CHAPITRE Xï. — GUERRES D'ABTYN
tière , ce qui serait arrivé s'il eût pris la route la plus fréquentée pour aller au Matjyn, il se résolut à tenter un nouveau chemin, et s'étant embarqué, il fit voile directement vers le sud, emmenant sa femme et la troupe d'amis éprouvés qui ne l'avaient pas quitté. Après de 'longues fatigues et des périls sans nombre heureuse*^ ment surmontés, les exilés vinrent silencieusement longer, dans leurs barques, les rivages méridionaux du Mazendéran, et ils descendirent aux environs d'Amol, sur la lisière d'une forêt profonde où ils s'empressèrent de se cacher.
Amol , comme Bagha et les autres cités de la montagne , avait une garnison assyrienne. C'était une ville célèbre, et qui devint bientôt si importante dans l'Iran de seconde formation , qu'elle en fut longtemps la capitale ; je dois donc, avant d'aller plus loin , rapporter l'histoire de sa fondation d'après AbdouUah-Mohammed , fils de Hassan , fils d'Isfendyar.
A une époque très-reculée , dit ce chroniqueur , il existait dans le Deylem , c'est-à-dire dans la région Caspienne, deux frères , Eshtad et Tezdan , qui eurent querelle avec un des hommes les plus puissants du pays. Ils le tuèrent et prirent la fuite suivis de leurs familles , et ils se réfugièrent dans un canton forestier où ils n'avaient rien à craindre des vengeurs du sang répandu.
En ce même temps, le roi de l'Iran régnait à Balkh. Cette circonstance indique déjà que;, la légende se reporte au règne des Djemshydites. Ce roi s'appelait Fyrouz, c'était un prince glorieux , honoré de ses peuples, et qui ne connaissait pas de bornes à sa puissance.
Une nuit, il eut un songe merveilleux. Il vit une jeune fille d'une beauté si extraordinaire que la splendeur des astres pâlissait devant elle. Surpris à cette vue, il se sentit soudain enflammé d'un amour irrésistible, et
quand la vision eut disparu et qu'il eut réfléchi à l'im* possibilité de trouver sur la terre un tel prodige de per* fection , il tomba dans une tristesse si profonde que tout fut impuissant à Ten tirer.
Le chef des prêtres s'efforça en vain de le détourner de ses pensées. La religion, au nom de laquelle il parlait, resta cette fois sans influence. Les ministres épuisèrent tous les arguments tirés de la raison d'État. Le roi Fyrouz resta plongé, accablé dans la mélancolie et s'y enfonça tous les jours davantage, au grand détriment des intérêts de son peuple, dont il n'avait plus même la force de s'occuper. Une pareille situation étant trop critique , on prit le parti de chercher par tout l'empire une beauté qui répondit aussi bien que faire se pouvait à la description dont le malheureux monarque était prodigue. Les envoyés visitèrent avec soin les contrées où on les adressa, mais ils ne surent rien découvrir, et la douleur du roi s'en augmenta.
Un jour, il avait auprès de lui un de ses parents qui portait comme lui le nom de Fyrouz, et auquel on donnait d'ha* bitude le titre de « mehr » ou seigneur. Il aimait fort son maître, et, désolé de le voir dans l'état où l'amour et le désespoir l'avaient réduit, il lui vint en pensée que les mandataires à l'intelligence desquels on s'était remis n'avaient peut-être pas fait des recherches suffisantes, et qu'en s'appliquant lui-même à cette affaire, il serait sans doute plus heureux. Il prit des renseignements auprès des envoyés, et après les avoir tous écoutés et avoir comparé et contrôlé leurs récits , il se convainquit qu'on était allé partout, excepté dans la partie de l'Elbourz voisine de la Caspienne et qu'on nomme le Taberystan. Alors il fit part au roi de sa volonté de tenter la fortune, et celui-ci lui ayant donné son approbation et formant des vœux ardents pour son succès, l'engagea à partir au