‹ Histoire des PersesChapitre 77 sur 192 · CHAPITRE XI. -« GUERRES D'ABTYN · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. -« GUERRES D'ABTYN

fut saisie par le roi Strançhiaeos ou Striaglios, qui allait la tuer, lorsque, touché de sa beauté et de ses supplications, il lui rendit la liberté.

Peu de temps après, le vainqueur, vaincu à son tour, devint le captif de Mermer, et celui-ci voulut le mettre à mort. Zeryna représenta à son mari la g[énérosité dont Stranghiœos avait naguère usé envers elle et insista pour obtenir sa grâce. Mermer ne voulut rien entendre ; alors Zeryna le tua lui-même et épousa le prisonnier, lui apportant en dot le royaume des Parthes.

Ce récit a beaucoup de mérite à mes yeux. En faisant la part des erreurs que Ctésias a pu y introduire de son cru , en ajoutant encore à cette part ce qui appartient au goût romanesque du rhéteiur Démétrius et de l'Anonyme qui nous ont transmis la rédaction venue jusqu'à nous, car ce fragment, perdu dans l'original, ne nous arrive que ' de seconde et de troisième main , on y voit assez bien comment les légendes se composent.

Si Zeryna a tué son mari, les Iraniens ont voulu que ce fut par générosité. Les Mèdes ont voulu que ce fût un Mède qui ait été distingué par elle et qui soit devenu la souche des rois. Les Perses n'ont pas été fâchés de laisser croire, de croire eux-mêmes que ce Mède était un des leurs. Mais les Iraniens proprement dits , les insurgés de la Montagne, n'avaient aucune raison de mettre soit un Mède , soit un Perse, au milieu de la lignée de leurs souverains , et plus tard ils purent trouver peu louable une action comme celle dont leurs nouveaux compatriotes , leurs vaincus devenus leurs maîtres , les Mèdes, puis les Perses, avaient quelque sujet de faire honneur à une femme dont ceux-ci voulaient prendre pour eux la gloire ; quant à eux. Iraniens, qui prétendaient que le caractère de Zeryna ou Férareng restât absolument idéal et la conduite sans ombre , ils rejetèrent cette tradition, et c'est

S86 LIVRE le». — PREM. ET SEC. FORMATION DE L'IRAN.

peut-être un des motifs qui ont contribué à leur ftiire écarter le plus possible le nom de Mermer de leur chronique , tout en le reconnaissant pour appartenir à la race souveraine.

Mais il est visible aussi que ce qui se passait ^ans la Parthyène , dans la Montagne , allait être un jour matière de grande considération de la part des contrées conquises par les peuples de ce pays , qui formèrent graduellement un empire dont la suprématie passa des vainqueurs aux vaincus, puis de ceux-ci à leurs vassaux. La religion étant devenue commune , la tradition et l'histoire le devinrent également/et Fesprit national tendit à effacer les traces les plus saillantes de dissentiments qui ne tournaient pas toujours à un égal honneur pour les différentes provinces désormais réunies, mais jadis contendantes.

Puis, graduellement, quand la Montagne ne fut plus qu'un territoire lointain , d'importance médiocre relativement à la Médie, bien autrement riche, glorieuse et civilisée, il s'entendit de soi que les faits illustres de l'histoire de l'empire avaient dû se passer au profit de la Médie, que la Médie avait toujours été ce qu'on la voyait être depuis des siècles déjà , et que les hommes sublimes , les fondateurs de l'État, les héros de la religion, étant des Iraniens, avaient été des Iraniens-Mèdes et non pas des Iraniens- Parthes , gens grossiers qui n'étaient plus en situation de réclamer leur gloire. La spoliation dans ce genre fut poussée si loin qu'il arriva même un moment , à la vérité tardif et seulement sous les Sassanides, où il fut convenu par la science d'alors , que l'Ayryana - Yaëja avait été situé dans le nord de la Médie ' .

Suivant cette façon de comprendre les choses , les Abtiyans devinrent des roismèdes, et oncles intercala tant bien que mal dans les généalogies royales. Gomme l'ef-

^ Lassbn, oQTr. cité, t. 1, p. 6.

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