CHAPITRE XI. -^GUERRES D'ABTW
longues lances , ivres de colère , trouvaient leur barrant la place , c'était la stature gigantesque du descendant de Djem-Shyd , et avant d'atteindre à ses hommes , il fallait passer par ses mains. Beaucoup y restaient, et couchés par monceaux désormais immobiles aux pieds du chef inébranlable, ils attestaient aux yeux des survivants sa valeur, aux yeux des Iraniens, ses droits.
Malgré tant d'énergie , la supériorité du nombre , les ressources infinies d'une puissance séculaire, dominaient encore de trop haut les droits du partisan du passé. Traqué de toutes parts, poursuivi de refuge en refuge, ayant perdu des soldats qu'il ne pouvait remplacer, délaissé par les peuples tremblants, Abtyn fut contraint de céder en attendant des temps meilleurs. Il prit congé de ces montagnards qui l'avaient aimé et soutenu sans oser embrasser sa cause , et les ayant exhortés à tenir bon du moins dans leur foi et à ne pas désespérer de leur haine , il trompa la vigilance des Assyriens , traversa les districts septentrionaux de la chaîne de l'Elbourz, et avec une faible troupe , tout ce qui lui restait de ses meilleurs compagnons, il parvint à se jeter dans le Matjyn.
Le roi de ce pays s'appelait Béhek. L'arrivée d'Abtyn , le troubla. Il était Scythe, il professait la religion de la race pure , il était l'ennemi des Assyriens ; mais il se sentait débile , et craignait d'engager avec ces derniers une guerre dont il pouvait prévoir que l'issue ne serait pas heureuse. Il reçut donc Abtyn avec honneur, mais, en même temps, lui exposa sa situation, et n'eut pas de peine à lui démontrer qu'une hospitalité si dangereuse n'était pas un bien qui pût tenter l'obligé plus que le bienfaiteur.
Après avoir fourni au chef iranien des vivres et des vêtements pour lui et pour les siens, et lui avoir fait , en outre, de riches présents, il lui donna des vaisseaux sur lesquels les insurgés s'embarquèrent, et qui, après un
mois de navigation , les portèrent au fond de la Caspienne, à la grande cité de Bésila, où régnait le roi scythe Tyhour ou Tyhourès '.
Dans ce royaume non moins florissant , non moins commerçant mais plus vaste , plus riche encore et mieux garanti que celui de Bëhek contre les efforts des Ninivites, professant , d'ailleurs , comme l'ensemble des populations scythiques, l'ancienne religion du Vara, Abtyn se vit accueillir avec les empressements qu'il pouvait souhaiter, et l'affection de Tyhour devint bientôt si vive et si franche
^ Je n'ai rencootré toute la partie de l'bistoire d* Abtyn qni a trait au royaume de Bé.sila que dans le Roush^nameh , et ce n*est pas une des moindres preuves de la haute importance des documents sur lesquels ce poëme a été composé. Bésila est incontestablement la BaatXetov Tdioi de Slrabon. Le point est important et veut être examiné de près. Strabon parlant de THyrcanie assure que c*est une province aussi opulente que vaste. Il lui attribue plusieurs villes considérables, entre autres* Talabroca, Samariana, Carta et Basileion-Tapi ; cette dernière est située, dit-on, k une petite distance de la mer et éloignée des Portes Caspiennes de mille quatre cents stades à peu près. La contrée qui l'entoure est favorisée par excellence : la vijpic, les figuiers y sont d'une fécondité extraordinaire; le blé pousse spontanément; les abeilles essaiment dans les arbres et le miel découle du feuillage. Mais l'accès de cette terre promise est extrêmement difficile, et la mer n'est pour ainsi dire pas abordable : voilà le récit de Strabon. Les autorités sur lesquelles s'appuyait le géographe d'Amasée ne lui étaient point contemporaines, il répétait ce qu'il avait lu dans Aristobule, et celui-ci ne faisait que copier le rapport adressé par Patrocle à Séleucus. Par conséquent, la ville de Basileion-Tapi , et tout ce qui a tiait à sa description ainsi qu'à celle de son territoire date du temps d'Alexandre, et remonte au delà, car le conquérant macédonien n'a exercé absolument aucune influence sur la région située au nord de la Caspienne. Ainsi, avant Alexandre, il existait à l'extrémité septentrionale de la Caspienne, au témoignage des Grecs, des villes florissantes, entrepôts de ce - vaste commerce déjà indiqué par Hérodote et qui mettait en relations la Chine et l'Inde avec l'Asie antérieure et la Grèce, et parmi ces villes on distinguait particulièrement Basileion-Tapi. Il convient maintenant d'examiner ce nom. Le mot Tapi ou Tépéh est considéré aujourd'hui comme turc, et on le trouve dans beaucoup de dénominations de lieux : Gumush- Tépéh, Ki^zil-Tépéh , etc. 11 est turc, en effet, mais d'origine ariane. C'est le « Top » de la Bactriane, c'est le • Stoupa « indien. Il signifie une éminence, une élévation, soit pyramide construite, dôme de pierre, de brique ou de terre rapportée, et, par suite, palais ou temple, soit un