‹ Histoire des PersesChapitre 93 sur 192 · CHAPITRE II. — RÉGNE 0E FÉRYDOUN. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — RÉGNE 0E FÉRYDOUN. Î

point culminant de Thëroïsme humain , et ce guerrier est pour eux ce que Rama est pour les Indiens , Roland pour nous , le Gid pour les Espagnols , Siegfried pour les Allemands.

Il ne faudrait pas jurer qu'une généalogie si importante appartienne tout entière , et telle qu'elle est donnée , aux temps si reculés où on la place. Elle pourrait bien avoir subi des interpolations, et n'être qu'un mélange de noms revenant à des personnages d'époques différentes. Le Zawoulistan et les pays circonvoisins ont été sans doute, anciennement, le séjour d'une race scythe très -belliqueuse, très-conquérante, très-influente; mais depuis la chute des rois grecs de la Bactriane jusque vers le troisième siècle de notre ère, une autre invasion, également scythe , qui n'a pas eu des qualités moins éminentes et qui a fait de non moins grandes choses par ses conquêtes et sa participation au bouddhisme, peut aisément avoir été confondue plus tard avec sa devancière, et n'avoir laissé avec elle qu'un souvenir commun.

Les Indo-Scythes du troisième siècle ont possédé les deux rives de l'Indus, et sont descendus jusqu'à la mer du Syndhy. Ils ont occupé, à l'égard delà Perse d'alors, une position digne d'être remarquée. Cependant les historiens en font peu ou point mention , et il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce-que, ne les plaçant pas où ils devraient être, on les eût repoussés avec leurs exploits jusqu'aux jours lointains où d'autres Scythes ayant exercé à peu près la même action , les ont attirés vers eux dans l'éloignement de la perspective. Les noms de Kourenk , frère de Kershasep, et de Koujenk, beau-père d^ Djem-Shyd, placés a deux points importants du lignage, ont assez de rapports avec celui de Kanerk ou Kanerkès, porté par les rois indoscythes ou indo-gètes, qui font naître mes doutes pour justifier les réserves que je propose. Mais il faut pourtant

se garder d'aller plus loin que l'idée d'une interpolation possible. La table généalogique en elle-même et l'ensemble des faits auxquels elle se rapporte sont authentiques et d'une ancienneté bien supérieure à l'époque des rois indo-scythes du troisième siècle. Seulement il ne faut pas non plus attacher trop d'importance aux rapports donnés de filiation. Tout ici doit rester en dehors d'une conviction absolue.

Le Zend-Avesta impose à la £Bunille le nom patronymique de Çama , qui dans la suite des temps est devenu la propriété exclusive du père de Zal, «ù'eul de Roustem. Les Çamas, suivant le Yaçna , ont pour auteur Thrita, le premier des humains qui ait pratiqué l'art de guérir ^ Il est appelé par le texte sacré « le pUis utile des Çamas », et ses deux fils sont Urvakhshya et Kereçaçpa ou Rershasep.

Le premier n'est autre que le personnage de la table persane appelé Rourenk. Le Taçna s'occupe peu de lui : c'est un régulateur de la Loi. Les actions et la personnalité du second sont rendues d'une manière tout à fait mythique. C'était, dit le Taçna, un jeune homme doué d'une haute efficacité , porteur de la massue Gaeçous ou « à tète de bœuf » . Ce fut lui qui frappa le serpent Çruvara , fatal aux chevaux et aux hommes , venimeux , de couleur verdâtre , distillant un flot de venin vert de l'épaisseur du pouce. Un jour, Kereçaçpa faisait cuire sa nourriture, à l'heure de midi, sur le dos du monstre, ne le connaissant pas pour ce qu'il était. Tout à coup le feu brâla le dragon , il

« Spieoel, Vendidad, t. I, p. 255, et Yaçna, cL. I, 1, 11; IX, 30, et p. 71-72. — Il y a ici une confusion intéressante à étudier. Les Indiens conâidèrent aussi Tkrita comme le père des médecins ; mais c*est Tbraëtaono ou Férydoun qui existe, dans leur pensée, sous ce nom. Hamza-Isfahany, recueillant cette tradition, l'applique aussi non pas à Téponyme des Gamides, mais à Férydoun lui-même, et il lui attribue Tinvention des enchantements, celle des antidotes, comme la thériaque, la découTerte des premiers principes de l'art de guérir, l'usage des simples, etc.

3 md,, IX, 31 et seqq.

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