‹ Histoire des PersesChapitre 71 sur 192 · CHAPITRE XI. — GUERRES D'ABTYN · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — GUERRES D'ABTYN

serait-il plus vrai de dire que leur écriture ne la distinguait pas de la seconde. Les Afghans, au contraire, en abusent et métamorphosent en / le plus d'r qu'ils peuvent, ce qui donne à leur langue une physionomie assez étrange, propre à tromper sur sa nature réelle et sur ses affinités incontestables avec les autres idiomes arians.

Le mot u mère » signifie « mourir » en zend , et Va est privatif. Ainsi « amere » ou « amele » signifie bien a ne pas mourir » , « être immortel « . Il n'y a donc rien à reprendre à l'étymologie produite par l'historien du Taberystan. Cependant on peut se rappeler aussi qu'une des dynasties des rois goths de la Russie, renversée par l'invasion des Huns, s'appelait la famille des Amales, et l'on donne pour sens à ce mot, « sans tache » et « divin » .

Qu'une reine iranienne ait porté le même nom que des rois goths dans un temps et dans des lieux où son peuple venait à peine de se séparer des Arians-Scythes , père des nations gothiques, il n'y aurait rien là de bien extraordinaire. La signification donnée à son nom par AbdouUah- Mohammed peut être exacte en général, et celle donnée à la désignation des rois goths peut bien aussi ne pas être erronée. Il me parait très-possible que l'une et l'autre se soient rattachées en commun à l'une de ces deux explications également bonnes. Ceci , du reste , importe beaucoup moins ici que de saisir le vrai caractère de la légende qui vient d'être racontée. .

On ne saurait découvrir au juste ce qu'était cette reine Amaleh , non plus que la dynastie issue de son hymen avec le roi de l'Iran. Étaient-ce là des princes rivaux ou vassaux de Housheng et de Tabmouras, les grands feudataires delà Montagne? Pareille question n'est pas à résoudre. On peut se demander tout aussi bien si ces souverains n'étaient pas les ancêtres ou les descendants des chefs de l'Elbourz. Mais ce que l'on aperçoit clairement et ce qui

%SA LIVRE I«r. — PREM. ET SEC. FORMATION DE L'IRAN.

donne au récit de la fondation d'Amol un extrême intérêt, c'est sa complète ressemblance avec le ton des traditions germaniques de l'Europe. C'est ainsi que nos aïeux concevaient et présentaient des événements semblables ; c'est ainsi que l'identité d'origine des héros Scandinaves et des héros iraniens prend une évidence extraordinaire. Les uns et les autres voient, pensent et parlent de la même façon. Les faits prennent à leurs yeux les mêmes couleurs et se déroulent par les mêmes procédés. Iraniens et Germains sont des frères, c'est un seul et même peuple, toujours uni , toujours reconnaissable malgré les distances ' .

Âmol , au temps d' Abtyn , était donc une des villes les plus considérables de la Montagne, peut-être plus encore que Ragha, Chakhra ou Varena, et les Assyriens y faisaient bonne garde. Soit espoir de parvenir à la surprendre, ou par toute autre raison, Abtyn vint débarquer avec sa troupe sur le rivage qui l'a voisinait, et campa dans l'épaisseur des bois bordés par les flots de la mer.

Son premier soin , quand sa femme et ses compagnons se trouvèrent établis, fut d'aller à la découverte; Il s'avança seul à travers la solitude et le silence de la forêt , et après avoir erré quelque temps, il 6t la rencontre d'un jeune homme qui, surpris de trouver un étranger dans ces lieux déserts , s'arrêta de son côté à le considérer. Le

^ L'Histoire du Taberystan d'AbdouUab-Mohammed, fils de Hassan, fils d'Isfendyar, à laquelle est empruntée la légende de la fondation d'Amol , est un des ouvrages persans les plus précieux que je connaisse. L'auteur écrivait au début du treizième siècle; il a composé son livre 1<> sur des documents pehlewys déposés dans la bibliothèque des rois du Taberystan ; 2<* sur un manuscrit scyndhien, traduit en arabe soixante-seize ans seulement après rarriyée des musulmans en Perse; 3® sur 1* Avrend-nameh , recueil spécial des traditions du Mazenderan ; et enfin k^ sur les œuyres'de cet Ibn-el-Mogaffa , fib d'un Gnèbre converti, un des plus anciens historiens musulmans de la Perse, et dont tous les fragments ont une Taleur inestimable. Je n'hésite pas dés lors à considérer la tradition relative à A mol comme extrêmement ancienne.

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