CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE L'ELBOURZ
Toutefois, le Yaçna, qui connatt très-bien Atwya * et lui rend un respect convenable, n'a marqué nulle part un point aussi important que le serait le lignage dont il est fait honneur à ce prince dans le Koush-nameh et la Chronique du Fars. C'est de quoi le rendre suspect, et d'autant plus que si l'on voulait en croire les Persans, leur maison royale ne se serait jamais éteinte depuis les plus anciens temps jusqu'à ceux d'aujourd'hui, et aurait donné au monde cet exemple singulier d'une fortune qui à une branche détrônée aurait toujours fourni pour héritière une autre branche se rattachant à un point quelconque du même tronc. Tous les peuples germaniques ont eu cette préoccupation. Les anciens Grecs ont tenté l'impossible dans le but de concentrer sur un même point de départ des descendances inconciliables ; et ce ne fut pas assez pour nos vieux chroniqueurs de faire sortir les Capets du sang mérovingien de saint Arnoul, il leur fallut encore Francus, et allier nos rois par Hector à la dynastie qui, au moyen d'Énée et de Lavinie, descendait ensuite et se prolongeait jusqu'aux Césars de Rome.
La mémoire d'Abty n , d' Abtiyan-Per-gaw, ou du « Taureau fort » , est sans doute particulièrement chère à la race iranienne , parce que ce héros fut le père du libérateur. C'est son plus beau titre de gloire ; ce n'est pas le seul. Le descendant des Rois possède en propre des mérites considérables et qui le font honorer pour lui-même. Au temps où il vint au monde, la domination assyrienne paraissait consolidée et affermie à jamais. Les résistances partielles, si tant est qu'il y en ait eu , car aucune tradition n'en parle, avaient cessé depuis longtemps, et un silence complet de soumission ré^ gnait dans les contrées pures. La majeure partie des populations pouvait même avoir perdu à demi le souvenir de l'ancien empire , car plus de neuf cents ans, suivant les
^ Spibgbl, Yaçna, t. II, p. 70.
légendes, avaient passe sur la ruine du Yara. Néanmoins de tels faits ne s'oublient pas, et les populations modernes de la race latine ont eu beau traverser des siècles non moins nombreux de domination germanique, leurs instincts n*ont jamais cessé de tourner, comme l'aimant vers le pôle, du côté de la Romanité, qu'elles restaurent maintenant.
Ce qui avait empêché l'Iran de se fondre avec les provinces assyriennes , c'était la différence des races , les antipathies de sang et les conséquences qui en découlaient. Un Iranien pouvait être un sujet soumis dans ce sens qu'il comprenait l'inutilité de la révolte et son impuissance à secouer le joug. Il ne pouvait être un sujet fidèle , parce qu'il lui était impossible de raisonner comme un Sémite ,* de voir les choses de la vie , d'apprécier celles de la morale , de comprendre celles de la foi de la même manière , d'approuver ce que l'autre approuvait, de blâmer ce qu'il blâmait. Sa raison avait une autre forme, sa logique d'autres procédés, son affection et sa haine poursuivaient d'autres buts en tournant sur d'autres mobiles. Les traditions des uns et des autres, leur esprit, leur manière de se représenter toutes choses, révèlent cette vérité avec une clarté complète. Le peuple d'Iran était donc en insurrection latente mais perpétuelle, et la marque de cette révolte, c'était sa religion , trait essentiellement asiatique, et qui, lorsqu'on en tient compte, explique dans les annales des nations de cette partie du monde les faits les plus considérables, qu'on ne saurait comprendre en le négligeant. G'«st la religion qui est, dans ces pays, non-seulement la vie de l'âme et la lumière qui colore chaque passion et chaque instinct, mais qui constitue également ce qu'ailleurs on appelle l'amour de la patrie. Là , si l'affection pour le sol existe, on la partage avec des gens que l'on déteste et que l'on méprise, qu'au besoin on égorge, parce que les races les plus disparates sont «juxtaposées et entrelacées dans les