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CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE L'ELBOURZ

mêmes régions. Ce qui surtout donne à chaque groupe son signe distinctify sa marque de reconnaissance, son mot de passe, le drapeau qu'il adore, qui lui fait compter ses amis et lui désigne ses adversaires, c'est le mode de croyance. A ce titre , il n'importe même pas toujours que les diffé* rences entre les bannières soient aussi apparentes qu'elles l'étaient entre le mazdéisme et les théories chaldéennes, il suffit de la moindre différence avouée. Les schismatiques grecs ne portent pas moins d'aversion aux catholiques indigènes qu'aux musulmans ou aux idolâtres. L'antagonisme tbéologique suffisait donc, et au delà, pour couserver vivante l'antipathie qui séparait les vaincus des vainqueurs, quel que ftii le nombre des siècles qui se fussent succédé en vain pour l'effacer. Â chaque instant, il .se présentait des occasions publiques de scandale et de malédiction réciproque. J'ai déjà parlé du culte des images, si révoltant pour les Parsys qu'à tout moment les traditions y reviennent. S'agissait-il des honneurs funèbres? le mazdéen voulait exposer ses morts, et il les offrait en pâture aux animaux des champs et aux oiseaux de l'air. Au contraire, l'Assyrien, peu soucieux de souiller le sein vénérable de la terre , inhumait les siens. Il faisait pis ; il pratiquait les embaumements, source de mille profanations. Ce qui était plus impie et plus effroyable encore, il s'en prenait au feu de bien des manières, et à l'eau; il ne montrait aux éléments purs aucun respect , et mettait le comble à son iniquité en prodiguant les adorations, en élevant des sanctuaires aux serpents , ces créatures maudites que la loi ariane ordonnait à ses fidèles d'exterminer partout où ils les rencontraient.

Il faut laisser à part, comme constituant des offenses que le temps peut adoucir et même faire oublier, les déboires et les humiliations auxquels les chefs de famille et les seigneurs féodaux étaient exposés dans l'exercice de

leur autorité héréditaire , et l'indignation que devait leur causer l'exercice d'un pouvoir remis à des hommes de rien que l'omnipotence royale plaçait sans cesse au-dessus d'eux. Les Iraniens n'avaient qu'à choisir entre des motifs plus profonds encore de souffrir et de s'irriter.

Les monarques de la Mésopotamie possédaient, il est vrai , un moyen très-énergique de lutter contre de si irréconciliables antipathies. Ils savaient déporter les populations les plus mutines et implanter à leur place des colons de leur propre sang, qui, en se mêlant, autant que faire se pouvait, aux familles restées dans le pays, augmentaient la confusion ethnique, cause principale de la chute du premier empire , et multipliaient le nombre des sujets dociles au joug. Mais sur d'aussi vastes territoires que ceux de l'ancien Iran , une telle ressource ne saurait jamais être appliquée avec une efficacité suffisante. On ne déplace pas des nations, mais seulement une faible partie de ces nations, et c'est ce qu'on peut voir par l'exemple des Juifs quand ces mêmes Assyriens les emmenèrent plus tard en captivité. Les vainqueurs furent impuissants à enlever le fond des populations. Ils n'y touchèrent pas. Ils laissèrent les laboureurs et les vignerons ; ils ne dépaysèrent que les nobles , les riches , les artisans de mérite , en tout dix mille personnes. C'était peu dans un État qui à la fin du règne de David comptait plus d'un million d'hommes en état de porter les armes, et qui s'était même agrandi sous Salomon. L'Iran était encore plus difficile à dépeupler que la Judée. C'était une région immense touchant de bien des côtés à des pays indépendants, et qui n'avait pas ses masses principales agglomérées autour d'une capitale comme Jérusalem , où à la rigueur il eût semblé possible de les saisir. Aussi les déportations et le^ colonisations ne pouvaient -elles changer que peu de chose, et encore fort lentement et d'une manière très-

sporadique, à l'ancien esprit arian. Celui-ci persista donc là surtout où il était le moins attaquable, au fond des montagnes de l'Elbourz, et se tint à la disposition des ëvénements.

Abtyn fut l'homme qui réunit tous les éléments de combustion ainsi préparés, et disposa une confla^jration qui devait finir par dévorer l'empire de Zohak. Il ne reste plus , avant d'entrer dans le récit de la lutte , qu'à faire connaître le vaste cercle de pays qui s'y trouvèrent intéressés.

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