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basses et raffinées , on dissimule souvent l'invention pure sous de telles allégations. Mais ce n'est pas là une méfiance qui puisse atteindre les poèmes dont il est ici question.
Sans doute ils ont amplifié et orné Tétoffe qui leur était fournie. Elle restait néanmoins bien réelle, et le placage littéraire a eu d'autant moins a l'altérer, que la poésie la pénétrait déjà avant de tomber dans les mains des versificateurs. Ceux-ci n'ont pas songé à lui ôter son caractère, car leurs doctrines politiques, morales, historiques et esthétiques leur imposaient la vénération pour ces traditions et le respect le plus absolu pour leur esprit, qu'ils cherchèrent toujours à s'assimiler.
Les princes, comme ceux, par exemple, de la maison de Ghagny, qui s'efForcèrent vers la fin du onzième siècle de se créer des États indépendants aux dépens des khalifes et qui eurent beaucoup d'émulés , étaient contraints par les nécessités de leur ambition de s'appuyer sur l'ancien sentiment persan , de détacher par tous les moyens les populations de l'influence arabe, de leur bien rappeler et de toujours leur mettre sous les yeux que les vainqueurs avaient installé dans leur pays une révolution à bien des égards haïssable. La conséquence naturelle de cette remarque était, dans l'opinion du sultan Mahmoud, de ses conseill rs et de ses rivaux, qu'il fallait servir de tout son pouvoir et de toute sa fidélité des souverains dont l'action tendait à rendre aux pays persans l'autonomie perdue.
Les politiques s'arrêtaient là. Surtout ils ne voulaient en aucune manière attaquer la religion nouvelle, dont ils se montraient au contraire de fermes sectateurs. Sur ee point, ils avaient tout à feiit raison. Il ne faut pas méconnaître que l'Islam , introduit dans les provinces iraniennes depuis cent cinquante ans à peine et très-imparfiaitement assis, y représentait, répandait et fécondait
ua ensemble d'idées indispensables alors et de beaucoup supérieur à tout ce qu'avait donné le mazdéisme. C'était, et quel fait plus capital , la formule commune d'une société qui , grâce à elle , depuis l'Espagne et le midi de la France, les gorges des Alpes helvétiques, la Sicile, la côte d'Afrique en dehors de Gibraltar , travaillait et poussait jusqu'aux rives de l'Indus et aux îles lointaines de l'Océan du sud , une civilisation moins originale sans doute qu'on ne l'a cru , mais néanmoins très-forte , trèsvraie, très-capable de tenir tête à la chrétienté de l'Occident encore jeune, la surpassant en magnificence, en savoir, en éclat, en curiosité, et surtout en conscience d'elle-même. C'était une arme admirable de conquête. Avec elle seulement on se voyait en état de menacer l'Inde entière eties vastes pays voisins de la Chine; elle seule pouvait , par l'éclat du prosélytisme , transformer ce qui autrement n'eût paru qu'une série de brutales usurpations, en prises de possessions louables et salutaires dont l'humanité avait à se réjouir.
En outre , le mazdéisme, sur le sol même de la Perse , n'avait jamais été qu'une secte triomphante, dominante, exclusive ; mais , malgré tout , une secte , et constamment détestée et combattue par les communautés chrétiennes , par les juifs, par les boudc^histes , par les payens hellénisants, par l'indifférence haineuse des innombrables tribus nomades. Pour toutes ces raisons, du moment que le sceptre de l'État s'était brisé sous les pieds des zélateurs sortis de la Péninsule arabique, l'édifice entier de la lourde et oppressive religion officielle s'était écroulé avec une instantanéité si grande, que si on ne tient pas compte de toutes les causes qui le minaient , on a peine à concevoir un tel résultat.
L'Islam, au contraire, offrait une contradiction absolue avec les formes et les prétentions du mazdéisme.
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Il n'était ni exigeant ni inquisitif , quanta la conviction du moins. Il se bpmait en ce genre à demander à ses convertis une profession de foi excessivement large et n'exigeant rien de plus pour les admettre au bénéfice de ses victoires ; il protégeait en même temps les chrétiens et les Juife, les avouait pour ses frères, et tolérait, plus qu'il n'était séant d'en convenir , les religions à ses yeux les moins respectables , toutes les fois qu'elles ne lui faisaient pas obstacle direct. Si les princes qui encourageaient les poètes et les historiens à remettre en lumière les gloires du passé, avaient fait un pas de plus et cherché le retour réel à ce même passé en s'efForçant d'en relever les dogmes , on voit qu'il leur aurait fallu rompre avec le présent dans lequel ils étaient englobés , renoncer aux avantages qui en résultaient, se (aire sectaires, réveiller autour d'eux des haines assoupies et pourtant bien fortes puisqu'elles avaient renversé le grand pouvoir sassanide , se résigner enfin à travailler en petit pour se contenter de maigres succès , de maigres victoii*es , de maigres effets qui auraient certainement fini par les conduire à une immense ruine. Bien qu'au gré des préventions qui nous dominent aujourd'hui , le sentiment que je vais exprimer puisse sembler paradoxal, il n'en est pas moins à poser en axiome qu'au dixième siècle l'Islam constituait en Asie ce que dans la phraséologie moderne on appelle le progrès, la tendance vers les lumières, le libéralisme et la tolérance. Ce qui n'était pas lui était étroit et mesquin ; un poUtique sérieux ne pouvait se tourner de ce côté-là. Mais les écrivains , comme tous les gens assez malheureux pour être spéciaux, ne voyaient la question que par un seul bout; ils eussent volontiers conclu tout au rebours des politiques. Le prince les encourageait a rompre en visière à la tradition arabe, et à montrer aux peuples qu'ils avaient été beaucoup plus grands et plus riches
et plus heureux quand ils étaient autonomes. Les auteurs des A Namehs » , courant à Tabsolu , se prirent d'un amour immodéré pour les moindres détails de Tancienne existence, et s'efforcèrent de se faire les contemporains, au moins par l'esprit, de tant de héros dont ils racontaient les exploits. Ils furent des rétrogrades dans la force entière du terme , et de là naquirent des tiraillements dont leurs œuvres portent partout la trace. Les docteurs des musulmans les surveillèrent d'un œil inquiet, et les dénoncèrent aux souverains et aux croyants rigides. Ils craignaient, et avec pleine raison , beaucoup de désordres' . Les souverains qui protégeaient les poètes et les suscitaient ne leur épargnèrent pas les persécutions. Ferdousy non - seulement se crut obligé d'écrire un poème dévot, « loussouf et Zélikha » , pour se laver du soupçon de mazdéisme qu'attirait sur lui le Shah-nameh , mais cela ne suffit pas , il dut s'enfuir et se cacher. Ses émules, comme Azery , comme Djemaly , comme Asedy , à travers une vie non moins difficile, tantôt portés aux nues et comblés d'honneurs et de présents , tantôt sévèrement châtiés pour avoir été au delà de ce qu'on demandait d'eux , furent obligés de donner une sorte de frontispice d'orthodoxie à des œuvres dont le premier mérite et toute la signification étaient de réagir contre l'orthodoxie, contre la foi même. Ils n'osèrent jamais commencer leurs poèmes autrement que par les louanges du IHeu unique et celles de son prophète. Mais, cette précaution prise, ils s'abandonnaient avec plus ou moins de prudence à leur enthousiasme pour les opinions anciennes. Ils célébraient les saints du passé, maudissaient les ennemis d'Ormuzd,^ recherchaient avec amour
^ Au commencement da khalifat des Abbassides , un certain mage, appelé Behzad, avait déjà converti trente mille hommes, dans le Rhoraçan, à la loi de Zoroastre, quand Abou-Moslem-Moi-oiizy marcha contre lui, le battit et dispersa ses disciples.