LE BOULEVART DU TEMPLE
La seul' promenade cfM''âi{ 4a prix,
La seule dont je suis épris,
La seule. 'X>ii j^in*«ti doi>n9 , où e* «fue j^ Hs,
C'est r bottà rai t du ïemplc à Purhi,
Charles Jlodier a dit , en .parlant çle la l'oute i\x Simplon, que Mapoléon fit creuser d'une manière si miraculeuse : Le malheureux!..,, il
ma gâté mes Alpes! Ce mot n'a rien d'c^xà-
giré. Or, il en est des plus, petites choses comipe des plus grandes. Moi aussi , j'ai eu mes phrases d'indignation ; et lorsque je ine promène aujourd'hui de l'eiriplacement où était Paphos au café Turc, et que je reviens delà rue d'Angouléme à l'hôtel Foulon , je m'écrie à mon tour : Les malheureux ! ils mont gâté mon boule-' i'andu l^emple!
Nos pères l'avaii'nt vu commencer, grandir, prospérer, ce fauieux. boulevari, dont le nom e^t Européen. C'était une kermesse parisienne, utie foire. pei-pétuelle, un landit de toute rannée.-.On y trouvait à rire, à jouer, à se délasser de jour et
de nuit ; c*éuit le rendex-Tous de la meilleure société ; une foule de voitures brillantes y stationnaient On bravait le froid et le chaud pour y entendre un paillasse qui, n'en déplaise à DébureaUy avait aussi son mérite. Ce paillasse, qui se nommait le père Rousseau, s'était fait une réputation en cbantaut en plein air :
Cent dans la ville de Bordeaux ' Qu^eft '/^arrivé trois gros vaisseaux. Les rnalelots qui sont dedans.
Ce sont, ma foi! de bons enfdots.
J'en ai vu les débris, moi, de ce bon gros paillasse, et je me suis courbé respectueusement devant lui.
Je puis affirmer que jamais paillasse ne fut plus drôle, ni plus complet; ce n'était pas le ?isa^e paie et blême de Débureau, ce n'était pas son jeu savant et grave, ni ses poses artistiques, ni ses clignements d'yeux si expressifs!... c*éuit une figure pleine, rouge, bourgeonner ; c'était la UPftté du peuple dans tout son débraillé!... Impossible de ne pas rire comme un fou du roi, en voyant ses grimaces , en entendant sa voix rau-
Îue et brisée ; il jouait ses chansons , comme >ébureau ses pantomimes, car mon paillasse •était aussi un grand acteur!... Ne croyez pas qu'il répétait comme un élève du Conservaloiii'; non , il mettait dans son débit de l'esprit , du Jimrdant ; sa physionomie était d'une mobilitc
furprenante. Je gage que, s'il vivait encore , il serait à la hauteur de Tépoque, et que la littérature capricieuse qui nous fait un grand homme chaque matin, en déjeunant chez Tortoni ou au café de Paris, aurait découvert autant de drame daDs mon paillasse qu'elle en a trouvé dans Débureau
Combien j'étais heureux quand, les poches pleines de marrons et de châtaignes , le vieux père Motet , notre bon précepteur, nous conduisait, les quintidis et les décadis, au jardin de l'Arsenal , et nous permettait de faire une halte devant le théâtre dés Pantagoniens. Nous restions des beuies entières à contempler le père Aousseau , ce paillasse classique!... A peine osions-nous respirer, tant nous avions peur de perdre un de ses gestes, une de ses contorsions. Jeunes hommes d'aujourd'hui, respectez les souvenirs des hommes d'autrefois; libre à vous d'adorer César ! mais permettez-moi d'admirer Pompée !
Avant la révolution (celle de 1789, bien enteiidu) , il n'y avait que six théâtres sur le boulevart du Temple ; les principaux étaient : le îpeciacle èiAndinot^ les Associés^ dont un sieur Salé était directeur, les Grands Danseurs du Ro/, fondés par Nicolet, le théâtre des Délas" '*cments comiques y celui du Lycée dramatique y ïui avait été bâti pour les élèves de l'Opéra... <* Salon de Fiffu^'es du sieur Curtius, qui était
ài)a Bbce«qVoççupeiit aujourd'huir. les Fimn^" buJ^*^ ....... i
.1^ boûlevart dii Tfemple a eu'sès célébrités draiijiaiiqu^. . , ^
y fie .actrice noiûiiiée .Louise Màissoa, après ayoti: débité à la (iOuiédie^Ilàlicniifi, vint jouer chez Audinot la Belle au Bots Jormhni, Deux cfMits re^irései^aiipi^s ne suffirent pas pour rassasier le< public. La cour et la ville (coiiime on disait alor^) voulut eiit voir cette actrice èxtraor* di.nair€» Les i^ucnaûx du temps assurent que ce^tç denioiseile Masson. était d'uîie beauté reiQJirquable. Elle reçu^. les boiriinages de tont ce qu'il y. avait d*aiinablé et dé riche à I^aris. Elle
iJBo3, pauvre et misérable, affublée d'utie robe d/Q ga^ en biver, chanter avec un ancien cumédien de proviuce. sur ce niênie boulevart, lénioin de ses triomphes, les duos du Tahlrau parlanJt et de BlcU^e el Baùel. Tous deux fai' ss^ient des gestes, des agaceries comme s'ils eussent çiicore été sur un thf'âtre. Quand la scène éjL^lt jouée, le vieillard iaisa t huuiblement la quête, eu disant : « Messieurs, ayez, pitié de » mademoiselle Louise AJasson , qui a lait cou- » rir tout Paris chez Audinut^ dans la Hcllff ait n Bois donnant! •» Ce spCi.taile faisait peine à voir!... et j'ai soi^vent senti mes yeux humides
en déposant lAa môdesW bifraiide dans la Mii^A tasse de porcelaine. " ' ' '
.Ainsi que jelVi déjà dit, le bpulevartdujTem* ple,à ce^e ëpôque,élàit une foire peipf lùti;lléi son aspect était piupi*e9qùel Outre les quatre théâtres dont j a^ parle, on v voyait des barai^ues d^ pois occi^pées par des.- bateleurs .qui nioutraiêht'.dès animaux vivântis; deux ou trois estaminets ou caféâ^ borgnes, et des maisons isolées et iûajliâties. Deux modesties restaurants,', Bancjslin et Uenuevêu , étaient lés seuls établissements où les gens du inonde fissént!des parties fiiics/. Bancelioetle Gadraa-Bleu nV'taiént pas, à c^tteépô-
3ue, au dessus de i^os plus ^modestes caba're,ts 'auJQurd'bui. Si le^ Vâde^ lesFavart,'lesSaint- Foix revenaient à présent, ils pourraient cnerclier longtemps la pét it^ porte p>ar où ils entraient pour taire teurs orgies, après la icbute ouïe succès de leurs ouvrages.
Une jolie fille , nommée Fanchon , était la bayadère de ces deux cabarets ; elle venait' au dessert chanter des couplets de Collé, de Ptron, de l'abbé de Lattaif^uant , et recevait , entre le Champagne et le cale ,- des marques de la satisfaction des convives.
MM. Bouilly et Joseph Pain ont , dans une charmante pièce jou<^e au Vaudeville, il y a trente-deux ans , remis à la mode cttte /''a/i-
ekon la fielleuse, si célèbre au boulevart du Temple.
Ea 1791, un décret de l'Assemblée nationale proclama la liberié des lliéàtrcs. Le Loulevart du Temple ne resta pas en arrière ; aussi , dans l'espace de deux ans, vit-on s'ouvrir sur ce boulevart une foule de nouveaux spectacles ; ajoutons à ceux que je viens de citer : les Elèves de l'hal/e, les Petits Comédiens français et le l'kéâtre Minerve ; \e café Godet, le csLÏédela T^icioirey où l'on jouait la comédie, sans compter des marionnettes, des cabinets de physique, de curiosités, etc., etc
J'étais enfant. . . , bien enfant , mais je me rappelle encore combien ce boulevart était animé. A midi, les parades commençaient ; à peine un paillasse avait-il fini , qu'un autre lui succédait deux pas plus loin. On entendait le son aigre d'une clarinette, le bruit sourd de la grosse caisse, les cymbales qui vous brisaient le tympan : et puis, les cris des marchands et des marchandes : « Ma belle orange! ma tiuc orange! Ça brûle . . , ça brûle. . . A la f 1 aîcbe, qui veut boire? . • C'était étourdissant, c'était assourdissant. .. Mais c'était fou. . , origiual.., varié..; c'était palpitant, c'était vivace !
Les spectacles des boulevarts jouaient comme les autres des pièces révolutionnaires; seulement, lorsque celui du Vaudeville ou des Italiens obtenait un grand succès dans ce genre, il autorisait
les petits théâtres à les jouei*> afin de répaujrç plus vite parmi le peuple les seutiiuetits patriotiques. C'est aÎDsi que j'ai vu représenter à l'Ambigu et aux Délasseiuents r Heureuse De," cade^ la Nourrice républicaine^ Encore un Curéj la Fête de t Égalité j et d'autres pièces du répertoire du Vaudeville. -
Lorsque Tliorizon coiiimeuça à s'cclaircir, les petits théâtres imitèrent les grands, iU donnèrent aussi des ouvrages de réaction.
De 1800 à 1825, les théâtres du boule vart du Temple subirent de grauds changements dans les genres et dans les acteurs.
Que de renommées j'aurais à enregistrer depuis cinauante ans, que de gloires y sont venues
uaitre, briller et s'éteindre!!! Les Réva-
laid , les Viiberat , les Bilhmer, les Jojgny, les LafliUe, les Corse, les Gougibus, les Kamle! que fie fenuiies à talent : les Flore, les Lévéque, les i^lanté, les Julie Pariset, les Lagrenois, les fiour* Seois, les Picard , les Leroi ! . . .
LesPicardeaux, les Blondin, lesBeaulieu, les Béviile^IesMayeurseretirèrentdevantlesMarty, l^s Duniesnil, les Vigneaux, les Larargne,les Frenoy, les Basnage, les Grévin. La belle Julie Aiancoutt coda le trône à la belle Dumouchel; b belle Uumouchel abdiqua en faveur de la sen* sible Hugens; la sensible Hugens céda sa place en pleurant àlasentimentaleAdèleDupuis. Mesda-
iS'a
mesVerneuîl, Eugénie Snuvaj»e,etLemesnilf Cirent remplacées par incsdaines Nongaret, Rou-
IUtnnont, Thpodorine, qui suivent les trac»îs de enrs devancières ; elles plairont comme elles, brilleront comme elles, et passeront comme elles.. . : sic transit gtoria mundi!
Une géuération nouvelle d'auteurs vînt remplacer celle dont rétoile pâlissait alors; Ips Arhould, les Pariseau, les Gabiot, les Dorvigny, les Pompi. ny, Icsduillemain, les Boainiolr, les Rlaillot, ivS Coffin-Rosny, les Camaille Saint- Atfbin, le<! Âudeabnndontièrcnt le ctiainp de bataille aux Guilbert-Fixérrc6uit,a&x Dubois, aux Hapdé, aux Cuvelier, aux Gâiguez,aux Villiers, aox Bernes, aux Léopold, aux rrédéiic , aux Boiriè, etc; , etc.
La Forêt tt Hcrnian^ladt chassa /a Forct-No're^ le Maréchal de 'Luxêmbours^ tiia ie Maréchal des Logis, Pierre de Proi^enre n'osa plus se montrer devant la Femme à deux Maris ^ la Tête de Bronze écrasa Dorothér^ le Masque de Fer tomba devant l'Homme à tro's F'isages, et VHcrol américaine battit en retraite devant le Sicgc Clocher»
Ce que je regrette le plus aujourd'Inii da
(i) Cos trois nclrîce» n'ont fait que changer < aoÀir; €llrs'hitl>i>t enenrt! : mailemuiselt'' Verneuil ai FrancaÎA , mudemoiseile Kugénic Sauvage au Gvmna et madame Lemeinil au TiicilLrc du Palais Ruval.
\e mélodrame , c'est l'abseiice totale du nim obligé. Les niais au mélodrame étaient, quoi qu'on en dise,, une délicieuse création. Je ne sais pomquoi on les a chassés du boulevart ; quand on voudra, on pourra les retrouver j lej niais ne meurent jamais en France ! les niai^ sont morts , vivent les niais ! jamais,la race des niais ne se perdra"^... Us changent de triéieaux \ voilà tout. .,.:„.
Le bouievart du Temple a eu i da^s.nos dcï* niers temps, deux niais célèbres , Bobèche efc Galimafré. ËobèrUe a tenu avec dignité Iç sceptre de li parade ; sa réputation a été grande. ses succès pyraïuidaux. Bobèche était malin f caustique e\ sons sa ve§te rouge ^ son chàpea^ grisa cordes , avec un papillon dessus, il a soù^ veut dit de grosses vérités en plein air • au^si la poiire a-t-elle été plus d'une J'ois obageede t rappeler à ronUe. Bobèche a joui de tous les piivilégts accordés aux supériorités, il a été jouer chez des grands seigneurs, chez, les niinisr ^'es, chçz les banquiers,, on avait Bobtche couime on aurait eu un çrand acteur, Bol^èchè a fait aussi des tournées dans les départements. a donne des reprêsei^tat.ong extraordinaires^ Lasse de travailler pour les. autres , il prit la direction d'un petit spectacle à Rouen. Depuis l'>n.;ieiups ou n'entend plus parler de lui. S'iJ existe encore, je désire que ces lignes lui par^ viennent; s'il est mort, je serai fier d'avoir
fourni quelques matériaux qui serviront un jour & compléter sa biographie.
Galiniafré n'a pas eu autant de renommée que Bobèche ; cependant il a tenu un rang honorable pariui les paillasses ; c'éiait ce qu'on appelle un niais balourd. Bobèche était populaire , Galhnafi'é populaciei^ Il y a tant de nuances dans le talent ! I ! Galimafré a quitté le théâtre , sans pour cela quitter les planches ; il 8*était fait garçon-machiniste à l'Opéra-Comique. Tel le traitait avec dédain , qui ne savait pas que cet homme , remuant un châssis ou relevant un coulisseau , avait tenu la foule en extase devant lui !... Ainsi le béotien de Paris , qiû se promène aux Tuileries le dimanche, ienore , en regardant un bloc de niarbre , qu'il vient de passer devant un Spailacus ou un Ânnibal.
On laissa pourtant subsister , pai* grâce spéciale , deux ou ti*ois petits spectacles de bauiboches , en les obligeant â se renfermer dans des danses de cordes , des pantomimes , des tours de forces , etc., etc. Mais, de même que là goutte d'eau creuse le rocher , que l'araignée refait sa toile , peu à peu les petits théâtres empiétèrent sur leurs voisins. L'empire fermait les yeux , la restauration fut douce à leur égard : déjà depuis longtemps madame Saqni et les Funambules excitaient les récli-
matious de U part des autres administra*
lions.
Quand la révolution de juillet arriva , la Hlîerté fut proclamée , la licence n'était pas loin. Aujourd'hui le boulevart du Temple est dans un état complet d'anarchie ; on joue le répertoire de rOpéra-€omique chez madame Saqui , celui de la Comédie-Française aux Fuiiam*bules , les vaudevilles du Gymnase au Petit- Lazzari.
Me voilà arrivé à l'époque qui a démoli de fond en comble le boulevart du Temple. Le lomantique qui, semblable au ver de la tombe, a rongé sourdement la littérature ancienne , a tenu ce qu'il avait promis. Il a dit : Renversons d'abord les vieilles statues, et nous verrons ce que nous mettrons sur les piédestaux. Ainsi , petit à petit» le vieux mélodrame s'est vu déchiqueté par lambeaux ; et en quelques années, il a fallu que les tyrans , les cha^aliers^ les enfanis de cinq ans muets et courageux^ les bri^ ^ands , les vieillards vénérables , etc., cédassent le pas aux adultères, aux homicides, aux parrindes , aux fratricides , aux infanticides , et k toutes les horreurs en ides. Le moyen-âge a débordé partout comme un torrent , et au lieu de mes bonnes tirades de mélodrames, bien ronflantes , bien sonnantes...; au lieu de : Monstre, tu recei^ras le juste châtiment dû à tes horribles Jor^ fait s !,^. Scélérat! apprends que tôt on tard le
crime est puni, et la venu récompensée, GaV' des! qu'il so't chargé de fers , et pfongé dans un cachot tti^ec les honneurs dus à son ran\^,,. Allez, vp^$ m* en réfwndez sur voire iéte ! Vous u'eateudrez, plus que ces mots : Mignons , coiapa- ^nons, ma dague, l'ruandSf Maugruanis, souffreleux , malédiction L . . pilic / . . . damnation /. . . arrière, à ta hart ! à la rescousse^ enfer /«. . C'est tout ^ fait une nouvelle langue, je doute i'oit que les cuisinières qui mangent des pommes au parterre, que le gauiin qui croque de^ noisettes à l'ampliithéàtre des troisièmes loges, pu isseutja* mais se ibuKr^r.cc vocabulaire dans la tête. . Uu seul tliéâtie. sur le boulevart nie parait digne des ancieus jours; c'est celui du Cirque- Olympique. Quand .on y parle, au nioins les spectateurs co^nprennent, et puis la poudre et les coups de fusil empêchent d'entendre. C'est un établissei^ieni bien utile et bien dirigé. . Offrir au peuple le tableau de nos iastes militaires, lui montrer en actions nos gloires, nos triomphes, nos revers et nos milheurs , c'est lui faire la|re , ainsi que je l'ai dit , un cours d'hls* toire à sa portée , c'est l'instruire en l'amusant; utilf^ du Ici,
Le salon des figures du sieur Curtius est le sei^ établissement qui n'ait pas subi de changements. Depuis soixante ans , il est toujours le luému, il n'a ui ga^nc ni perdu, ll.e^t humble et modeste , avec sa petite entrée , sou
aboyeur à la porte , et siea deux laminons. Quant à son factionnaire en ciie » c'est Ufi farci'urv voilà pour uia part quarante ans que je le connais.
Je Vai vu soldat aux garjes^françaises , hu4fiard Cliauibprand, grenadier de la Convention, liojipettei. du Directoire, guide consulaire,» lancier polonais, chasseur de la garde iiupÀ> Haie., tambour de la, garde royaîf^ , sergent ae la garde nationale ; dimanche dernier t il était garde municipal, j*ai manqué de dire gendarmai j'oubliais .qu'ils avaient tous été tués pendant les trois jours de juille^.
Quand vou^ entres^ daps le saloA , vou9 le trouvez tel qu'il était dans l'origiue | ^oir ^ eDfumé* 'Le)» Hgures nouvelles relèguent pajr derrière les figures anciennes, conunv*. le roi qui arrive à Sainl^D^nis fait de^pei|d|'e soii wxor cesseur dans la toinbe., pour prendre sa p'acç sui* la d^'nière marche du caveau, Cependant vous y retrouverez , comme à la porte , desyisar ges de votre connaissance. Que d.e célébrité bonnes ou mauvaises! que de héros, de Sfivauts , de gens vertueux , de scélérats , le aieur Curuus a passés en revue depuis Touyertur^ de son muséum ! Je crois pourtant qu'on k plus souvent changé les habits que les Hgurçs,. Je iie serais pas surpris que Geneviève ^e Brabaut fut devenue la bergère 4'lvi*),; que Cliarr lotte Gorday eût prcié son Bonnet à la bell^
ccaillèrc ; que Barnavc jTprosciUat aujourdliui le général Foy , et qae la mouslaclie de Jean Bart eût servi à Caire celle du maréclial Lanncs. Ce qui surtout n'a pas bouge do place , c'est le grand couvert où sont réunis tous les rois. On y a vu Louis XY et son auguste famille ; le Directoire et son auguste fauiiUe, les trois consuls et leur auguste famille; l'empereur Napoléon et son auguste famille ; Alexandre , Guillaume , François et leurs augustes familles ; Louis XVIll et sou auguste famille; Charles X et son auguste famille ; et nous y voyons aujourd'hui Lonis- Philippe et sou auguste famille !
Je ne parlerai pas des fruits qui composent le dessert; je puis affirmer que les pommes, les poires, les pêches, les raisins étalés sur cette auguste table sont les mêmes 'que j'y ai TUS il y a trente ans. . . Je ne crois même pas qu'ils aient été époussetés depuis : je ti^ouve , du reste , qu'il est lut peu cavalier d'offrir à des tètes com*onnées des fruits que le plus petit marchand de la rue Saint-Denis ne voudrait pas donner à ses commis.'
Aujourd'hui le boulevart du Temple n'est plus une spécialité , c'est un boulevart comme un^autre, et bientôt ce ne sera plus qu'une rue de Paris. Quoiqu'on y compte six spectacles, il est triste et désert; ce n'est que vers sept heures du soir que l'on commence à entendre un peu de bruit, à voir un peu de. mouvement;
maïs on n'y trouve plus comme autrefois des parades en dehors ; que n'y voyait-on pas dans
son bon temps ! On y voyait des oiseaux
[[m faisaient l'exercice, des lièvres qui battaient la caisse , des puces qui traînaient des rarrosses à six chevaux ; on y voyait madeiiioi-* selle Rose , la tête en b is et les pieds en l'air , en équilibre sur un chandelier; on y voyait mademoiselle Malaga à la crapaudine sur un plat d'argent ; on y voyait des escamoteurs , des joueurs de gobelets ; oh y voyait des curiosités àe toutes façons ; on y voyait la passion de Cléopâtre à côté de celle de Jésus-Christ ; on y voyait des naiiis , on y voyait des géants, on y voyait des hommes-squelettes , des femmes qui pesaient huit cent^ liyres ; on y voyait des gens qui avalaient des serpents , des cailloux , des fourchettes ; on y voyait des enfants qui buvaient de l'huile Douillante , d'autres qui ïnarcliaient sur des barres de fer rouges... On y Voyait des phénomènes ; j'y ai vu une femme ^nvage! ! ! .. Enfin, Munito,lefameuxMunito, ce chien qui calculait aussi bien qu*un ministi'e (les finances , n'a pas rougi d'y * donner des i*eprésentations.
Pauvre boulevart du Temple ! tu périras comme le reste!... A chaque mutilation que je ^ vois subir , je m'écrie avec l'accent de la •Couleur :
£j|d«i^ miAfiîfrre qui tombe Du boulevart de Li Gattd l
On aura beaa me dire : .« Voyez ces belles M maisons à six étages I regardez ces boutiques 1» superbes ! » J'y cliercberai longtemps de l'œil mes cafés noirs et borgnes , mes baraques de bois devant lesquelles je m'arrêtais béatit ! Et mademoiselle Rose! et mademoiselle Malàgal et Bobècbe I et Galimafi é ! et mou vieux paiU lasse , â moi , qui est-ce qui mêles rendua?... . En. serait-il plus gai , ce pauvre boulerait ^ qu'uod vous y aurez enfoui des carrières de moellons? quand vous eu aure"^ faHune me de Rivoli! voua me IVclairez au gazll! WeUcliesîî! AloTA, je n'ai plus qu'adiré comme les augures ée Rouje, aux jours des grandes calamités : les Die^tx s'en von/ II I
Oui, je le répète : « Vous m'avez abhné mon 1» boulevart du Temple!. . »