‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 16 sur 44 · THEATRE DES ITALIENS · texte numérisé non relu

THEATRE DES ITALIENS

On lit dans l'Etoile qu'en 1577 des Italiens appelés Gli-Gelosi, que le roi Henri III avait fait venir de Venise, commjencèrent à jouer leur comédie dans la salle des Etats de Biois. Le roi leur permit de prendre un deni'-teston dé ceux qui viendraient les voir jouer. Le dimanche 19 mai 1577, ces mêmes comédiens furent installés à l'hôtel du Petit-Bourbon, rue des Poulies, à Paris; ils prenaient quatre sous par personne, et il y avait un tel concours de peuple , que quatre prédicateurs de Paris n'en avaient pas la moitié autant quand ils prêchaient. Cette troupe ne demeura pas longtemps, vu les troubles qui agitaient le royaume et principalement la capitale. En 1 584 et 1 588, il en parut une seconde et une troisième ; mais on n'a pas recueilli les noms des acteurs et des actrices qui les composaient, ni les titres , ni les sujets des

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lièces qu'ils représentaient. Henri IV, dans linc xpéditioii qu'il fît à Pavie, amena une troupe lecomodiens italiens qui s*en retournèrent deux ns après. Ils furent iiistallcs rue de la Poterie/ lu coin de celle de la Verrerie. Ils étaient à l^ K)lde du roi. Dans une satire, il est dit qu'il y I assez d'autres bouffons à la cour, sans que )esoin il soit que le roi Henri en fasse venir de 'étranger :

Sire, «lef.iites-vous de ces comédiens, Vous aurez, malgré eux, assez de comédies, JVo sais qui feront mi -ux que ces Italiens Sanf que vous coûte un sol leurs fâcheuses folies.

La première actrice de cette troupe jouissait d'uDe grande réputation comme comédienne et comme femme du monde; elle s'appelait Isabelle Andréini.

Voici des vers qu'un poète de l'époque , qui

arait nom fsaac du Ro/er, adressa à la célèbre

Italienne :

Je ne crois point qu^Isabelle Soit une femme mortelle :

Ccst plutôt quelqu'un des dieus Qui s est déguisé en femme, Afin de nous ravir l'ame Par Toreillc et par les yeux.

So peut-il qu'on trouve au monde Qiieltprautre liuiiinine faconde Qsie la sienne o«c cj'alcr?

Se peut'il dans le ciel mt^mc Trouver de plus douce crt*mc Qun celle de son parler?

De nosiçurs^ il y a ies goèj^es à Bn^^)^

l^aiirarcfè qui !bht des vers aussi galants qne teux-là.

l^QUS rions du charlatanisme des àfEaies : tôiilez-vous savoir coiuineut on annonçait une fiièce de^ i588? m Aujourd'lmi, la première représentation de La Rpsatirc\ impératrice de Constantinopie, au tli^âire du FetitBourLôn, parla ^*ahde troupe italienne, avec les plus agréables et magnifiques vei^, musique, décorations, cljdii* gementsde; tli<5âtrè et jgrandes machinés ; entieinelëe, entre chaque acte, de ^allets d'adir.irahle ipvention. n Certes i cette. annoïKe ue fléjiarerait pas celle^ qui ^nt collées chaque matin isiir les murs de Paris.

,, jLfs. persoiiQages des .pièces italiennes ^af: pelaient toujours: Policltinel, Arlequin, F^uta|pn,« ScaraiiiouçLe, Trivelin,.Scapin. Pierfot, jpàscarici, Mézetin, Colouibihe, Isabelle, Spinette, etc.

Louis XIII fit yefiït aussi 4^s comédiens d'Italie pour anuiser Louis XIV enfant. En SA il y avait encore de ces bouflons à 1 aris : c'est le cardinal de Maz; nu qui les avait appelés } ces bouffons jouaient.au Petit-J'ourbon.

Un comédien qui avait ncni Tiberio Fiureli y remplissait le rôle du Sraramouciie. La rrinc aimait beaucoup ce comédien. Vn jour que Scaramouche était dans la chambre de la reine, le dauphin, qui n'avait que deux ans, était de très

que', si Sa Majesté voulait ç»creflre ^u*il p, U le pé.it prince entre ses bras, M flattait de rapa'iser. Là reine lé lui permit, ëi araniouclie fit alors au frrince des grimaces et îs figures si plaisantes, qiie cette' inimitable mioiuimè lit non seulement cesser'*"*** ''»*'**

:araniouclie, ce qui redoubla les éclats clérîrè î la réihe et des seiffiieuis qui étaient dans Vkpl

seigneius oin étaient aans i apiiteiuen^. — . ; «. « t^a *.'..^ r., ;. ^ *i^j.

A cetle époque, un comédien servait d'amu- •ment au roi êuT le théâtre ainsi qu^â la' cour; ujourd'hui ce n'est plus cela. Dii reste,'ilsemîe que Louis XlV^ vôi ait vôutii réparéi* ]^ iule de Louis XlY enîant; car, s'il poussa Tiri évêrencë jvîsqu'â salir les vêtements du cornée i»eii Tiberïo Yîuveli ,* plus tard il conversai^ iiaveuient avec Tacteur Baron et admcltaîV 'lolierea sa table.

Ces acteurs avaient le titre de couiëdiuu- ^"^^^^ liens du roi dans leur hôtel de Bour^'ntrne* ^^^^ ils ne représentaient que de mduvais^cau ^^^?^H

des scènes détachées ou arraogées. Les premien bouffons improvisaient beaucoup; on convecai^ d'uo tliêine, ou entrait en scène ; Tuu duiinait' Ik réplique, Vautre répondait ; de là des cl.ostsj d'une nullité, d'une sottise dont le théâtre da temps n'offre que trop d'exemples.

Pour donner une idée des pièces de l'époque, il suffira de mettre sous les yeux du lecteur iV nalyse d'Arlequin, lin gère du Palais. — Arlequin^ habillé moitié en homme ^ moitié en femmu paraît dans le fond d'une boutique de lingiri contiguë à celle d'un limonadier. Quand il it montre du coté de l'habit de femme^ il cr't .j «' Des chemises, des torchons, des caleçons. » Puis se tournant du coté de thobt d'homme^ il paratt dans la boutique du limonadier^ oà il crie: « Des biscuits, de la limonade, des niacaroos, du chocolat. »

Ainsi il vend, d'un côté, de la toile, des bonnets, et de l'antre, du café, des liqueui-s. Pascariel, dont il s'est moqué sous les deux (O^ tûmes, finit par deviner la ruse, mais non sans avoir été longtemps mystifié.

Dans la scène suivante. Arlequin est habillé en nourrice, suivi d'un homme qui conduit un âne sur lequel est un berceau ; c'est encore Pascariel dont Arlequin se n>oqne en lui amenaut un enfant de nourrice : le vieillard jure, s'emporte, et dit qu'il y a trente ans qu*il ne fait ^ui d'enfant. Arlequin veut à toute force lui

laisser le marmot ; Pascariel donne un coup de pied dans le venti'e d'Arlequin, qui crie : n Au secours ! au secours ! je suis grosse de quatorze mois, » et il se sauve en se moquant de Pas^ cariel.

D'après cette analyse, on peut juger du théâtre italien d'alors ; tous les canevas sont taillés sur le même patron.

Dans un autre canevas intitulé : Arlequin^ che* vdier du soleil j Pascariel engage Arlequin à se faire médecin. .

Pascariel. — Ecoute , Arlequin ! je vais te montrer comment on se fait médecin : on achète une mule, on se promène dessus par tout Paris; un homme vous rencontre et vous dit : Monsieur le médecin , venez vite voir un de mes parents qui est très malade. {Ici Arlequin se met à trotter datant Pascariel.)

Pascariel. — Que fais-tu donc là ?

Arleqdin. — Je fais la mule, je trotte...

Pascariel. — On arrive au logis du malade ; le médecin descend de sa mule, on le fait entrer dans la chambre à coucher.

Arlequin. — Et la mule, entre -t-elle aussi?

Pascariel. — Hé non, animal! la mule reste àla poite. Voilà le médecin dans la chambre du malade. {Jci Pascariel affecte de marcher sur la f ointe du pied. ')

Arlequin. — D'où vient que vous marchez si doucement ?

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Pascariel. — - C'est à cause du malade. Nous voilK dans la chambre et tout auprès de son lit.

Arlequin. — Auprès de son lit? prenez donc garde de renverser le pot de chambre.

Pascâriel. — Alors le médecin dit au^malade : Moûtrez-nioi votre langue ; le malade la lui montre en lui disant : Ah ! docteur, je suis bien malade!... {Ici Pascâriel tire la langue devant Arlequin,)

Ar<.equin. — Ah ! la vilaine langue !

Pascâriel. — Voilà une langue bien sèche, bien échauffée. . .

Arlequin. «-Il faut la faire mettre à la glace.

Pascâriel.— Voyons le pouls. {Il fait comme s'il tâtait le pouls,) Voilà un pouls qui va diablement vite.

Arlequin. ^ Ga me surprend, car d'ordinaii'e les poux vont bien doucement.

Pascâriel. — Tâtons le ventre. {Il fait semblant de iâier le ventre du malade,) Voilà un ventre diablement dur!...

Arlequin. — Il a peut-être avalé du fer?.....

Toutes les pièces recueillies par Ghérardi soi dans le même goût. Telle est la seconde péi i< de la comédie italienne. On chantait déjà da ces pièces des airs italiens et français.

Les Italiens eurent toujours de la peine à dt meurer longtemps en France. Le mardi 4 " 1697'y M. d'Aigenson, Ueutenant -général police , muni d'une lettre de cachet du roi ,

transporte à l'hôtel de Bourgogne, accompagné de commissaires, d'exempts et de toute la robecourte; appose les scellés sur les portes du théâtre, rae Mauconseil et rue Française^ sur celles des loges des acteurs et des actrices, avec défense à ces derniers de se présenter pour continuer leur spectacle, le roi ne jugeant pas à propos de les prder à son service. On n'a jamais bien connu le motif d'une suspension si brusque.

Dans ses Recherches sur les théâtres , Beau** champs avance que les comédiens italiens ayant affiché une comédie intitulée la P rude ^ l'autorité pensa que leur intention était de ridiculiser madame de Maintenons et que cela fût la cause de leur disgrâce.

De 1697 à 1716 > aucune troupe italienne ne ▼int à Paris ; mais le 18 mai de cette dernière année , le duc d'Orléans , régent du royaume , rappela en France les acteurs italiens. Ils débutèrent à l'hôtel de Bourgogne. Dans les premiers temps, ces comédiens ne parlaient qu'en italien; peu à peu ils parlèrent moitié italien , moitié français. Enfin la langue française prévalut. Ce fat vers cette époque que l'on joua des ouvrages plus réguliers.

Colalto , Riccoboni , Morand , Fagan , Legi^and, Lafont, Boissy, Goldoni, Saint-Foix, Florian donnèrent des comédies assez agréables à la Comédie-Italienne. Marivaux y fit repré-

iaiter les Jeux de ï amour et du hasard (i). Le vauderille, à celte époque, était tout à Ikit misérable ; après en avoir donné un éeliantilkm dialogué, je vais citer les couplets que Ton chantait dans les parodies italiennes. Dans le Jaloux f joué en 1723 , Trirelin dit à son maitre :

Pour rompre ce mariage.

Monsieur, saaTons-onu», Allons chercher un asile.

Je trouve cela facile.

Ce à quoi Colombine répondait :

Et moi itou, et moi itou.

Dans Arlequin Roland y Angélique cbante à Médor s

Votre constance est triomphante.

Mon cœur se rend ; Épargnez ma vertu mourante,

Mon cher Roland .

Et Roland répond galanunent :

Ne craignez rien, petit houchon.

Je suis sage comme un Gaton ;

Ne crains rien, mon petit bouchon.

Dites-moi si cela ressemble à des couplets. Eo

(1) Le rôle dePasquin était joue par un arlequin.

vérité , malgré mon amour pour la chanson , je suis forcé de convenir que VEnfant malin était peu spirituel en 1780. Et quand on pense qu'alors le Théâtre-Français brillait de toute sa gloire!.., que Corneille avait fait le Cid, Hé-racUus^ Ciruial que Molière nous avait légué Tartufe , les Femmes savantes , le Misanthrope ^ et tant de chefs-d'œuvre immortels!... on se demande comment des comédiens, qui prenaient pompeusement le titre de comédiens du roi , en leur hôtel de Bourgogne , osaient débiter en public tant de niaiseries et de si grossières équivoques.

Le rédacteur du Journal général m'a adressé le reproche d'avoir ti-aité trop cavalièrement le Vaudeville de 1720. Voyons jusqu'à tel point son opinion est l'ondée.

Le nout^eau théâtre italien composé de pièces italiennes et françaises ne renferme que des airs notés.

Dans le théâtre italien de Chérardi, de 1682 à '697 , je ne trouve que des morceaux de chant qui n'ont point forme de couplets.

Le noui^eau théâtre italien en neuf volumes, de 1700 à 1782 , contient grand nombre d'ouvrages de Dominique Riccoboni père et fils , Castei*a,Joly, Despôrtes, etc.

Marivaux, Dallainval^AutreaUjFagan n'y ont {,uère donné que des comédies , dont plusieurs sent terminées par des vaudevilles , qui ne sont

pas toujours très, piquants, si j'en excepte plusieurs de Panard.

Dans le théâtre de la Foire^ en neuf volumes, recueilli par Le Sage et Dorneyal, en 17 3^, je lis dans la préface : « On a représenté à la Foirt . n tant de mauvaises producticns , tant <it obscénités , » que les lecteurs pourraient d*abord n'être M pas favorables à cet ouvrage; mais la réflexion » doit l'arracher au mépris , et détruire le pré- » juçé; les productions qu'on ne peut rap- N peler que désagréablement pour le théâtre » n'y sont point employées. »

Malgré cet aveu que Le Sage et Dorneval font eux-mêmes , dans le Monde renversé , joué eu 17 18, Arlequin a une scène avec un vieux procureur, qui lui demande ce que c'est qu'un cocu.

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