‹ Histoire des PersesChapitre 7 sur 192 · CHAPITRE ^^ — APERÇUS GÉOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE ^^ — APERÇUS GÉOGRAPHIQUES

vers le sud un* autre passage jusqu'au lit actuel. Cette issue, à présent fermée, a laissé des traces, et c'est par lù que le lac s'est déplacé. Ainsi un des golfes de l'ancienne mer existe toujours, et dans les conditions les moins stables qui se puissent imaginer.

L'autre attire l'attention par des souvenirs tout à fait historiques. On sait que dans les lieux appelés aujourd'hui désert de Khawer régnait aux temps passés une immense nappe d'eau, la mer de Khawer. Les traditions musulmanes affirment qu'elle disparut subitement le jour de la naissance du prophète. C'était une des marques miraculeuses de ce grand événement. Mais, en admettant, en général, l'exactitude de ce synchronisme, il faut croire que la disparition de la mer de Khawer n'eut pas lieu d'une façon tout à fait brusque, car ce terrain est demeuré impraticable pendant l'hiver. Je l'ai traversé à la fin de juin , et le sol présentait l'aspect d'un marécage desséché. Pendant la saison des pluies , la boue s'empare tellement de cette région, que les caravanes, forcées de l'éviter dans le trajet de Téhéran à Kashan , remontent vers les montagnes de la Médie. Il reste donc là une ombre de la mer de Khawer sous forme de fondrières dangereuses.

Aux deux faits que je viens de citer s'ajoutent certains récits dont les uns font partie de la tradition écrite, et je les donnerai eu leur place; dont les autres appartiennent ù la tradition orale , et je vais les exposer ici , parce que d'ailleurs ils n'ont trait qu'à la présence ancienne d'une mer dans ces régions.

Le premier se rattache à une haute tour située sur la montagne de Sawa, petite ville à deux journées de Téhéran, dans la direction d'Hamadan. Cette tour est isolée, extrêmement menue, et ne saurait avoir fait partie d'aucun ouvrage de défense. A première vue, on la prend pour un observatoire. Les gens du pays assurent que c'était un

phare destiné à guider les vaisseaux qui -naviguaient sur la mer de Khawer.

La seconde indication appartient à un village du territoire de Yezd, place au bord du désert, à quelque distancede la ville. Ce village se nomme Myboud. On y voit des vestiges de constructions anciennes. Les gens du pays prétendent qu'il y avait là un port considérable sur une mer étendue, que c'était l'entrepôt des marchandises transportées par cette mer, et qu'on y acquittait les droits de douane.

Ces deux traditions dans des lieux si éloignés l'un de l'autre, la configuration générale de la contrée, l'existence historiquement prouvée de la mer de Khawer, fournissent autant de rapprochements qui ne sauraientétre négligés. Le sol de l'Iran tout entier est du reste d'une nature à expliquer les plus grandes révolutions, même dans des époques relativement jeunes. Il est à peu près partout soumis à l'influence des feux souterrains , ravagé par les tremblements de terre, qui bouleversent bien des points du pays, de la Caspienne au golfe Persique. Il est riche en fossiles marins, coquilles et poissons, dans toute sa partie centrale, celle précisément dont il est question ici ' .

J'admets donc que dans les siècles où les Arians pénétrèrent jusqu'au pays de Hérat et sur les terres de Rhagès et de rilelmend, une mer intérieure occupait toute la partie centrale de la réjjion Persique, et ne permettait pas aux émigrants de se répandre dans le sud- ouest. C'est une raison puissante qui fait comprendre encore pourquoi ceux-ci n'avaient et ne pouvaient avoir aucune notion de la Perside, non plus que de la Susiane, contrées placées

* Sir John Malcolin a déjà Fnit remarquer que le grand désert central eut plein de marécages salins; et ceux-ci attestent partout par leur préi^ence l'ancienne existence de la mer. — Histoire de la Perse, édit. alleni., 1830, t. l,p. 3.

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