CHAPITRE XI. — GUERRES DABTYN
chef iranien questionna le voyageur. C'était un messager envoyé par Kershasep , roi scythe du Seystan , vassal de Zohak, mais attaché de cœur à la religion ariane. Le Seystany , ne connaissant pas Abtyn , lui raconta que la domination des Assyriens et de leur prince était plus solidement assise que jamais. Tout tremblait devant eux et gardait le silence. Ceux qui suivaient la Loi pure, persécutés partout lorsqu'ils osaient lever la tête, étaient obligés de se cacher, et quand on les découvrait, ils étaient mis à mort. Les populations, frappées de terreur, feignaient d'être idolâtres et fréquentaient les temples. Dans l'Elbourz même, resté pur si longtemps, il n'existait plus de protestation ouverte et de résistance déclarée que de la part d'un seigneur nommé Selket, retiré dans un château inaccessible sur le sommet du mont^ Demawend. Souvent les Mèdes avaient attaqué cette forteresse , mais sans pouvoir la prendre, et Selket, grâce à sa position inexpugnable et à son courage obstiné , réussissait à déjouer tous leurs efforts et à maintenir libre un dernier mais bien petit coin du pays.
« Ne sais-tu rien » , demanda Abtyn , « de l'héritier de j» Djem-Shyd et de ses braves?
» — Cette question» , répondit le jeune homme, « je l'ai n faite moi-même depuis longtemps à tel que je croyais n capable de m'éclairer. Depuis longtemps je voudrais n apprendre où s'arrête le premier des Iraniens. On m'a » dit qu'il s'était retiré au delà de la mer sans fin, et qu'il » se tenait caché sur la cime d'une montagne où il se » dérobe aux recherches de Koush. »
Le roi s'enquit ensuite du messager, s'il connaissait le chemin du château de Selket. Le Seystany répliqua qu*en trois jours, en partant du lieu où ils étaient, on pouvait s'y rendre , mois qu'il ignorait la route.
« Homme pur » , dit en terminant le jeune homme à son
interlocuteur dont il avait deviné la religion et les sentiments, « qui es-tu? je te prie, dis-le-moi.
» — Je suis » y répondit Abtyn, « un de ces malheureux » Iraniens réduits à fuir et à se cacher pour échapper à la » tyrannie de Zohak.
» — :- Bien des hommes de l'Iran ont même sort que » toi y et ce sont les plus illustres. Mais comment se fait-il » que leur roi , que leur chef évite le combat et consume » inutilement sa vie dans Texil? »
Âbtyn baissa la tête et garda le silence , puis y après un peu de temps, il recommanda au jeune messager de ne parler à personne de leur rencontre , et lui ayant fait quelques présents, lui dit adieu et se perdit dans la profondeur de la forêt.
Pendant plusieurs jours le roi parcourut le pays , recueillant les bruits populaires et se persuadant que si les Iraniens étaient muets sous la terreur, ils étaient aussi plus hostiles que jamais à la domination étrangère. Quand il eut appris tout ce qu'il lui importait de savoir, Âbtyn revint auprès des siens qui l'attendaient en proie à la plus cruelle inquiétude, et, sans hésiter davantage, il recommença la guerre.
Les surprises, les embuscades, les pillages, les victoires, les revers, se succédèrent comme par le passé, et au milieu des angoisses et des joies rapides et poignantes de cette vie de proscrit Férareng mit au monde un fils. Ce fils fut Férydoun. Le Vendidad assure qu'il naquit à Yarena. La Chronique du Taberystan prétend que ce fut dans les environs du mont Demawend. Ces deux opinions peuvent être considérées comme concordantes ' .
U serait trop long, et d'ailleurs inutile pour l'histoire, d'entrer dans tous les détails dont la légende entoure le
^ Un autre auteur, Sehyr-Eddyn , désigne particulièrement le village de V^erek dans le Mozenderan. En somme, toutes les traditions s'accordent.