‹ Histoire des PersesChapitre 89 sur 192 · CHAPITRE ir. — RÉGNE DE FÉRYDOUN. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE ir. — RÉGNE DE FÉRYDOUN. Î

Prométhée, etl'Elbourz, où s'élève le.Demawend, n'est qu'un prolongement du Caucase incertain de la fable grecque.

Une autre version a cours aussi dans le Seystan, au dire de l'auteur du Heya-el-Molouk. Zohak n'aurait pas été enchaîné dans le Demawend , mais bien sur une montagne située au sud de la province. Il n'a pas deux serpents attachés à son corps; il est lui-même un serpent monstrueux, caché dans un antre sur le versant septentrional , tourné du côté du pays des Béloutjes. Quand la fin des jours arrivera, Zohak, identifié avec le Dedjal ou Antéchrist , sortira de sa captivité et régnera de nouveau sur le monde. Cette idée qui fait de Zohak et de Prométhée un même personnage et imagine le séjour de cette personnalité non plus dans le Caucase proprement dit, mais fort loin du côté de l'orient et de l'Inde, est très-ancienne, car Mégasthène en fait mention. Il raconte qu'au pays des Parapamisades il existait une caverne dans laquelle vivait le Titan, mis en croix pour avoir dérobé le feu. On peut entendre assez bien que la confusion entre Prométhée et Zohak a dû s'étabUr par le fait que leur nom et leur action principale se rattachaient en effet au feu. L'un avait profané le feu en le livrant aux humains , l'autre en détournant les hommes de son culte et en propageant une autre religion dans l'Iran ' .

L'aveu d'un mérite quelconque , d'une vertu dans Zohak est en soi assez curieux. La première fois que cette anomalie me fut signalée, ce fut par un cavalier nomade de la tribu des Kourdbatjehs, appelé Mohammed-Taghy. J'en fus étonné. Il m'assura que c'était un point bien connu que l'usurpateur avait toujours respecté la pureté des femmes de l'Iran , et que les habitantes de son harem

^ MéoASTnàitE, p. 417-21, éd. Didot.

venaient toutes soit de l'Arabie , soit de la Géorgie ; que , par conséquent , sous ce rapport, il était irréprochable. Ce que Ton dit ainsi en faveur de ses mœurs s'ajoute aux éloges que Ferdousy et plus encore Asedy, l'auteur du Kershasep-nameb , donnent à l'étendue de sa puissance, à sa grandeur, à sa magnificence incomparables. Ils s'étendent sur ce sujet avec une complaisance singulière, et on en doit conclure qu'il a existé sur Zohak deux traditions aujourd'hui confondues et produisant un ensemble assez incohérent; l'une toute de haine, provenue des Iraniens purs; l'autre mêlée de regrets et de souvenirs d'admiration , qui s'est conservée dans ces populations très-nombreuses déjà, mêlées de sang sémitique aux temps de la chute du premier empire, et dans ces immigrations ninivites répandues par les monarques assyriens sur toute la face de l'ancien Iran , sauf quelques districts de la Montagne. La révolution de Férydoun ne les fit pas sortir d'un pays tout à fait transformé par leur long séjour, pays qui pouvait bien revenir aux mains des Iraniens , mais non pas touC à fait aux mœurs, aux idées, aux formes exclusives de l'antiquité.

Des villes nouvelles avaient été fondées, des temples, des palais , des forteresses s'élevaient partout. Des artisans, des artistes , des philosophes, tout l'appareil d'une civili-» sation fastueuse, tout le mécanisme d'une administration savante, tombait maintenant sous la direction des guerriers, des pasteurs de Férydoun. Une fois vainqueurs, ce prince et ses compagnons n'avaient rien de mieux à faire qu'à baisser la tête devant les vaincus et à leur demander des leçons. C'était de ceux-là seuls qu'ils pouvaient apprendre les moyens de gouverner avec sûreté ^t avec gloire des nations dont la composition ethnique ne s'accommodait plus des simples procédés dont s'étaient contentés les aïeux.

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