CHAPITRE XI. — GUERRES D*ABTYN
grand événement de la naissance de Férydoun ' . Des prodiges annoncèrent la venue du Libérateur, et le désigné* rent d'abord au respect et à l'adoration de ses parents eux-mêmes et de leurs fidèles. Les soins qu'on prit de lui furent infinis et minutieux. On lui donna deux nourrices iraniennes de race pure , choisies avec soin pour leur beauté , leur force, leur piété et leurs vertus. Pendant trois ans ces fenmies élues prodiguèrent leur lait à l'enfant merveilleux.
A mesure que le petit Férydoun grandissait, les miracles se multipliaient. Des visions augustes se pressant autour d'Abtyn , l'avertissaient impérieusement de veiller sur son fils. Chaque jour on voyait dans l'enfont se manifester la confirmation de ces merveilles, et il eût fallu être bien aveugle pour ne pas s'apercevoir, en le regardant, que le moment était arrivé où les promesses faites à Djem- Shyd par le Dieu suprême allaient se réaliser.
A l'âge où les forces 'ne sont pas encore venues chez les hommes ordinaires, Férydoun était déjà un héros. A l'âge où chez le commun des êtres la raison s'éveille à peine , Férydoun était un sage. Son père, sa mère, leurs compagnons l'entouraient, comme un jeune Messie, de cette tendresse respectueuse et craintive que les temps primitifs et les grandes époques de troubles, où l'homme est transporté et élevé au-dessus de lui-même, éprouvent seuls. Il faut des géants , il fiiut du courage , de la passion et de la foi sans mesure pour plier aussi bas la tête avec candeur devant un enfant, et mettre tout son espoir dans une promesse.
Bien que la petite troupe des Iraniens fût convaincue que la puissance des méchants ne pouvait prévaloir contre les destinées réservées à Férydoun , sans cesse elle
^ La forme ordinaire du nom de Férydoan en zend est « Traëtaono » . mais le Yesht- Avan Tappelle « Thryjafno » .
tremblait pour le jeune garçon dans l'existence tumultueuse à laquelle il était associé. Fuir, attaquer, reculer, se cacher, courir les campagnes au hasard, c'était trop exposer le précieux héritier aux résultats douteux des sanglantes rencontres; c'était trop risquer.
On se résolut à confier le trésor de l'Iran à Selket , afin que ce guerrier le retirât dans sa forteresse et lui apprit ce que Férydoun devait savoir pour remplir sa mission. La réputation de bravoure et de sainteté du châtelain était très-grande. Cependant Abtyn , dans sa soUicitude , voulut mieux connaître l'homme avant de lui remettre un dépôt de cette valeur. II lui députa un de ses affidés , qui lui fit subir un examen complet.
Selket prouva victorieusement qu'aucun des points de la foi pure ne lui était inconnu, et, soit dit en passant, il n'est pas peu curieux de voir avec quelle complaisance l'auteur du Koush-nameh, musulman, soi-disant zélé, écrivant pour un prince seidjoukide, s'étend sur les détails d'une doctrine réprouvée par celle qu'il prétend professer. En mettant dans la bouche d'un guerrier des époques primitives des subtilités qui n'ont pu naître qu'au milieu des écoles théologiques des Sassanides, et en copiant ainsi sans le savoir le goût des historiens grecs et latins pour les discours invraisemblables dont ils font honneur à la faconde de leurs personnages, il prouve très-bien qu'il avait étudié avec amour et conscience les anciennes leçons de ses pères, et c'est un indice de plus avec tant d'autres qui se reproduisent dans tous les temps et encore dans celui-ci , de la sympathie secrète qui , sous le voile du mahométisme, a subsisté et subsiste au cœur de tous les Persans pour la religion de leurs ateux.
Une fois Selket reconnu digne de la confiance des Iraniens, le petit Férydoun lui fut amené, et il devint, le gouverneur et le gardien de l'enfant.