GHAP. IV. ^ LUISTOIRE IRANIENNE ET SES SOURCES
dans cet Elbourz le second berceau de la race et son dernier rempart. Les plaines mêmes et toutes les provinces depuis la Caspienne jusqu'au golfe Persique, comptèrent toujours de nombreuses populations rurales répugnant à la foi nouvelle et qui, jusqu'à l'époque des Mongols, ont vécu sous les lois d'une aristocratie de leur sang, composée de seigneurs terriens , les Dehkans , gens riches , passionnés pour les souvenirs du passé, et gardant avec respect dans leurs palais et leurs manoirs les documents de la gloire et des malheurs de leurs ancêtres. On prétend même qu'il existe encore de telles pièces, et j'ai ouK parler, bien que je ne les aie pas vus, de contrats de propriété écrits en pehlewy . Les persécutions furent toujours faibles dans ces pays, où les musulmans indigènes partageaient une partie des prédilections de leurs compatriotes restés infidèles, et où les gouvernements, dans leur réaction contre le khalifat , voyaient non sans faveur se conserver tout ce qui donnait force à l'esprit national et , réagissant contre le sentiment arabe, servait le rétablissement des Etats purement persans. Les invasions des Mongols d'abord, celles des Tartares ensuite, eurent une tout autre tendance et amenèrent pour le parsisme des conséquences vraiment mortelles. Les Guèbres souffrirent , avec toutes les populations musulmanes , ce que celles-ci supportaient. Alors seulement le plus grand nombre des Dehkans se trouvant ruinés , les groupes parsys qui les entouraient et s'appuyaient sur eux, se voyant sans protection directe, tombèrent dans la misère et en même temps éprouvèrent l'oppression parce qu'elles excitèrent le mépris. Ce fut bien moins à cause de leur obstination dans l'erreur que pour la pauvreté et l'ignorance qui en résultèrent bientôt. Les révolutions successives si multipliées accablèrent ces malheureux restes un peu plus qu'elles ne firent la communauté musulmane, non parce qu'ils étaient guèbres, mais
parce qu'ils avaient moins de défense; et cependant ils étaient si nombreux qu'ils persistèrent longtemps encore. Au milieu de l'abaissement général du chiffre de la population, on comptait en Perse, à la fin du siècle dernier, soixante mille familles guèbres, ce qui peut donner l'idée que peu de siècles auparavant la religion abandonnée ne Tétait pas si complètement qu'on le suppose.
Les annalistes , soit guèbres déclarés , soit musulmans assez tièdes, ont toujours cherché leurs renseignements au sein de cette communauté. C'est à cette source longtemps ouverte dans le nord, au sud, sur les confins des Kurdes conmie aux bords du lac Hamoun, qu'il faut foire remonter ce que les narrateurs nous ont transmis, ce qu'ils ont prêté en gros à leurs collègues plus orthodoxes des grandes histoires, mais ce qu'ils présentent plus simplement, plus clairement, et surtout avec plus de détail que ne le font ceux-ci. Enfin c'est là qu'il faut surtout reporter l'origine d'une espèce particulière d'écrits bien supérieure à certains égards aux deux classes déjà mentionnées, les poèmes qui, sous le nom de « Namefa » ou livres proprement dits, véritables chansons de gestes, ont eu pour but de conserver avec un amour extrême tout ce que les ancêtres savaient sur les événements et les personnages de la monarchie, et en somme sur toute l'antiquité de la nation.
La plupart de ces belles œuvres sont inspirées par la cour de Ghagny , et des prédilections très -hétérodoxes en sont l'àme. Leurs auteurs se plaisent à attribuer les récits qu'elles consacrent aux renseignements fournis par les Dehkans. Plusieurs parlent directement de tel manuscrit ancien sur l'autorité duquel ils racontent ce qui est contenu dans leurs pages ; ils le décrivent avec complaisance ; ils disent son état de vétusté vénérable et ne cachent pas qu'il était écrit sur peau de gazelle. A des époques