‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 21 sur 44 · THÉÂTRE DES TROUBADOURS · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DES TROUBADOURS

AUX SJkJLLB» MOtlBRB ET tOUTOIS»

J'ai dit , dans taa chronique de la Comédie^ italienne, que Piis et Ëairé avaient commencé leur carrière dramatique ensemble» Les Amours d*ité\ les J^endanseurs , la Matinée villageois* avaient servi à cimenter une amitié que rieu ne paraissait devoir altérer. La fondation da théâtre du Vaudeville à la rue de Chartres semblait devoir augmenter encore l'intimité de leur collaboration , lorsqu'une circonstance inattendue vint brouiller tes deux amis. Piis , ayant élevé 9 comme fondateur du Vaudeville , quel* ques nouvelles prétentions qui ne furent pas accueillies par les actionnaires , prit la résolu*! tion d'étabur théâtre contre théâtre. Un comédien di^ Vaudeville qui était auteur , Léger , s^ rangea du côté de Piis, et tous deux ouvrirent un nouveau spectacle chantant , qu'ils appelé-: rent théâtre des Troubadours. La salle Molière ayant été choisie , des acteurs furent engagés ^i des pièces mises à 1 étude, et le 1 5 floréal an va' l'ouverture de la salle eut lieu par un pro-

hfOê de Léger iatit«lé : N4lê$ iiirtwa, tt le. BUiet Jlê lo£9menty du tnémê atttèHr^ îm trcm^tf se recruta d'acteurs de différenta théâtrel t Bm* quietwGarattdan « Saint^Lëgtff ^ RëtoS^ Ti(lr« celloy Belforti les damea Remy^ Joigtiy, ie La*. porte, Avolio^ etc., etc., eh formèreiit lie noyau* Qa ae plaint aujourd'hui de ce qua la genre horrible envaliit la scène, on va Toir qu'en 170^ oa s'en plaignait déjà. On joua sur calla des Troubadours un vaudetille appelé t à bas lés dinh» Ues , à h^LB les bues , à bas U poison , à bas léê prisons^ à bas les poignards, \,, Cette p&ècépas** sait en revue toutes les horreurs à la mode. Or^ à cette époque ^ les romans anglais àraieni toua les honneurs de la scène française ^ et notat)s-< ment le Moine ^ les Mystères' d^ Udolphe , iê C»h^ fessionnal des Pènitems noirs ^ etc. On lisait cons^ tamment sur les affiches des théâtres des boule* Tarts 3 mélodrame en tiw's actes ^ ittUté dé Fan^ gfais. Ce n'est donc pas d'aujourd'hui que l'hôr^ nble est. en possession du théâtre en France. Mercier^ surnommé le Dramaturge, était déjà en butte aufc traits de la satire^ et déjà lé petit vauderiUe

Poussait Commint^es (i) défailUnt bans la fosse c(u'il s'était faite, Et du vinaigrier dolent Ben versait à plat la brouette (9).

fi) Drame larmoyant d'Arnaud'Baculard.

(1) La Brouette du Vinaigrier, draMè ttU ittêirtè l<iire,d« Mercier.

C'est qu'en réalité , à toutes les époques , il y a eu, au théâtre^ du bon et du mauvais, du sublime et du ridicule.

. Après avoir quitté la salle Molière , les Troubadours allèrent s'établir, le i4 thermidor, dans celle de la rue de Louvois.

On se plaint encore aujourd'hui de ce que cer-^ tains tliéâtres donnent une pièce nouvelle chaque semaine : celui de Plis et Léger en jouait souh vent deux , trois , quatre même. Il est vrai ie dire qu'il n'y gagnait pas grand'chose ; mais il lui fallait faire des efforts inouïs pour soutenir la concurrence avec le Yaudeville , que Barré , Badet et Desfontaines alimentaient presqu'à eux seuls. Afin d'arriver les premiers , ils s'enfermaient tous trois : l'un travaillait à la prose j les autres cherchaient des couplets* Dès qu'il y avait deux scènes de faites , on les remettait au copiste, celui-ci les envoyait au régisseur , qui les faisait répéter, si bien que, lorsqu'on arrivait au vaudeville final , la pièce était sue entièrement. Le théâtre des Troubadours sentait que la concurrence était difficile à soutenir : aussi jouait-il des pièces nouvelles coup sur coup. Les événements politiques , qui se pressaient alors avec une incroyable rapidité, leur fournissaient tous les jours de nouveaux sujets de pièces. Bonaparte, qui travaillait à se faire souverain maître, encourageait la verve adulatiice de l'enfant maUu. Si je l'osais, je dirais qu'à cette <po-

4ue le TaUdevinelui faisidt presque laeounè échelle : aussi , plus tard , il s'en souvint ; Barrëi Radet«t Desfontaines reçurent^ ainsi que je Vai dit , chacun une pension de trois mille fi-ancs ; Piis devint secrétaire général de la Préfecture de police; tous les chansonniers qui composèrent un couplet pour célébrer la naissance du roi de fiome touchèrent douze cents francs. L'encens est devenu moins cher depuis cettte époque. Les auteors qui se consacraient plus spécialement aa théâtre des Troubadours étaient aloi*8 Léger, A. GouflFé,, George Duval , Servières j Dupois, Francis, Etienne, Moras, Nanteuil, et un jeune homme du nom de Morel qui mourut à son début dans la carrière.

liorsqne le premier consul envoya à Paris les tableaux et les statues qu'il avait enlevés à l'Italie , on fit beaucoup de vaudevilles de circonstance. MM. Etienne , Moras et Nanteuil eomposèrent l'Apollon du Belvédère, ou /' Oracle. ^te petite pièce, qui distribuait beaucoup de critiques , blessa quelques susceptibiUtés littéraires; car, dans ce temps-là, le vaudeville était une puissance. Apollon , qui rendait ses oracles dans ses ouvrages , y mettait toute la ^chise d'un dieu. Quand on lui demandait quel était son plus cher feivori , il i^pondait Orétiy; quel était le plus aimable écrivain ^ ^o/in; le poète au plus brillant style, Delille; "MUS , en revanche , il n'épargnait point Misan-

tfu'ea &Teiir de son tioift » et disait que TOp^r»^ CûHiique ^ ne pouvant plus pay^r mm lo^ety 9nk mis I Maison à vtndre. Des epigramines contre quelques journaux valurent aux auteurs des nrtides un tatit soit peu acerbes, auxquels oeux^ d répondirent avec âcretë. Dès lors k guerre fut déclarée ^ guerre très vive ^ mais non san^ glaqte* Oà peut en voir les détaib dans une préface imprimée en tête de l'ApMtm dm. JSelt^ | dife^ et d(mt Vcùci quelques fitigiments t '

« Cette folié, à laquelle a donné lieu Pinau* » gui*ation de l'ApoUôn du Belvédère, a été 1» composée en une nuk et reptésentée en trois M jours.

» Le succès complet qu'elle a obtenu fions 4» tenge bien» disent les auteurs^ des injures de n certains pygméesqui ne péuvi^t noua parv i •> donner de ne les avoir pas tniê au iiuinl»e | » des favoris d'Apollon^ « ./ « « • • »

-i> II est plus agréable pour nous d'opposer i|

« de vaines damëurs le témoignage, d'un grattd|

1» homme , celui du Molière de la musique ;

M il assistait avec toute sa famille à la représen--

M tation de tApelhné An moment où oèlui-d

i> lui rend grâce de l'aVoir si bien fait clianter

M dans Midas^ de vi£i applaudissements écla-

*> tèreat dans toute la salle. Le lendemain il a

» éclit aux auteurs la lettre suivante , dont ib

» aqpjiriaitfttf toiitefei«, ce qu'elle eçiiti^ de » trop flaUeur pour eux. »

Yûîci la lettre de Gréiry*

QRÉTRY,

' *aitK citoyen»

MORAS, ETIENNE et NANTBUÏL.

^ ïm 9mAé bier anx Troul>aâour8, eiteyeâ» t iétgiïjt fêle complète pour moi et p6lir ttia bnulle qui ia^ie<ompa||Knait. L^Apell^n 4r BeWédère^ auquel j*ai fait la cottf à Morne pendant àks. ans , a bien i^milu me teeeniiaîti^ à Paris, et c'est à Featime flatteuse que voua ave^ pour mea faibles talents que je dois eêlte rœeiuiaiaeaiice qui m'boiu»^. GoBtinuea leu* jauia de même , citoyens ; fai fini ma tàefee, maia j'aime les succès de mes survitandei^ , et ui»e moisson entière vous reste eueore à cmÂlir.

Signé GfiixtiT. w

Ces petits documents qui aujourd'hui parai$«i sent ridicules , niais peut-être, prouvent cepen--' iant Fimportan.ce que Ton attachait alors a uu ^auéerille.

k^rhsV Apollon du Belyédèrcy les ouvrages qui obtinrent le plus de succès sont ; Clément Ma^ fot, k yalrd'e-f^irç, tes Dieux à Tiuoliy le Ré- Vioule^ret la Meunière, le Prisonnier pour dettes^ ^ejMf H deaxfont quatre* Auger Tacadémicien^

le commentateur de Molière , Aager clont b fîii a ëté si malheureuse qu'on a dit de lui qu'^ était tombé dans Tabîme que Pascal voyait sans cesse ouvert sous ses pas ; Auger y a donné deux forts jolis ouvrages , Arlequin OdaUsqu seul et Lamotte^Houdard à la Trappe , aveo Piis. Mais un vaudeville qui obtint un faonneui que Ton ne rencontre pas souvent au théâtre , ce fut la Nouvelle inatlendue où la Reprise à V Italie , d'un nommé Bonel, mort il y a déjj quelques années : cette bluette , représentée I 12 messidor an viu, eut un succès de furear,| â ce point que le second consul , Cambacërès étant anîvé comme on baissait la toile , le pu blic se leva en masse et demanda que l'on re> commençât la pièce ; elle fut jouée deux fois dans la même soirée. Avouons que la circonstance qui l'avait fait nsdtre était bien digne d'électriser une jeunesse vive , ardente et pa^ sionnée. Les laurîers de l'ItaUe sont si purs! si beaux! et Bonaparte , général en chef et premier consul , était si grand ! On pense bien qae l'éloge du jeune Desaix , tué à Marengo , devait avoir place dans cet ouvrage. Lorsque Yactem répétait les dernières paroles du jeune héros : Allez dire au premier consul que je meurs avec U regret de nai^oir point fait assez pour vivre dans la postérité , les larmes coulaient de tous \^ yeux; il y eut comme une halte dans le parterre, puis on cria bis! les paroles furent répétées t

id la prose Temporta sur les couplets.

La révolution de 1 78g , qui avait change bien des positions , renverse bien des fortunes , devait , après avoir été célébrée aVec fureur, trouver de l'opposition...; aussi aucune de ses phases n'a échappé aux traits satiriques des vaudevillistes. Vers 1798, il y eut un houra contre ceux que l'on appelait alors \es parvenus , et l'on pense que le théâtre ne fut pas le dernier à s'emparer d'un sujet qui lui paraissait bon à exploiter.

L'un des premiers ouvrages de ce genre qui eut un immense succès fut la fameuse Madame ■Angot , ou la Poissarde parvenue ^ à! nn nommé Maillot , jouée en 1799 sur le théâtre de la Gaîté; les sarcasmes y étaient prodigués à ceux qui avaient fait fortune rapidement...; on immolait en scène les agioteurs qui spéculaient au Perron ( c'était la bourse de ce temps-là) ; on y trafiquait sur le tiers consolide) après y avoir trafiqué sur les assignats... L'élan une fois donnée on se crut obligé de mettre des parvenus dans tous les ouvrages ; on vit paraître les Vof» lets màttreê , les Modernes enrichis , le Nouveau propriétaire. On avait soin de faire tenir aux parvenus un langage ou niais ou grossier; on les représentait comme ne connaissant aucun des usages de la société; ils étaient toujours bafoués, ;t Yon chantait à un domestique enrichi :

« Tu «'^ |m9 k premkr v^t

» Qiti ne connaifse plat ton maître. »

ff Cty-U qu'en traîne • » Si vite draa an plia^toa,

» Q— wq' benn matin,. diancnnil de ftns» ^ Ponrva remonter darriérei

i| Coinnie faisait son père. 4»

Les gens comme il Aiut affectaient de mal parler pour imiter les parvemis... Il estrm ai dire que ces chQse»4à amusaient beattcoan la spectateurs^.. On peignait tes uouireaux nclies ne sachant m lire ni écrire) et Ton chaulait :

a Si laor momnee tn i<M4t

a Tendàlalrel>ai«3Qrl6sUTre«,

» Ce «ont eux, prouvant leur bon goût,

» Qui font hausser les TÎTret. »

Bm» Chrùêêpk^ Morim ou Quûje misfUd JCûrwt ricAc/>aué aMr k théâtre dont)» traoeit ctareiii<|iie ^ une femme de ebamhre qui aiiH fm k pkce de sa makresaedNnanëaît à Ghm* titphsMiwia qudk robedtte devait meHiepeai «IkraittbaL..

\ Mettrai -je ma robe de bashi,

Ou ma ^ande sulCane ?. . .

Aimea^voiM miaita c«lle ds MfeÎB : Que eiaUa.en iatlatwie ? . , .

Passerai-]e ma robe lîlas, Ou mettrai-je ma robe brune P. , .

Et Gbnstopbe Mono dUaU tout ba« en hàm-

saut les epauidg ;

à Ta n^Ytift paâ tous ots cmbin'atf

£t les rires, leâ bravos d*ëbititiler h Mtlte!... S, après les grâbdes r^volatiokis , H y à toujours la moitié du publie pour rire dé TàUtré moitié 9 c*e8t qu'il y a toujours dans les rëvôlutioud des intrigants et dés dupes... Voyez plutit....

Puisque j^en suis à citer les pièces où les par- Tenùâ jouaient un rÂle , je ne nuis oublier un ouvrage qui attira des persécutions àur Tuûde nos plus spirituels écrivains , M. Emmanuel Bupatv ; bien que cette pièce uVii pas été jouée aut Troubadours , je dois en parler eomuie d*Uûè pièce de circonstance.

te Dupaty poursuivait sa double tanière > d^homme de lettres et de militaire , lorsqu'il » composa utie pièce intitulée t Antichambre 9 OU h* y'àlèts entré êtiâi y donûée depuis sous » le titre de Pîcaros et ÙUgô. Cet ouvrage » eicita contre lui la colère du premiel: consul » Bonaparte j à qui des enûemis dé l^âUteu'r » persuadèrent qu'il avait Voulu âiiré une satire » contre lui. A cette épooue, quoiqu'oti fût » encore en république, le premier consul » essayait déjà le trône quHl foudà pluâ lard, » et préludait' à l'empire par l'arbitraire et le

w pouroirabsolu.AlapremièreDoayellequiTiQ » aux oreilles de BoDaparte, Tofficier homme d< » lettres fut enlevé de chez lui par les limiers w de la police et conduit à la, Préfecture. Là ot » lui proposa un exil volontaire. M. Dupaiy, » dont la fermeté ne se démentit pas un instant, » refusa cette concession honteuse et demanda » un jugement légal; mais il avait affaire àplu^ M entêté et surtout à plus puissant que lui, e| » malgré son énergique résistance , malgré les » instances de la bonne Joséphine , il fut mis » sous la garde de deux gendarmes qui le con- » duisîrent à Brest. Là on lui communiqua » rarrêté des consuls qui le déportait à Saiot- 1» Domingue et l'incorporait dans Tarniée du gé- » néral Leclerc. Ce n'est pas un des actes lesmoins » remarquables du consulat , et l'on se rappelle » que c'est la même main qui signa le traité de M Gampo-Formio , l'ordonnance qui fonda la M Légion-d'HonneUr et qui s'amusa à signer » l'exil d'un pauvre homme de letti*es (i)! »

Depuis , l'homme de lettres vaudevilliste , le spirituel convive des Dtners du vaudeville et du Càt^eau moderne , a composé une foule de jolies comédies , un poème remarquable sur les délateurs j un grand nombre de piquants ai^tides des journaux. L'Académie enfin a ouvert ses portes à la chanson!... C'est qu'il y avait autre chose à

(•) Extrait du Monde dramatique.

côté.... Qu'elle reçoire de temps en temps des raudevillistes comme MM. Scribe et Dupdty!... et les gens les moins paitisans du couplet applau* diront... Allons, courage, messieurs de TAca-

demie!..,

FIoD, flon, flon, lanradondaine, Gai, gaiy gai, lariradondë.

La guerre incessante que l'on faisait aux nouveaux riches se ralentit peu à peu , cette fièvre se câlina ; le grand parvenu de la victoire , Bonaparte , qui en avait fait arriver tant d'autres , ^t le pouvoir; alors la médaille fut retoumëei et Ton finit par dire autant de bien des parvenus qu'on en avait dit de mal. Il est juste d'ajouter que sous l'empire beaucoup de gens -étaient arrivés par leur courage et leur mérite : ceuxlà ne devaient point prêter au ridicule .. Alors on chantait paitout : honneur aux soldats qui >ont devenus officiers par leur mérite ! gloire à l'industriel qui fut l'artisan de sa fortune! Depuis longtemps toutes les nuances ont disparu, on n'attaque plus ceux qui s'enrichissent avec le gaz , les chemins de fer, les omnibus » les ponts suspendus ; on trouve tout naturel que i:elui qui travaille «parvienne.

C'est étonnant comme vingt ou trente ans changent la physionomie d'un peuple ! /

Aux parvenus succédèrent les fournisseurs , i^eux-là reçurent aussi force horions de l'enfant

m^i on le» rqirésfnuit toujours âY«c un t9ft« tré ^rme t Ouchaume en avait IVnttwriieiu YaudeviUe, et Saint-^Léger aux TroiibaaoursMM on leur mettait dans la bouche ;

ce Notre pays s^est agrandi,

» Et mon centre s^est arrondi. »

Ou bien :

« Ces ch^rt enfants de la victoire, k Je les fais narcber A la gloiM » Sur dea semelles de carton . a

Ou bien encore t

a G*e8t en volant. Yh\é d^oos soldats

» Qa*ib ont mis do foin danskupa bottst. »

n était d'usage , aux Troubadours^ de ni^j tnex par un couplet les auteurs d'unie pièce f aTait réussi. Après la première représentatiot de ilf. de BOf^re , ou lAhus de Vesprk, Iig« Tint cbanter le couplet suivant s

L^onvrage <iue vous avez applaudi^ Citoyens, est de Dupaty kiàé par ses amis $

En voiei U Hste ouverto : I

D'abord Zuce avec SaWerte (i), j

Et CorioUSf

De plus Creusé,

Gasàkourt^ Legouvé^

Monvel fil$^ Lofigpériev* • • »

Je çroia en oublier ^ Ah! vraiment, oui, citoyens, c^eft, ,

C'est Alexandre (i) et Ckazet,

(») l><^ut^.

(f } Atlesandre de kafaorde, àéfnàé .

Apèi Chriftophf Marin ^ Airfprtin^clMMlit ^eltti que voici smt l'air d$ MoMieur dé Catinai «

Citojrens, îcH auleUM d» Christophe MoYÎn^ Ont pour fiiévra A^jà mis U pluifi6 A k imaIii \ AjouUg à leurs Qomaf sur les n<»iyis d^ji lui ^ AUxanare de moîns^ I^éger^ meaut9rt de plu|.

Dans ttn à»prop«>6 «ppdé fa JêUrnéê de Sàimiià Otud^ à roccàskiii du i8 brutnais^ë, toki li )ortrait que l'on faisait d'Un honifnô qui fttail ibangé vingt fois d'opinion depub 8g :

Cliauv^tiste^

Maràtisté,

Royaliste,

Anarchiste»

Hébértiste,

Vantoiiistê,

BaboùTÎste ;

Brime tiii)

Gironain,

Jacobin.

Sur la liste Longue et triste Que forrea Tesprit robespiarrista, Il n^existe ^8 na isde Qu^ed un jour Il n^ait pris tour à tour»

Il y aurait bien des couplets à faire sur les ;irouettes du 18 brumaire qui ont contiaué de ourner à tous vents jusqu'à la révolution de i83o.

Quand on entreprend l'histoire d'un f e»re de

littérature, si minime qu'il soit, on ne doit rien omettre de tout ce qui peut s'y rattacher. C'est pourquoi je vais entrer dans quelques détails sur le couplet de Tan vui. Le vaudeville était alors ou très louangeur ou très satirique ; chaque genre de couplet avait son nom distinct; on appelait couplets de distributitin ceux du genre de celui-ci (c'est un savetier qui fait son testament). Je lègue, dit-il,

Mon échoppe aux gens de mérite, Mon fil aux faiseurs de romans, Ma Toix à }>lus d*un parasite ; Mainte oreiilc à nos courtisans ; Ma mesure à nos jeunes braques.

Toutes mes formes aux plaideurs ; Aux huissiers deux paires de claques, Et mon alêne aux orateurs.

S'agissait-il d'une plume , on disait :

I^ Fontaine sut tour à tour La prendre à mainte volatile; Ovide la prit à i^ Amour Au moment où dormait Virgile.

Tout cela m'a toujours paru du galimatiai double. Un médecin venait-il visiter son ma lade , celui-ci lui chantait : J'ai pris

Deux grains de tabbé de l'Épée,

Ma migraine fut dissipée ;

A mon rc'veil, j^usai du baume

Qu'on trouve chez M, Guillaume,

Bt ma santé fut de retour

Dis que j'eus vu les mœurs du jour.

Picard donnait-il le Collatéral ou la Dili* ence à Joignyj eh ! vite y le vaudeville chan-

ût:

Un jonr, on dit que de la France

Le diea du goût dtait parti,

Picard sVchappe en diligence^

Va te rattraper â Joigny» , . . ' ,

le couplet dit de facture a joui longtemps ttsi d'une très grandfe vogue. Point de vaude- Hes possibles sans deux ou trois couplets de '^ture. Plus ils étaient longs , meilleurs ils pa* lisaient. TiiHfli que partout on vante a été >^té par toutes les couturières et tous les garos de boutique sous le consulat ; ce couplet a ^ue obtenu autant de succès que la Colonne, •Q Servières excellait dans le couplet de faote. En général, plus le rhythine était difficile, u les amateurs y attachaient d'importance. ftuœup de ces couplets étaient composés sur * du Pas de zéphyr , parce que les vers n'é- BDt que de deux syllabes.

Oh ! c'est Un parfait Cabinet, Très complet.

Bien joli, Embelli Des tableaux Les plus beaux, etc.

^ bien :

lulni*, M^aima,^ Mais j*ai diattgé

y tujgt foîft

Detok...

Ob ! alors , on se pâmait d'aisé*. .. Les jolies femoMê 4iBai«nt i AlUx aux Troubadoors , ,yws «Uteiidret un «ouplat de Servières chanté par

Bosqiiier-GayaiMlaa..M. Ce$t chammu ^ '■^^

pmUl.^*^ C'était le temps des introjrMes,

V^m on couplet qui offre une dificulté Taio* eue fil esi de f rancis &elairde«

Au palais ; l^atts ma contre,

J*ofiï«ta,

Ja moatfàia Mes bons 6t mes > . Billets ;

Jamais,

|« nrcmeU,' Qa*àlafitmr«ê On n*a fait

Effet Plus parfait ;

J'y courSy Et du «ours Je m'infbrmd) Je TapprehclB,

Je prends.

Pour la forme, L*avis d'agens Intcliigens.

L'un dit, i^réez; L'autre. vefides« J'oBJré à Véeafi Vos bons, un quart, Et mon preneur A de Phonneur.

En un Mifttaat J'ai du cetiititaiit.

De tout ct%$

Accoêt^^

Arrête,

T«r« I» rentier Plus d'un ««ÀrtleT:

S'empresse $ Je suis feol^,

Harcèle

Et volé;

Mats, par nilhettr, Plua d'un voleur

Me presse.

Lertfeëlsttr Ga|^e k pçrtep

£t crac !

tt emporte

Mffti sao* Lefrip«ft 3'échapne« Pouir qiron Lé rattrape.

Au sceouss 1

Je crie»

£lie cours, Quoiqu'on rie»

£n passant

JetodeM

Un passant

FaKQucbe»^ Qui soudain

Me couche

Sa main Sur la bouche.

Je ne suis Pas crâne.

Je fuis La chicane.

Redoutant

Sa canne, Daus rinstftnt

Je vanne.

Pendant qull me lasse, DuToleur La trace Par malheur

S^efface, Et mes bons Font faux-bonds.

On ne saurait se faire idée aujourd'hui de l'effet que ces sortes de couplets produisaient...; on les citait dans les journaux..., on les colportait....; on les chantait en société. Il fut un temps où une mère disait à sa fille, quand on la priait de chanter à table: — Gliante-nous un

couplet des Chefiiks de maure Adam ; et h

fille chantait très sérieusement :

« Aux soins que je prends de ma gloire » Se joignent d^autres soins divers ; ]» Je veux bien vivre dans l'histoire, » Mais il me faut vivre à Nevers ... »

Et tout le monde d'applaudir..*. Hein!.... où est. ce temps-là?...

JTai dit, en commençant cet article y qu'une

rouille survenue entre Piis et Barré avait été i cause de rétablissement du théâtre des Trou-' adours ; je dois donc parler de la collahoraliofi cette époque. On peut dire que la coUaboralon établissait alors entre deux auteurs une luitié durable. De nos jours , il n'en e&t pas )ajoui's ainsi. Quand le chansonnier Gallec , ui avait failli dans son commerce d'épiceries , it contraint de se cacher au Temple , comme 'était l'usage, beaucoup de membres du Caveau ^éloignèrent de lui; mais son collaborateur «lié lui demeura fidèle. La preuve , c'est que e trouve dans les couplets que Gallet Composa ^u de jours avant sa mort :

(t Ce petit couplet de chanson' « EHt un compliment sans façon » A Collé, le meilleur des irètres. »

Lorsqu'eh 1798 Laujon fut dénoncé pour 'uvoir point voulu faire des chansons patrioti* lues, Piis courut chez son collaborateur, l'avertit du danger qui le menaçait , et lui fit faire presque de force deux couplets qu'il chanta lui» ^eme à la section de Laujon, le décadi suivant, en disant que si son ami n'était pas venu luittiéme , c'est parce qu'il était malade. Barré , Radet et Desfôntaines sont demeurés intimes jusqu'à leur mort; à l'âge de 70 ans chacun, ^ composaient encore des ouvrages pleins de verve et de fraîcheur. Ils se sont peu survécu,

Ëii litt tnot ^ la €x>ltûhorattm dans ma jeunesse était doûde et franche ; on pensait moins à Tardent, et davantage au plaisir ; on oubliait voloUtiérs iiU^ lecture pour un déjeuner , une répétition pour une partie de campagne. Il y avail ^ rétubons , deis caféd dans lesquels on était teàjottrs sût de reucontrier quelques bons vi^ ¥aiits. Que de pièces, de chansons , de couplets ont pris naissance au café des Cruches! rue Saint-Lotds-Saint-Honioi'e. Les cruches seules y sont encore. Mais revenons au théâtre des Troubadours.

Maigtié les bobs actéut% et leis hommes de mérite qui travaillaient pôUtiÈe diéâtre j soh existence fut éphémère. Après sa fermeture , Plis voulut rentrer dans la pension de 49*000 fraùcs dont il

i'ouissait comme fondateur du Vaudeville; mais es actionnaires la lui contestèrent , alléguant que il^iis, ayant élevé un théâtre rival , avait renoncé dé fait à sa pension. Plis plaida et berdit. Cest alors que, .croyant avoir à se plainare de Barré dans cette araire , il çoinposà des strophes pour lui reprocher son abandon. Elles eurent tant de succès , qu*én Bdèle historien je crois devoir les rapporter ici.

MfiS DERNIERS REPROCHES À MOK AMI.

tlàryale a-tril foi Nîsùs?

Pylade oublia-t-il OresteP- Et Thésée, à Pirithoii», RéserVà-t-iï un sort funeste ?

Qae r^ppnds-ta pQi(r ton pardon, LoVsqu^un ami de (rente années ^ Te repropb^ sçç çle^tioe'es Qu'empuisoDna ton alfandon î

Des étrangers au cœar de marbre plaiiprép Se toi m'ont ëicart^ £t deYorçnt 1^ fruit (deParbre (lue pour nous deux j avais plant^.

^fB), qu'il t'en sçuyienije, Qpe nos 4eiù noms n'ei^ faisaknf flU^PQ,! Et que cent fois avec la tienne J^ai mis ma pensëe en commun .

Tbéfnis, trompée, a pu df^soudrç Des actes garans de mes droits ;' Mais Thëmis n'a pu mettre en poudr« Des serments faits à demi-vpixi

Je devais, selon ta promesse, \ivre libre dans mes pencbabs j Le calme et le plaisir 4es pbamps Auraient rafraîchi ma vieillesse.

Mais Iqin de là !.. . ma muse en deuil Sera des p|tes habitante, Et le travail, jusqu'au cercueil.

Fatiguera ma' main tremblante.

Heureux de perdre alprs le jou|:.

Puisque j a ur£^i {'expérience Que Tamitié comme 1 amour A tôt ou tard son inconstance (i) !

(i) Est-ce que ces stances ne sont pas pleines de larmes et de ppësie ?

PiÎB est mort en i834, dans nn état voisin de l'indigence ; c'est triste ! La commission des auteurs se chargea de poser sur le lieu où il repose une pierre tumulaire.

On a vu dans les strophes qui précèdent, à travers les reproches que le chansonnier adresse à son collaborateur, tout ce qu'il y a encore de bienveillance pour l'ancien ami. -'Le caractère bien conau de Barré le met d'ailleurs à l'abri de tout soupçon d'ingratitude envers Pib. S'il n'eût tenu qu'au vieux directeur du vaudeville de rendre à son ami la pension dont il jouissait avant l'ouverture du théâtre des Troubadours, il l'eût fÎEdt certainement et sans récriminatioa aucune. Barré n'était pas un homme d'argent; une foule de traits généreux l'attestei^ent au besoin; j'en prends un entre mille. Dorvigny, qui se trouvait souvent dans la gêne , portait quelquefois à Barré de vieux canevas composés dans sa jeunesse , et qui n'étaient pas jouables. Barré, devinant le motif qui guidait Dorvigny, lui disait avec sa brusquerie accoutumée : « Ta » pièce est détestable , elle est bête comàie toi! - » mais tiens , voici un ouvrage que tu peux ar- » ranger , travaille. » Et- en disant cela il lui mettait un vieux manuscrit et cent francs dans la main , et jamais ne lui reparlait de la pièce.

Lorsque BaiTe mourut, M. Etienne A rage, direcleur du Vaudeville , prononça sur la torobe de son prédécesseur quelques paroles louchantes

qui trouvèrent des éclios dans le cœur des assistants. M. £. Arago composa plus tai*d ce joli quatrain sur le trio yaudevilliste , Barré, Radet et Desfontaines.

Ia Trinité dont on rit sur l«i terre.

Grâce à tous trois, n^était plus un mystère ; Peines, plaisirs, tout vous e'tait cominun, Vous e'tiez trois et youi ne formiez qu*un .

Le théâtre des Troubadours, ouvert le i5 floréal an vu, fut fermé vers le milieu de Tan ix.

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