
Djem-Shyd.
Àbtiyan-Byferoust.
Abtiyaii-Reiny-gaw, ou du Taureau de combat. Abtiyan-Seher-gaw, ou du Taureau vigilant. Àbtiyan-Asfyd-gaw, ou du Taureau blanc.
Abtiyan-Siyah-gaw, ou du Taureau noiï*.
Abtiyan-Kour-gaw, ou du Taureau Furieux.
Abtiyan-Bour^aw, ou du Taureau gris.
Abtiyan-Zour-gaw, ou du Taureau ronge.
Abtiyan-Fyl-gaw, ou du Taureau éléphant.
Abtiyau-Per-gaw, ou du Taureau fort.
Ce nom d'Abtiyan, répété pour tant d'individus, signifie «roi» , suivant la Chronique du Fars. H est possible, en effet, qu'il ait servi de titre aux descendants des Djems devenus des gentilshommes terriens , de simples seigneurs de châteaux, de villages ou de districts dans TElbourz. Puis, les qualifications tirées de la nature des différents taureaux sont des surnoms. Probablement le nom personnel de chacun des Abtiyans a disparu entre le nom et le surnom, ce qui a toujours été très-ordinaire en Perse et l'est encore. Nounek et Méharew peuvent être les deux premières de ces dénominations personnelles oubliées. Ainsi, il y aurait eu dans l'Elbourz, iiu temps de la domination assyrienne et après Djem-Shyd, une famille issue de la race royale primitive et occupée , fiiute de mieux, à se couvrir d'obscurité et à réserver pour l'avenir se3 précieuses pré- 'rogatives. C'est du moins ce que veut la légende.